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Irak : pour une solidarité internationaliste

Les informations qui nous parviennent d’Irak passent par le prisme déformant des médias et des gouvernements. Il est difficile de se faire une idée claire de l’état d’esprit qui règne dans la société irakienne. Il est néanmoins possible de se faire une idée générale de la situation, en s’informant, même sommairement, sur la situation concrète de la population, et sur les différentes forces sociales qui tentent de s’imposer dans le pays.

Les forces déterminantes actuellement sont au nombre de deux : d’un côté, l’impérialisme américain, appuyé sur un puissant appareil militaire, économique, et propagandiste ; de l’autre, les résurgences baassistes et l’islamisme qui, aléatoirement, s’attaquent aux troupes américaines ou collaborent avec elles, et qui commencent à être, ou redevenir, véritablement puissants dans le pays. En exploitant la colère légitime de la population, mais aussi les préjugés obscurantistes d’une partie d’entre elle, ils sont capables d’imposer leur loi dans différentes régions du pays. Ils ne sont cependant pas acceptés par la majorité. (Un récent sondage dit que seulement 25% des gens, dans le sud shiite, souhaitent un état théocratique).

Il est vain d’opposer abstraitement ces deux camps, car ils ont en commun de défendre chacun une société d’exploitation et d’oppression, et qu’ils sont liés par leurs conceptions racistes, sexistes, et intégristes. Baassisme, islamisme et impérialisme sont des phénomènes idéologiques et pratiques liés au mouvement général du capitalisme et à son développement inégal, et du côté de sa défense.

Entre ces deux pôles, la grande majorité des partis politiques et courants religieux collaborent ouvertement, par l’intermédiaire du Conseil provisoire de Gouvernement, avec les forces d’occupation coalisés dirigés par les U.S.A. Le Parti Communiste Irakien, les dignitaires chiites officiels, les nationalistes kurdes proaméricain, les forces tribales, participent à ce gouvernement, dont le but officiel est de se transformer progressivement en "autorité souveraine du peuple irakien", après le passage formel du pouvoir prévu à brève échéance par le gouvernement américain.

Toutes ces forces et tous ces partis partagent, dans les grandes lignes, un même programme : division de la société irakienne selon des critères ethniques et religieux, reconnaissance de la religion comme source de la loi, oppression des femmes, intensification de l’exploitation capitaliste.

La lutte entre ces différentes factions capitalistes, cléricales et impériales, que l’on peut tenter de déchiffrer dans les imbroglios de la presse quotidienne, ne doit pas nous faire oublier une donnée fondamentale : l’existence, en Irak, d’un nombre significatif de prolétaires combatifs, donnée qui s’est exprimé notamment dans la puissante insurrection des Conseils ouvriers (shuras) de 1991, dans l’est et le nord du pays, réprimée brutalement par la dictature baassiste. (On estime le nombre de morts à plusieurs centaines de milliers).

La désertion massive de l’armée irakienne aux ordres de Saddam, qui a provoqué la chute immédiate du régime lors de l’attaque américaine, prouve que la grande masse de la population n’est pas prête à subordonner sa survie à une quelconque "défense nationale", dirigée par des groupes bureaucratiques ou religieux aux intérêts bien spécifiques, qui ne peut servir qu’à une fraction capitaliste, et engendrer une issue sanglante.

A l’inverse, c’est sur le terrain de la défense de ses intérêts immédiats que la population a choisi de s’exprimer. Un puissant mouvement de sans-emploi, des manifestations féministes relativement massives (plus de 1000 personnes à Bagdad le 8 mars, dans un climat de peur), des grèves ouvrières qui se succèdent et sont souvent victorieuses - notamment dans l’industrie du pétrole, en sont quelques exemples.

Syndicalement, cette combativité s’exprime, par exemple, par la création de la fédération des syndicats et des conseils ouvriers, ainsi que par l’apparition de crises au sein de la fédération syndicale historique, contrôlée par la bureaucratie du Parti Communiste Irakien - ’stalinien’. Du point de vue féministe, l’Organisation pour la liberté des femmes semble la structure la plus nombreuse et la plus radicale, elle est implantée notamment dans les quartiers pauvres et les bidonvilles de Bagdad.

Si ces organisations doivent leur existence, avant tout, à l’activité spontanée de la population - c’est très net pour le mouvement des chômeurs -, elles ont été impulsé en partie par les militants du Parti Communiste-Ouvrier d’Irak - à différencier du Parti Communiste officiel -, qui se situe idéologiquement dans la tradition du communisme de conseil, axé sur le pouvoir direct des assemblées générales et le refus du nationalisme et du capitalisme d’Etat.

Cette réalité de luttes ouvrières et féministes est largement occultée dans les pays occidentaux, par les médias, mais aussi par une partie de la gauche et de l’extrême-gauche prisonnière de schémas manichéens et ethnicistes, et tentés par l’alliance avec la "résistance" nationaliste ou religieuse. (Rifondazionne Communista, avec une partie de la LCR, sont par exemple sur cette ligne).

Il nous a semblé utile d’apporter un soutien à ces organisations irakiennes, non que nous soyons forcément d’accord avec l’ensemble de leur orientation, mais parce que nous pensons que c’est une question de principe, qui a aussi une importance pratique. Leur combat a lieu dans des conditions très difficiles, et notre poids peut jouer, ne serait-ce qu’un peu, pour éviter une nouvelle catastrophe réactionnaire et arrêter le génocide en Irak. Une issue progressiste dans ce pays serait, inversement, un formidable encouragement pour les luttes, au niveau international, et pour les populations du Moyen Orient, une impulsion pour secouer le joug des régimes théocratiques, bureaucratiques et néo-coloniaux qui se partagent la région.

C’est pour toutes ces raisons que nous avons formé, en liaison avec des groupes de Lille, Paris, St-Quentin, un collectif “Solidarité-Irak”. Nous faisons appel aux structures politiques et syndicales, aux groupes féministes, et surtout à chaque individu, pour faire en sorte, ensemble, de sortir le mouvement ouvrier et féministe d’Irak de son isolement : par l’information, la mobilisation, le soutien matériel. Nous envisageons notamment d’organiser prochainement, avec les individus et organisations qui le désirent, une journée de débat et de manifestations culturelles autour de la question irakienne, et plus largement du moyen-orient.

Collectif Solidarité-Irak Lyon

Pour nous contacter :

solidirak.lyon@no-log.org

www.solidariteirak.org

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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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