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Interview de Khasro Saya sur l’anti-impérialisme de la gauche occidentale

Forward : Plus personne ne peut ignorer les crimes et la nature réactionnaire des groupes islamistes en Irak et ailleurs. Pourtant, au sein de la gauche occidentale, il se trouve des voix pour dire que, si les communistes irakiens ont raison de lutter contre ces groupes, ce n’est pas aux communistes occidentaux de le faire, car la priorité est de vaincre l’impérialisme dans leur propre pays. Que réponds-tu à cela ?

Khasro Sayia : Bien que les conceptions de la gauche et de la droite occidentale diffèrent à propos des sociétés orientales telles que l’Irak, leurs analyses et la pratique politique sont, pour l’essentiel, similaires ; elles sont fondées sur la négation des réalités politiques et sociales de ces pays.

La droite soutient une conception ‘orientaliste’ et post-moderne, selon laquelle l’Irak et les pays orientaux sont des sociétés arriérées, composées de nombreuses nationalités, ethnies, sectes et religions, et où la monarchie joue toujours un rôle influent. Derrière cette conception, il y a un projet politique : mettre en place un gouvernement pro-américain et pro-occidental, conforme aux politiques étrangères de ces pays, sous couvert de « démocratisation ». Dès lors, depuis la première guerre du Golfe, on fait abondamment référence aux« Kurdes irakiens », « Arabes irakiens », « sunnites », « chiites, « tribus arabe », « Assyriens », « Turcomans », « résidus de la monarchie » lorsqu’on évoque le futur de l’Irak.

Dans la conception de gauche, l’impérialisme est le concept clef. Mais, au lieu de désigner le capitalisme de l’ère des monopoles et de la réaction bourgeoise, il est considéré comme une sorte d’idole à laquelle on devrait mener la guerre par tous les moyens. L’ « anti-impérialisme » et l’« anti-américanisme » forment l’axe de la pensée politique d’une gauche qui voit l’ « impérialisme » et les USA comme source de toutes les tragédies des sociétés irakiennes et orientales. Cette gauche ne veut pas voir les travailleurs, la bourgeoisie, le capital, le capitalisme, ni même la société civile en mouvement, c’est-à-dire les véritables produits du système capitaliste et de la lutte des classes. Ils voient tout cela comme un bloc uni, « anti-impérialiste » et « anti-étranger ».

Ces conceptions occidentales sont toutes deux fondées sur la négation du caractère capitaliste des pays orientaux, et sur l’idée que la classe ouvrière n’y existe pas, qu’il n’y a pas de lutte de classe, de mouvements qui représentent les intérêts contradictoires des deux classes principales. C’est sur la base de cette négation qu’elles formulent leurs vues politiques sur les sociétés irakiennes et orientales. L’intelligentsia bourgeoise et étatiste livre à la droite occidentale une version distordue de la philosophie progressiste, qui assure la domination des concepts occidentaux modernes. L’anti-impérialisme occidental se présente lui-même comme le représentant des croyances arriérées du nationalisme de gauche et du populisme, qui ont émergées dans les pays orientaux après l’ère coloniale.

L’anti-modernisme, le populisme anti-progressiste et le nationalisme de gauche ont longtemps dominé dans les pays orientaux. Pendant des années, ils ont détourné la lutte des prolétaires, en mettant en avant la lutte « contre l’impérialisme et les étrangers ». Pour atteindre leurs objectifs politiques, ils ont propagé le mythe de la « bourgeoise nationale progressiste et révolutionnaire », qui ne visait qu’à établir un capitalisme national, indigène et avancé, un capitalisme qui aurait le même caractère oppressif que dans les pays occidentaux et serait fondé, lui aussi, sur le travail salarié. L’anti-impérialisme occidental est inspiré, sur la gauche, par les mêmes conceptions nationalistes et populistes que la gauche orientale, lorsqu’il fait face aux mouvements de la bourgeoisie dans le monde.
Les bases sociales de la gauche occidentale sont à la marge de la société, sans liens avec la société et avec les réalités de classe du capitalisme contemporain. Les groupes gauchistes tentent de redorer leur image en luttant contre le passé colonial et la bourgeoisie des pays développés. Cette gauche ne fait rien d‘autre que défendre la bourgeoisie des pays orientaux.

Dans la terminologie de cette gauche occidentale, l’« impérialisme est le plus grand mal », la source des guerres et des destructions dans le monde actuel, alors que le nationalisme, l’Islam politique et le capitalisme oriental seraient des phénomènes positifs, qui devraient être soutenus. Politiquement, cette gauche utilise l’impérialisme pour prouver son innocence, pour se différencier de la bourgeoisie occidentale, quitte à nier la nature du capitalisme, la lutte de classe, l’existence des mouvements sociaux et progressistes de la classe ouvrière, quitte à soutenir la réaction, la violence, et la négation des droits les plus élémentaires par les mouvements bourgeois.

Quand elle oppose la lutte contre l’Islam politique et le soutien à ces mouvement, la gauche anti-impérialiste occidentale poursuit conception. Laisser la lutte contre l’Islam politique aux seuls communistes orientaux sans y participer, outre le fait que ce soit une conception erronée de la lutte communiste, place cette gauche occidentale en dehors du combat internationaliste, dans le camp de la réaction bourgeoise, des criminels de l’Islam politique.

Défendre la République islamique d’Iran ou les troupes de Moqtada al-Sadr en Irak sous le prétexte que ce sont des forces « anti-impérialistes », est un exemple des positions inhumaines et réactionnaires dont la gauche occidentale est capable envers les sociétés orientales.

Forward : Alors, est-ce que les travailleurs et les communistes peuvent se considérer comme anti-impérialistes ? En d’autres termes, définirais-tu le Parti communiste des travailleurs comme une force communiste anti-impérialiste en Irak ?

Khasro Saya : Oui, nous nous considérons comme des anti-impérialistes extrêmes, mais il y a des différences importantes entre nous d’une part, la gauche nationaliste et populiste en Orient, et l’anti-impérialisme de la gauche occidentale d’autre part. Ces courants politiques séparent le concept d’ « impéralisme » du capitalisme. Ils ne voient pas le caractère réactionnaire du capitalisme et de la bourgeoisie des pays orientaux. Ils ramènent la lutte anti-impérialiste à l’opposition aux politiques étrangères des superpuissances. Par conséquent, ils considèrent le capitalisme national et la bourgeoisie indigène, y compris l’Islam politique et les mouvements nationalistes orientaux comme avant tout anti-impérialistes, et comme représentant les masses populaires.

Au mieux, l’anti-impérialisme de la gauche occidentale signifie l’opposition aux multinationales et au commerce extérieur des pays développés. De même, le mouvement « anti-globalisation » prétend combattre l’impérialisme sans attaquer le travail salarié et l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Il laisse le système intact, en menant seulement la guerre contre l’injustice du commerce des multinationales. Au contraire, nous pensons que l’anti-impérialisme est lié au fait que l’impérialisme est le capitalisme de l’ère des monopoles et de la réaction bourgeoise, qu’il est fondée sur le travail salarié et l’exploitation des travailleurs. La guerre, l’occupation et la bourgeoisie, comme l’a dit Lénine, sont inséparables du capitalisme de notre temps.

Notre lutte contre l’impérialisme est une lutte contre le système capitaliste lui-même, contre la classe bourgeoise, qui protège et maintient ce système, et contre les guerres et la réaction qu’il impose au monde actuel. Aujourd’hui, nous sommes face à un stade du capitalisme où celui-ci est un système économique et politique qui dirige le monde tout entier, y compris l’Irak et les autres pays orientaux. La lutte anti-impérialiste doit en tenir compte. Par conséquent, considérer le capitalisme national et la bourgeoisie nationale dans les pays orientaux comme progressistes est un mythe rouillé. Ce mythe n’est non seulement ni progressiste, ni humaniste, ni en faveur de la classe ouvrière et des exploité-es, mais il est totalement dirigé contre les libertés politiques et les droits civiques.

L’ère coloniale et la trahison impérialiste sont terminées. Désormais, la bourgeoisie capitaliste d’orient et d’occident ont la même essence. Ils forment, contre la classe ouvrière mondiale, le même système d’exploitation du travail salarié et de privations pour les prolétaires. Les bourgeoisies orientales occidentales ont une stratégie unique pour maintenir conserver ce système sous leur direction. Par conséquent, n’importe quelle guerre, n’importe quel conflit entre les courants de la bourgeoisie n’a d’autre but que de savoir quelle fraction de la bourgeoisie est la plus apte à protéger le système de capitaliste, à se partager les bénéfices et de la puissance capitaliste dans le monde.

Notre lutte anti-impérialiste, fondée sur ces principes, s’oppose non seulement au nationalisme du tiers monde et à l’Islam politique, mais considère également ces mouvements comme des produits du système capitaliste dans l’ère impérialiste. Ils luttent pour la puissance et pour leur « droit » à exploiter les travailleurs et les prolétaires de leurs propres pays. L’Islam politique est un courant bourgeois extrême, fanatiquement anti-communiste et inhumain, qui a met en avant la bannière de l’Islam pour sauver le système capitaliste en Orient alors que, après une période d’essor liée au nationalisme, celui-ci est en crise. L’Islam politique est le résultat de la réaction impérialiste dans un monde qui a cessé d’être bipolaire.

(à suivre)

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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
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Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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