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Sur les positions de la gauche occidentale, l’islamisme, le terrorisme et la lutte armée

Interview de Khasro Saya, leader de l’organisation à l’étranger du Parti
communiste-ouvrier d’Irak sur les positions de la gauche occidentale. -
deuxième partie.

Q. : Certains, parmi la gauche occidentale, considèrent que puisque les
islamistes s’appuient largement sur les pauvres, ils ne peuvent être
écartés comme de simples forces bourgeoises. Par exemple, les partisans de
Muqtada al-Sadr’ sont essentiellement issus de quartiers pauvres, comme
d’al-Thawra à Bagdad, et d’autres villes irakiennes. Il y a discussion
pour savoir s’il faut les considérer comme des forces bourgeoises,
petites-bourgeoises ou ouvrières. Que peux-tu répondre là-dessus ?

KS : Il est vrai que les forces islamistes, y compris le gang de Moqtada
al-Sadr’, sont partiellement constituées de prolétaires. Il y a des
raisons claires à cela, dont je ne discuterais pas ici. De toute façon, la
caractérisation de classe d’un groupe politique n’est pas déterminée par
sa composition. La gauche occidentale a une vision mécanique, non
politique, de la lutte de classe et des forces politiques dans la société.

Selon ce point de vue, la plupart des partis, des états, des armées
régulières du monde actuel devraient être reconnues comme ouvrières et
révolutionnaires, puisqu’ils sont majoritairement composés de chômeurs et
de sans-droits, d’ouvrier-es, bref de prolétaires. La bourgeoisie, en tant
que classe, a toujours été une minorité dans la société. Donc, la
composition d’une organisation politique n’en fait pas automatiquement
celle d’une classe ou d’une autre. Les groupes islamistes, y compris celui
de Moqtada al-Sadr’, ne font pas exception.

En termes théoriques, le marxisme emploie une autre définition. De manière
abstraite, la bourgeoisie et la classe ouvrière qui diffèrent dans le
procès de production : l’une possède les moyens de production et l’autre,
sa seule force de travail qu’elle vend pour subsister.

Quand nous appliquons cette définition à la société, aux luttes politiques
et sociales, particulièrement quand ces deux classes font face à une crise
politique, nous ne pouvons caractériser socialement les forces politiques
sur la base de définitions abstraites. Il existe des conceptions
antagonistes aussi bien au sein de la bourgeoisie que de la classe
ouvrière. Dans l’une et l’autre classe, des courants politiques tentent de
donner une réponse aux souhaits de leur classe par des perspectives
différentes. En ce temps de crise politique, quand la lutte pour le
pouvoir, pour le régime politique à venir, ce sont les politiques de ces
forces non leur composition sociale, qui deviennent l’expression
d’intérêts économiques de classe.

Tant que la question du pouvoir n’est pas résolue, et qu’il est vital pour
l’une et l’autre classe de prendre le pouvoir en main, le chemin proposé
pour sauver la société de la crise devient la base pratique qui permet à
chaque force politique de se définir comme la représentante de telle ou
telle classe. Durant l’actuelle crise gouvernementale, face au sinistre
scénario qui se déroule en Irak, les mouvements islamistes comme celui
d’al-Sadr’, ont identifié deux manières de sauver le capitalisme et le
règne de la bourgeoisie en Irak. L’une est la voie légale, qui consiste à
soutenir la politique US ; l’autre est opposée à l’occupation. L’une et
l’autre considèrent un régime islamique comme la seule alternative, et ne
peuvent apporter ni la liberté, ni la sécurité au peuple irakien, mais
seulement... l’obscurité

L’Islam politique, notamment le groupe d’al-Sadr’, n’a pas attendu de
prendre le pouvoir pour édicter des fatwas et lancer la « guerre sainte »
conte les communistes et les progressistes. Utilisant les décapitations et
les attentats la bombe comme méthode de « résistance », ils essaient de
forcer femmes et fillettes à porter le voile, nient aux droits civils,
empêchent toute liberté, s’attaquent à l’art, à l’amusement, aux fêtes, à
la musique et même aux pique-niques... Est-ce qu’on peut vraiment les
considérer comme les représentants des travailleurs et des pauvres ?

Comment est-ce que ceux qui veulent établir une dictature islamique en
Irak, un régime d’exécutions, d’emprisonnement, de déni des libertés, de
lapidation des femmes, de répression sanglante contre les manifestations
ouvrières, d’exploitation des masses pour l‘enrichissement de quelques
mollahs réactionnaires, peuvent-elles être considérées comme les forces
révolutionnaires de la classe ouvrière ? Je crois que ceux qui dénient la
nature bourgeoise et réactionnaire des groupes islamistes, y compris celui
d’al-Sadr’, théorisent ce déni. Ils ont choisi qui soutenir avant toute
réflexion théorique. Comment est-ce qu’une force qui dénie tout droit à la
liberté du peuple pourrait être reconnue comme représentant le peuple ?

Q : Est-ce que la lutte armée peut être considérée comme une méthode de
lutte pour la classe ouvrière dans l’ère actuelle ? Manifestement, le
Parti communiste-ouvrier a chois la lutte politique contre les forces
d’occupation et contre les forces bourgeoises locales. Est-ce que tu
penses que c’est suffisant pour réaliser les objectifs du parti, expulser
les forces d’occupation et contrebalancer l’influence des islamistes et
des baasistes ? Est-ce que ce sera assez pour en finir avec le sinistre
scénario que se déroule en Irak ? Dans quelles circonstances le Parti
communiste-ouvrier s’engage dans la résistance armée ?

KS : Oui. Pour se défendre, pour défendre ses acquis, pour mettre en place
son propre pouvoir, la classe ouvrière a besoin de la lutte armée. Face à
la violence de la classe bourgeoise, à ses mouvements politiques et à ses
armées, aux dizaines d’appareils militaires de l’état bourgeois, la classe
ouvrière ne peut s’en tenir aux grèves et aux manifestations pour changer
le système actuel. Cependant, la classe ouvrière moderne et urbaine a ses
propres méthodes, son propre style, qui diffèrent totalement de la lutte
armée classique du nationalisme, qui est employée par les nationalistes de
gauche pour la libération de la « patrie » et du « peuple ». Pour la
classe ouvrière , la lutte armée n’est pas supérieure aux autres formes de
lutte, elle n’en est pas l’aboutissement.

Il me semble que ce qui sous-tend cette question, c’est la lutte armée,
telle qu’elle a largement été employée contre les politiques d’occupation
coloniale et impérialiste au XXe siècle, par des mouvements nationalistes
combattants qui considéraient cette forme d’action comme leur identité,
parce qu’elle visait à libérer la « patrie ». Elle était alors présentée,
en théorie, comme la guerre du peuple.

Par contre, pour la classe ouvrière, le besoin d’employer les armes émerge
de la vie sociale, de sa propre position économique. Et elles sont
utilisées en même temps que d’autres méthodes de lutte économiques,
politiques et organisationnelles, pour défendre la liberté, la dignité,
les acquis des luttes prolétariennes. Du point de vue de la classe
ouvrière, selon les circonstances, la résistance armée contre les
occupants n’est que l’un des aspects de le la résistance sociale et
politique pour construire le pouvoir des masses. Organiser la révolution,
lancer des insurrections armées, créer des commandos locaux et régionaux
pour les opérations armées, former une garde militarisée pour le parti et
les conseils ouvriers, bâtir une armée rouge sont des formes
d’organisation qui, avec la lutte politique, économique et sociale,
deviennent des formes nécessaires du combat ouvrier.

L’idée selon laquelle le Parti communiste-ouvrier d’Irak devrait d’abord
utiliser la lutte politique et seulement ensuite la lutte armée, n’est pas
correcte. Nous rejetons ce genre d’étapes. Notre conception de la
résistance armée est totalement différente de celles des islamistes et des
baasistes qui opèrent actuellement en Irak. Nous nous considérons d’ores
et déjà comme un parti armé et, en même temps que d’autres formes de
lutte, nous développons nos capacités militaires et nous essayons d’armer
les masses et leurs organisations selon une stratégie militaire. Nous
luttons de manière à inverser la balance du pouvoir militaire, afin
d’expulser les troupes d’occupation, diminuer l’influence de l’Islam
politique sur a vie des gens, développer le pouvoir des masses et leur
permettre, avec leurs représentant-es, de contrôler leurs propres
affaires, aussi bien au niveau des quartiers, des villes, des régions, que
du pays entier. Notre objectif est de restaurer la vie civile, la
sécurité, la liberté et de mettre fin au sinistre scénario qui se déroule
actuellement en Irak.

Q. : Ceux qui soutiennent la soi-disant résistance armée en Irak
critiquent le Parti communiste-ouvrier parce qu’il s’oppose à toutes les
forces islamiques et les met toutes dans le même sac, indépendamment de la
nature de leur lutte et du groupe. Ils mettent l’accent sur les
différences qui existent entre le parti au pouvoir en Turquie et al-Qaeda,
par exemple, et sur le fait que ces groupes ne se considèrent pas
eux-mêmes comme faisant partie d’un même mouvement. Comment expliques-tu
cette généralisation de la part du PCOi ?

KS : Il est vrai qu’il existe des différences entre groupes islamiques.
Ils en parlent fréquemment. La question semble impliquer une distinction
entre un islam « modéré » et « fondamentaliste » et entre un Islam
« réformiste et démocratique » et un autre, « terroriste ». C’est cette
forme de classification prévaut en Occident. Certains gouvernements,
certains partis « démocrates » nationalistes et bourgeois aussi bien que
des écrivains et des intellectuels orientaux l’utilise également.
L’objectif qui est derrière, c’est de construire un partenariat avec
l’Islam politique plutôt que de le présenter selon une analyse
scientifique et théorique. Cela rend possible une politique qui maintient
l’influence de l‘Islam dans la vie quotidienne, dans la loi, dans le
système politique, aux dépens de la laïcité, de la société civile, des
libertés individuelles.

Avec cette classification, quelques faits deviennent évidents :
premièrement, la bourgeoisie et ses gouvernements occidentaux, cherchent à
mettre à bas le projet d’un « état laïque » qui tire ses origines de la
grande Révolution française. Deuxièmement, les états bourgeois orientaux
étaient, à l’origine, fondé sur la religion, qui permettait de bâtir un
état oppressif. Troisièmement, cette classification porte un message
politique simple que la bourgeoisie admet l’Islam, mais pas le terrorisme.
Elle accepte qu’on fasse des femmes des citoyens de seconde classe, selon
les lois fondées sur l’Islam ; elle admet la lapidation à mort pour
« laver l’honneur de la famille » si elles ont des relations sexuelles en
dehors du mariage ; elle admet aussi la ségrégation sexuelle, le voile des
enfants, le bannissement de l’alcool et des cinémas, et nombre d’autres
lois islamiques oppressives. Par contre, elle n’admet pas le « terrorisme
islamique », parce qu’il met en danger les intérêts du capital, des
marchés capitalistes, et le règne de la bourgeoisie. Pour résumer, cette
classification est un message des dirigeants pour indiquer que les
souffrances imposées au peuple par l’Islam sont acceptables, mais que
toute attaque de l’Islam contre le pouvoir bourgeois ne l’est pas.

Pour nous, cette classification de l’islam politique est inutile. Tout ce
qui accepte de traiter avec l’islam politique est tourné contre
l’humanisme, la laïcité, la rationalité et la liberté humaine. Nous
pensons que l’Islam politique, dans toutes ses composantes, partis et
gangs, qu’ils soient au pouvoir ou non, sont un seul et même mouvement
bourgeois, l’un des plus réactionnaires de notre époque. Ils ont tous les
mêmes fondements, la même essence.

Etablir le pouvoir de Dieu sur terre, dans les termes et selon les
conditions de l’Islam politique, comme forme de régime politique imposé à
la population, que ce soit par une forme absolue de terrorisme ou sous
celle du « réformisme » et de la « démocratie », n’a rien d’autre à
proposer au peuple que la superstition, l’absence de droits, l’oppression,
a violence, la pauvreté, le chômage et les privations.

Nous pensons que l’islam, de toutes les sortes et de toutes les couleurs,
est le même. Il ne sert qu’à intimider la société civile. Comme n’importe
quelle autre idéologie religieuse, il est fondé sur la superstition dans
le seul bu de soumettre l’être humain à la réaction et à l’esclavage au
profit de la classe dominante. L’islam est un ensemble de lois
oppressives, une violation constante des droits humains ; mettre à mort
est la principale sentence de l’Islam. C’est le gouvernement du clergé et
des Mollahs, des capitalistes et des marchands, tandis que la vaste
majorité du peuple est opprimée. C’est le système du salariat, de la
pauvreté, des privations et du chômage, des génocides, des emprisonnements
et des exécutions...

Le pouvoir de l’Islam politique signifie tout celà à la fois. Quand un
groupe islamique modifie son programme, cela n’indique pas une réelle
différence d’essence, c’est seulement le résultat de la lutte d’influence
entre les mouvements sociaux qui traversent la société, l’influence des
tendances modernes et progressistes, de la société civile qui les y
contraignent. L’Islam politique ne peut être réformé ou démocratisé, parce
que son essence même comme religion ne permet pas l’émergence d’un Martin
Luther islamique qui initierait un processus de réforme religieuse en son
sein. C’est pourquoi nous considérons tous les mouvements de l’Islam
politique comme similaires et nous considérons que le communisme actuel
représente une tendance totalement opposée à l’Islam politique. Si nous
n’attaquons pas l’influence de l’Islam politique dans la vie sociale, nous
ne pouvons pas parler de liberté, de prospérité, de développement social.

Q. : Le Part communiste-ouvrier d’Irak met le terrorisme de la
superpuissance américaine et celui des petits groupes islamiques en Irak
dans le même panier. Il compare fréquemment le terrorise du Hamas, qui
émerge du désespoir de la société palestinienne brisée, avec celui de
Sharon, le terrorisme structurel de l’oppresseur. Pourquoi cela ?

KS : Le terrorisme qu’il soit commis par les forces d’occupation ou par
les groupes islamiques sous le nom de résistance, est le même. Dan un cas
comme dans l’autre, il fait de civils innocents des cibles légitimes. Il
est vrai que le gouvernement de Sharon et les forces d’occupation
américaines commettent des crimes horribles contre les civils en Palestine
et en Irak, mais cela ne donne aucune légitimité au terrorisme du Hamas et
du Djihad, ou aux groupes islamiques en Irak. L’un et l’autre sont les
pôles internationaux d’une guerre réactionnaire, inhumaine. Leur
terrorisme n’a rien à voir avec la liberté et les doits du peuple. Si on
les jauge à leurs crimes, leurs terrorismes tombent tous dans la même
catégorie.

Libérer les masses palestiniennes du gouvernement de Sharon et la
population irakienne de l’occupation américaine est légitime. Mais
justement, une revendication légitime ne peut être atteinte par des
méthodes inhumaines. Le peuple, en Palestine, ne doit pas s’appuyer sur le
terrorisme du Hamas et du Djihad pour sa libération. Il ne doit pas voir
dans le fait de tuer des enfants, des civils en Israël comme un moyen de
cette libération. De même, la population irakienne ne doit pas attendre sa
libération des gangs islamiques, des attentats aveugles, des
décapitations, de l’oppression et du déni des libertés. En Palestine comme
en Irak, le peuple peut, sans soutenir le terrorisme, choisir une lutte
sociale, politique et militaire pour combattre le terrorisme dans toutes
ses formes, assurer sa propre sécurité et sa vie sociale, parvenir à la
liberté et a bien-être.

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