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"vivre ses convictions", Layla Mohammed (OWFI)

Si de ce retour à la maison, Layla Mohamed en conservera un sentiment partagé, elle s’est sentie suffisament déterminée pour l’accomplir. « J’ai toujours su que je reviendrai à Bagdad et que je continuerai à travailler pour les droits des femmes », affirme Layla après neuf ans d’exil. Ce travail pour les droits de femmes qui l’avait forcée à quitter l’Irak. En 1991, alors que son frère est incarcéré et qu’elle-même est menacée d’emprisonnement, Layla se sauve avec son premier mari dans le nord de l’Irak sous contrôle kurde puis rejoint la Turquie. Finalement, la Commission pour les réfugiés de l’ONU (UNHCR) installe ce couple de réfugiés politiques et leur petite fille en Australie.

un mirages
de liberté

Aujourd’hui, âgée de 35 ans, la vie menée par Layla exprime bien le paysage changeant de la politique irakienne. Elle est née à Bagdad, fille unique dans une famille de six garçons. Dans sa jeunesse, son père a appartenu à un parti de gauche et a élevé ses enfants dans l’idée que les garçons et les filles ont autant de chance et d’égalité d’apprendre et de choisir.

Petite fille puis adolescente, Layla a bénéficié des grandes avancées que le mouvement des femmes avait créé dans les années soixante en Irak. Durant les années 70, les femmes irakiennes ont obtenu la protection légale dont les droits de voyager, de poursuivre leurs études et de se choisir un mari [ou non ? N.d.T.]. Après que Saddam est pris le pouvoir en 1979, le régime commença à attaquer les droits des femmes. Dans les années 80, sous le couvert de la guerre irano-irakienne, le gouvernement demanda aux femmes de rester chez elles et de s’occuper des enfants plutôt que de prendre le travail aux hommes. Le régime encouragea une campagne religieuse prétendant que le devoir d’une femme est de rester à la maison et d’obéir aux hommes. Depuis le milieu des années 80 jusqu’en 1991, les lois sur la famille qui protégeaient auparavant les femmes se sont transformées. Les cours pénales n’ont plus poursuivi les criminels de « meurtres d’honneur » et d’exécutions publiques de femmes. « Les femmes sont devenue dans la société les plus pauvres et sa partie la plus faible », explique Layla.

Une résistance déjà tenace

Après avoir vécue ses premières années dans une société qui a honoré et préservé les droits des femmes, Layla a ressenti ces changements avec intensité. Même ses amis les plus proches lui ont dit de porter le voile (bien qu’aucune loi soit passée qui exigerait le port du voile, mais une campagne publique du régime relayée d’une grande pression sociale pousse les femmes à couvrir leurs têtes.) « Mon fond radical, indique Layla, et l’appui de Samir, mon frère aîné, me rendent suffisament forte pour résister. »

Layla était déjà engagée politiquement quand elle était à l’université de Mossoul puis à celle de Mustansyria à Bagdad où elle a obtenu en 1991 un diplôme en sciences économiques et en droit administratif. Elle écrivait des articles, organisait des groupes de discussion d’étudiants et critiquait le régime et ses attaques contre les droits des femmes. En 1990, Layla Samir avec d’autres camarades forment une organisation intitulée « Groupe de libération de la classe ouvrière » ayant pour tâche de travailler sur la réforme. L’arrestation de Samir et d’autres membres du groupe en 1991 met Layla en grand péril et force son départ.

Les efforts continuent dans l’exil

Durant son exil en Australie, Layla a continué à lutter pour les droits des femmes. Elle a lancé une ONG, l’association des femmes irakiennes. Un ami et une collègue,Yanar Mohammed, développent le résau au Canada, là où Yanar a été forcée d’émigrer. En mettant en valeur la situation difficile des femmes dans leur pays, l’association des femmes irakiennes organisa des campagnes publiques contre les changements liberticides de la loi sur la famille par le régime. « Nous croyions, précise Layla sur leur rôle, que notre tâche était de défendre les femmes en Irak et de faire pression sur le gouvernement pour préserver les droits des femmes »

Construire un futur

En 2003, alors que la guerre s’imposait inéroxablement, Layla envoya au Kurdistan irakien un plan d’aide à la reconstruction de son pays. Yanar et d’autres irakiens qui avaient été en exil retournent également dans le pays. Ils savaient que, suite au renversement du régime, l’Irak serait dans une situation chaotique. Mais ils n’avaient pas prévu qu’en raison de l’insécurité quotidienne, la vie des femmes connnaîtrait une dégradation supplémentaire.

Accompagnée de Yanar et d’autres femmes, Layla crée l’Organisation pour la liberté des femmes (OWFI). Chacune de ses journées est employée aux besoins immédiats des femmes qui viennent à son bureau pour demander aide et protection. Tout en jonglant avec ces difficultés, Layla continue à penser à l’avenir, sachant que les droits des femmes doivent être inscrits dans la nouvelle constitution et les nouvelles lois irakiennes.

Le retour d’exil : une bénédiction mitigée

Le retour à la maison n’a pas été simple pour Layla. Les années d’oppression ont marqué sa famille. Allié loyal dans sa jeunesse, son père est devenu aujourd’hui tout à fait réactionnaire, désaprouvant son refus de se voiler.

A l’instar de toutes les femmes de l’Irak actuel, Layla ne voyage pas seule mais est accompagnée de Samir ou d’un collègue masculin.

Layla s’ennuie constamment de son mari et de sa fille Lina, âgée de dix ans. Ils sont tous deux restés en Australie où les conditions sont meilleures pour Lina. D’une voix douce et passionnée, Layla parle de cette décision familiale : « je m’ennuie d’elle tellement. Je ne cesse de penser à elle toute la journée. Mais, là où elle est, elle est bien et en sécurité et a tout ce dont elle a besoin. Ici, en Irak, ce n’est pas possible. Et ce n’est pas uniquement pour ma fille que je dis ça mais pour toutes les filles. »

reportage traduit de l’anglais de Mary Trotochaud de Iraq Afternath : The Human Face of War

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photo : Layla rencontre la direction du camp de Salam
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photo : Layla décide avec les femmes et les hommes de la distribution de l’aide
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photo : Layla (à droite), Mary Trotochaud (au centre) et une résidente du camp de Salam (à gauche)
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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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