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Avec le peuple Irakien contre l’exploitation et l’oppression !

Vingt-mois après l’invasion impérialiste, l’Irak s’enfonce chaque jour un peu plus dans le chaos. Les images de désolation se répètent, inlassablement. Ici, ce sont des hélicoptères lanceurs de roquettes des forces anglo-américaines pulvérisant des habitations ; là-bas, des attaques à la voiture piégée de groupes islamistes visant la foule : dans le plus grand nombre des cas, les victimes sont des civils.

Et tout indique que dans les jours à venir, les atrocités vont redoubler, bombardements et attentats s’enchaîner : rassérénées par la réélection de Bush les forces d’occupation intensifient depuis quelques heures leur offensive contre le bastion sunnite de Fallouja.

L’intervention militaire aurait fait — selon l’ « estimation prudente » de l’hebdomadaire médical britannique The Lancet — plus de cent mille victimes civiles depuis la chute du régime de Saddam Hussein en mars 2003, parmi lesquelles une majorité de femmes et d’enfants. Jusqu’ici, les rares estimations concernant les pertes irakiennes dénombraient moins de 16 000 civils et 6 370 militaires.

« L’essentiel des opérations militaires est terminé » annonçait triomphalement George W. Bush six semaines après le début de la guerre ; en réalité, c’est un déluge de fer et de feu qui s’abat sur l’Irak depuis près de deux ans, désorganisant chaque jour un peu plus encore un pays exsangue après douze années d’embargo et de bombardements — les frappes aériennes n’ont pas cessé depuis la première guerre du Golfe en 1991.
Les infrastructures du pays ont été atteintes. Les routes sont défoncées. Le réseau électrique fonctionne seulement par intermittence, tout comme celui de l’eau. Le système de santé est, lui, dévasté, suite aux bombardements des hôpitaux et aux pillages qui ont suivi la chute du régime baasiste. Jusqu’au pétrole dont regorge pourtant l’Irak qui vient à manquer dans les centres urbains…

L’Irak de Saddam Hussein était présenté, il y a encore vingt ans, par les États-Unis comme par la France, comme un modèle pour les différents régimes du Moyen-Orient, un pays industrialisé et urbanisé, les ressources renfermées dans son sous-sol lui assurant un développement durable. Le pays est aujourd’hui un champ de ruine.

La misère gagne du terrain. Même les autorités du pays concèdent qu’au moins 40 % de la population est actuellement au chômage. Les organisations de chômeurs et de chômeuses avancent de leur côté le chiffre de 70 %, à l’instar de l’Union des chômeurs en Irak (UUI) constituée en mai 2003 à Bagdad pour défendre la masse des travailleurs privés d’emploi et se trouvant dès lors sans ressource dans un pays dépourvu d’assurance chômage.

L’UUI que préside Qasim Hadi et la Fédération des conseils ouvriers et des syndicats irakiens (FWCUI) revendiquent aujourd’hui près de 300 000 membres et mobilisent pour obtenir une indemnité de 100 dollars par mois pour les chômeurs et chômeuses. L’UUI et la FWCUI sont notamment implantés à Bagdad, Kirkuk, Bassora, Nassiriya, Mosul et Sharanban. Malgré les années de dictature et l’agression impérialiste, le mouvement ouvrier irakien se (re)structure. Les travailleurs du monde entier doivent soutenir cette expression indépendante de la classe ouvrière en Irak qui seule dessine une issue progressiste face au choc des barbaries impérialistes et intégristes.

Une organisation de défense des femmes, l’Organisation pour la libération des femmes irakiennes (OWFI), a vu également le jour. Le mouvement de Yanar Mohamed a mis en place des foyers à Bagdad et à Kirkouk pour protéger les femmes menacées de violence et de « crime d’honneur ». Les conditions de vie des femmes n’ont cessé de se dégrader depuis mars 2003, obligeant nombre d’entre-elles à vivre recluses pour éviter les exactions des troupes anglo-américaines ou celles des groupes islamistes.

« Beaucoup de femmes et de jeunes filles vivent dans la peur permanente d’être harcelées, battues, enlevées, violées ou tuées », s’inquiétait Amnesty International début 2004. Le 8 mars dernier, à l’occasion de la journée internationale des femmes, un millier de femmes ont pourtant défilé à Bagdad avec des drapeaux et des banderoles rouges dont l’une représentait une femme les cheveux flottant au vent, défiant ainsi le pouvoir à la solde des impérialistes et les intégristes islamistes. Pour son combat en faveur des femmes, Yanar Mohammed, la dirigeante de l’OWFI, est visée par une fatwa la condamnant à mort.

Malgré la détérioration de la situation, le mouvement ouvrier irakien n’est pas sans perspective. Mieux, la FWCUI organise une conférence ouvrière le 25 novembre 2004 à Bassorah dans le sud de l’Irak à laquelle devraient participer plus de vingt-cinq syndicats et organisations de travailleurs de divers secteurs (pétrole, électricité, gaz, transports, dockers, bâtiment, etc.), venus de Bassorah, Imara, Nassiryah, Najaf et Samawa. Cette réunion a pour objectif d’unifier à l’échelle du pays la lutte des travailleurs et des travailleuses contre l’occupant et les islamistes et de structurer ce combat en élisant une direction nationale. La désorganisation du pays n’a pas tout emporté…
En revanche, les troupes anglo-américaines ont amené avec elles le poison de l’intégrisme islamiste, chiite et sunnite. En quelques mois, des milices armées islamistes ont été levées, à l’image de « L’armée du Mahdi » du leader musulman chiite Moqtada-Al-Sadr à Najaf. Elles étaient inexistantes avant la guerre… Forts de la haine légitime que suscitent les frappes aveugles et les exactions des forces de la coalition dans la population et en particulier chez les jeunes, les groupes intégristes islamiques de différentes obédiences pullulent et tentent d’imposer la charia sur les territoires tombés sous leur contrôle : port du foulard islamique, ségrégation entre hommes et femmes, interventions dans les actes médicaux, etc. L’islam radical détourne ainsi des milliers de travailleurs et de jeunes de la lutte pour l’émancipation.
Le pouvoir à la solde des impérialistes n’est pas en reste : le 29 décembre 2003, le Conseil de gouvernement — présidé à cette occasion par Abdel Aziz al-Hakim, le leader du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII) — avait adopté une résolution abolissant le code irakien de la famille en vigueur depuis 1959 et introduisant la loi islamique ; mais le 29 janvier 2004, le Ministère de la Justice faisait marche arrière sous la contrainte de la mobilisation populaire. C’est cette voie que les révolutionnaires encouragent et soutiennent en Irak. Les résistants, ce sont ces hommes et ces femmes qui luttent au péril de leur vie contre toute forme d’exploitation et d’oppression, nullement les groupes armés qui les menacent de mort et les assassinent.

« L’armée du Mahdi » et les courants intégristes islamiques sont les ennemis de la classe ouvrière ; et dans le combat contre l’occupant, nous ne pouvons trouver auprès d’eux des alliés politiques : la révolution iranienne dont c’est le 25e anniversaire le rappelle tristement. Chercher simplement à conclure avec ces forces des blocs militaires temporaires sur des objectifs limités apparaît même hors de propos : le 3 janvier dernier, entre autre exemple, le groupe islamiste « Al-initfadah Al sha’baaniah » a tiré sur une manifestation de chômeurs, faisant quatre morts et plusieurs blessés.

Il ne s’agit nullement d’exclure par principe toute organisation d’inspiration musulmane de la lutte contre l’impérialisme, comme le reproche le SWP à nombre de courants révolutionnaires, mais bien de préserver l’indépendance politique de la classe ouvrière
Dans La maladie infantile du communisme, le gauchisme, Lénine revendiquait la « nécessité absolue pour l’avant-garde du prolétariat, pour sa partie consciente, pour le Parti communiste, de louvoyer, de réaliser des ententes, des compromissions avec les différents groupes de prolétaires, les divers partis d’ouvriers et de petits exploitants… Le tout est de savoir appliquer cette tactique de manière à élever et non à abaisser le niveau de conscience général du prolétariat, son esprit révolutionnaire, sa capacité de lutter et de vaincre. »
Les promoteurs de l’islam politique n’entrent pas dans ce cadre. Nous ne pouvons nous trouver aux côtés de mouvements islamistes tirant sur les manifestations, menaçant les militants et imposant aux populations — à commencer par les femmes — des conditions de vie aux antipodes de celles que nous défendons ; s’allier à ces forces réactionnaires, ce serait renoncer à notre indépendance de classe et à notre politique, sinon à nos vies. Ce serait réduire à zéro « le niveau de conscience général du prolétariat », l’arrimer à celui des secteurs les plus réactionnaires de la société.

La tactique du front unique anti-impérialiste développée par l’Internationale communiste est aux antipodes des positions du SWP. L’indépendance de classe est au cœur de cette politique. Les « Thèses générales sur la question d’Orient » adoptées au IVe congrès de l’IC ne souffrent d’aucune ambiguïté : les communistes n’ont aucune illusion sur la capacité des directions bourgeoises ou petites-bourgeoises à mener jusqu’au bout la lutte anti-impérialiste, et encore moins de celles des courants « féodalo-réactionnaires » ; ils entendent au contraire dissocier les masses des classes dirigeantes en défendant le programme de la révolution permanente, l’indépendance et l’autonomie politique et organisationnelle du mouvement ouvrier étant la précondition absolue de la transcroissance de la lutte contre l’impérialisme en révolution socialiste.
Oui, nous sommes pour la défaite des impérialistes, là-bas comme ailleurs. Dans la guerre de l’impérialisme états-unien et de ses alliés contre l’Irak, nous ne sommes pas neutres. Mais nous entendons que cette défaite politique et militaire résulte de la mobilisation ouvrière, non de celle des intégristes islamistes. Notre objectif est le socialisme. Le combat anti-impérialiste n’exclue nullement celui contre la réaction islamiste et ses projets anti-ouvriers ; au contraire, c’est sur les deux fronts que la classe ouvrière mène la lutte, afin que la défaite des uns n’entraînent pas la victoire des autres… sur le prolétariat. Au risque de se répéter : la révolution iranienne est le contre-exemple à méditer.
Nous militons pour le retrait immédiat et sans condition des troupes de la coalition de l’Irak et de tout le Moyen-Orient. Et nous condamnons par avance toute ingérence étrangère dans les affaires irakiennes, notamment le déploiement de « casques bleus » sous l’égide de l’ONU. La présence de l’impérialisme renforce les islamistes ; son départ lèvera un obstacle majeur dans la lutte contre l’obscurantisme religieux et pour une solution progressiste, socialiste, féministe et internationaliste dans la région.

La priorité est l’armement de la population au sein de milices ouvrières à même de protéger les quartiers contre les incursions des forces impérialistes comme celles des intégristes islamistes. La FWCUI développe déjà cette politique dans quelques zones de Bagdad. Cette perspective n’est « ni ridicule ou absurde », pour reprendre une formule de Lénine. Une autre priorité est la défense des intérêts des travailleurs, des chômeurs et des femmes, en traçant une perspective révolutionnaire. La lutte de classe ne connaît pas de temps mort. « Les socialistes doivent profiter de la guerre que se font les brigands pour les renverser tous » écrivait Lénine dans Le socialisme et la guerre. Le rapport de force demeure certes défavorable au mouvement ouvrier en Irak, mais les marxistes-révolutionnaires misent sur une issue révolutionnaire et la préparent.
Œuvrer au renforcement d’un mouvement ouvrier indépendant en Irak est la tâche à laquelle les travailleurs du monde entier doivent contribuer. Cela passe par un soutien politique, militant et financier aux différentes organisations de femmes et de travailleurs s’engageant pour le retrait des troupes impérialistes et la dispersion des milices islamistes d’Irak. Lutter contre la guerre dans les métropoles impérialistes est une chose. Affirmer une solidarité concrète avec les femmes et les travailleurs d’un pays dominé en est une autre. Nouer des liens entre syndicats, associations et partis par-delà les frontières, c’est la première expression d’un internationalisme et d’un anti-impérialisme militant…

Serge Godard

( Article paru dans Débat Militant n° 54 )

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Auteurs
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Fédération internationale des réfugiés irakiens
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Solidarité Irak
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