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(Paris) compte-rendu du rassemblement contre al-Yaouar et soirée RSF

Bonjour Olivier. Pourquoi Solidarité Irak a organisé un rassemblement contre la venue du président irakien Ghazi al-Yaouar ?

Olivier : En effet, ce vendredi 14 janvier nous avons organisé un rassemblement à Paris, au Trocadéro, car nous considérons, comme bon nombre d’irakien-nes, que l’actuel président irakien n’est que la marionnette des troupes d’occupation américano-britanniques. Celui-ci n’a aucune légitimité parmi les irakien-nes et a été mis en place uniquement pour donner l’illusion de la souveraineté retrouvée des irakien-nes. Il n’est que le représentant d’un gouvernement fantoche de façade.

Solidarité Irak soutient des organisations de chômeurs, des syndicats indépendants, des organisations de femmes et d’autres mouvements progressistes qui sont chaque jour victimes de ce gouvernement qui réprime leurs activités. Ce gouvernement, plus préoccupé par le fait de négocier sa part dans la privatisation des marchés irakiens, est à mille lieux des aspirations quotidiennes de cette société civile naissante, et de nombreux faits de corruption ont déjà été signalés.

La complaisance du gouvernement français vis-à-vis de ce pouvoir usurpé, nous ferait presque oublier que la diplomatie française avait été l’une des plus virulentes dans son opposition à la guerre avant que celle-ci ait eu lieu. Nous n’avons pas oublié et nous ne pouvons que constater, l’opportuniste volte-face de nos dirigeant-es alors que les affrontements armés continuent aujourd’hui à décimer la population irakienne. Nous ne pouvions que dénoncer cette mascarade institutionnelle.

Avant d’être président, Ghazi al-Yaouar était un homme d’affaire opulent.
Peux-tu nous en dire plus ?

Olivier : Ghazi Al-Yaouar, revenu en Irak, après un exil de 20 ans, ingénieur diplômé de Georgetown (USA) était installé en Arabie Saoudite où il dirigeait une entreprise de services en télécommunication et surveillance : Hycap Technology. Hycap est un nouveau concept à la mode dans les services de police du monde entier et qui introduit les techniques de pointe de la surveillance électronique dans la vie quotidienne des policiers. Ceci n’est peut-être sans lieu avec l’installation de systèmes rétiniens biométriques à Fallouja et avec les demandes françaises d’intervenir en soutien dans la formation de la nouvelle police et gendarmerie irakienne.

Le grand projet du président, c’est la privatisation des entreprises publiques dans un pays où la quasi-totalité de l’industrie est publique. La résistance ouvrière, réactivée depuis la chute du régime de Saddam Hussein l’en a empêché jusqu’ici. Il faut cependant savoir, que l’actuel gouvernement irakien ne soutient qu’un seul syndicat officiel (IFTU), comme à l’époque de la dictature de Saddam Hussein, et qu’aujourd’hui se sont les mêmes forces baasistes qui répriment le mouvement ouvrier. Ghazi Al-Yaouar, est un membre éminent de la toute puissante tribu des Shammars dont l’aïeul a déjà tenu un rôle similaire lors de la création de la création de l’état irakien moderne par les Britannqiues. Les membres de cette tribu ont été un des plus sûrs soutiens du régime de Saddam Hussein. En conclusion, Ghazi Al-Yaouar représente un mixte curieux entre les pires aspects de la tradition et de la modernité.

Qu’en est-il de la rencontre des partis irakiens qui se déroule en même
temps que la visite présidentielle ?

Olivier : Les responsables de 14 partis politiques irakiens sont venus en France entre le 10 et le 14 janvier 2004 pour d’après le Quai d’Orsay « s’informer sur le fonctionnement du système politique et électoral français » [1]. Pour un gouvernement qui avait su tisser des liens très étroits avec le clan de Saddam Hussein, cette rencontre est prévisible, et permet d’envisager de juteux marchés.

Maintenant que la donne a changé, il s’agit de faire en sorte que « les intérêts de la France soient préservés ».
La pluralité apparente de cette délégation ne doit pas nous tromper, à leur échelle et à des niveaux différents, tous ces partis sont des représentants de la bourgeoisie irakienne tentant de s’accaparer les richesses irakiennes et porteurs de leurs propres intérêts et, le plus souvent, de valeurs tribales et religieuses réactionnaires, accordant peu de place à l’émancipation des irakiens et irakiennes.

Pour la plupart, ils ne détiennent leur pouvoir qu’en jouant de leur autorité ou de la terreur qu’ils exercent sur la population. Sans compter que, la plupart de ces partis sont revenus dans les bagages des troupes d’occupation et ne jouissent d’aucune base populaire. Même, le Parti Communiste, qui disposait d’une certaine audience populaire a été décimé et son parcours tortueux opportuniste qui les fait aujourd’hui se retrouver au sein du gouvernement irakien en a désorienté plus d’un-e.

Tu as été à la soirée de solidarité avec Florence Aubenas. Comment est-ce
que ça s’est passé ?

Olivier : Je me suis en effet rendu à l’Institut du Monde Arabe où était organisée une soirée pour Florence Aubenas , journaliste au journal Libération disparue, enlevée et prise en otage sans doute en Irak, ainsi que Hanoun Hussein, son traducteur. Les deux journalistes français, Christian Chesnot (RFI, Radio France), Georges Malbrunot (Le Figaro, RTL) et leur chauffeur, le Syrien Mohammed al-Joundi ainsi que le président de Reporters sans Frontières étaient également présents pour témoigner leur soutien. De nombreuses personnalités politiques étaient notamment présentes.

Ce fut une soirée assez étrange pour moi. Ce qui m’a marqué, tout d’abord, c’est le côté très nationaliste des interventions. Notamment celle de François Chesnot, qui onsistait sur « il faut faire preuve d’unité nationale », « dépasser les clivages gauche-droite », etc. Beaucoup de discours ronflants, seules les interventions des parents de Florence Aubenas et un message envoyé par la famille Hussein sonnaient plus juste à mes oreilles. Un des journalistes a poursuivi, je cite, "sur le travail remarquable du gouvernement français qui cherche notamment à promouvoir la démocratie en Irak". J’imagine que si tous les journalistes entendent ce son de cloche toute la journée, il ne doit plus beaucoup leur rester de regard critique au moment d’informer.

Au final, devant les flashs crépitants beaucoup de solidarité pour Florence et Hanoun, mais pas un mot sur le sort de la population irakienne, qui, elle aussi, il me semble, "a droit" à son lot de soutien et de solidarité. Même pas une pensée, une phrase... Juste un buffet de 1ère classe pour enrober tout cela, dont je n’ose d’ailleurs imaginer le prix. D’ailleurs, je me demande bien qui a payé ? Aux frais de RSF ?


Comment ont été reçus les tracts de Solidarité Irak appelant à la
manifestation contre Ghazi al-Yaoua ?

Olivier : Une fois les parlottes terminées, je me suis mis à aborder l’assistance avec le tract pour le rassemblement que Solidarité Irak avait rédigé contre la venue du président irakien Ghazi Al-Yaouar. J’expliquai dans la foulée ce qu’était notre association. Plusieurs réactions : certains m’ont expliqué que "ce n’était pas le moment" (sic !), d’autres s’en foutaient et d’autres avaient l’air de trop parader pour que j’aille les voir. Quelle condescendance quand même ! Par contre, au final, pas mal de monde, quand même, semblait intéressé. Des gens proches de Beur FM, de Oui-FM, un ancien journaliste de Libération et d’autres ont même semblé vouloir regarder de plus près la question. Pour l’anecdote, Henri Chapier a été très attentif également... Bref, il ne faut certainement pas en attendre grand chose, mais il y a eu un minimum d’écoute, plutôt des seconds couteaux, d’ailleurs, que les "stars" venues parader ou "certains fils à papa".

Et puis tout d’un coup un RG est venu me chercher m’expliquant qu’il était interdit de diffuser des tracts dans l’Institut (pas très attentif le RG quand même... je lui avais distribué un tract une heure auparavant sans qu’il ne bronche). Les représentants de l’ordre (sic !) m’ont ensuite gentiment mis à la porte, après un contrôle en règle. Vive la liberté ! Cela fait toujours bizarre de se faire débarquer comme cela...

Le monde des médias n’est pas encore prêt à parler du combat des irakiens et des irakiennes, de ceux et celles qui, sur place, se battent justement pour acquérir ne serait-ce qu’un minimum de liberté : le droit à la sécurité, le droit au travail, le droit à un toit, aux soins et à un repas équilibré. La liberté de se syndiquer, de s’exprimer, la liberté d’être une femme. Toutes ces considérations, finalement passent assez loin d’ailleurs, derrière le cas (certes déplorable) de Florence Aubenas. Les médias sont un pouvoir. L’ancien journaliste de Libération me disait "C’est très bien ce que vous faites mais ça ne rentre pas dans les critères demandés, ce n’est pas un bon produit". Sans doute...

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Thèmes
Situation sociale
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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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