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Communisme ouvrier et lutte armée en Irak : guérilla ou résistance armée de masse ?

Par Toma Hamid*

Bien avant le déclenchement de la guerre par les USA et la Grande-Bretagne, nous avions annoncé qu’elle aurait des conséquences catastrophiques pour la population irakienne, qu’aucune promesse des troupes d’occupation ne serait tenue : ni paix, ni liberté, ni stabilité, ni prospérité, ni reconstruction. En Irak, nous étions le seul groupe politique à s’opposer à la fois à l’invasion américaine et au régime de Saddam.

Certain-es trouvaient que notre pessimisme quant au dénouement de cette guerre était le signe d’un anti-américanisme hérité de la gauche. Les bellicistes et les partisans de l’occupation ont applaudi le 9 avril 2003, jour où Bagdad fut prise par les forces américaines. Pourquoi cet enthousiasme ? Parce que, selon eux, nous avions surestimé les pertes humaines.

Néanmoins la guerre ne s’est pas arrêtée le jour où George Bush Jr. a annoncé la fin des opérations militaires. La guerre continue et chaque jour, des innocent-es meurent. Aujourd’hui, personne ne peut nier le prix énorme que la population irakienne a payé. Cela ne fut pas une surprise lorsqu’on apprit pour la première fois que 100 mille irakien-nes avaient été tué-es depuis le début des combats. Et jour après jour, le cycle vicieux de la violence s’intensifie. Alors que les morts s’accumulent, nous voyons apparaître des actes de génocide comme à Falluja. Des dommages matériels incalculables ont été causés par les opérations militaires des coalisés, par le pillage et par les opérations exécutées au nom de la « libération nationale » de la « résistance armée ». La « reconstruction » de Bush n’est qu’une mystification.

Dix-huit mois plus tard, l’état des services de base comme l’électricité, l’eau ou la santé est plus catastrophique qu’avant guerre. Le moral et la culture de la société irakienne ont régressé. Les valeurs et les traditions les plus réactionnaires sont rétablies. Les forces réactionnaires gagnent du terrain et augmentent leur influence. Aujourd’hui, la population irakienne connaît une des périodes les plus inquiétantes de son histoire.

Les Etats-Unis soutenus par la bourgeoisie locale n’ont pas seulement été incapables de construire une sorte de démocratie à l’occidentale, ils ne sont même pas parvenus à former un régime stable. Dans les circonstances présentes, parler de droits civils et individuels ou des libertés n’est pas leur priorité quand, en réalité, les troupes criminelles, les terroristes islamiques et les forces obscurantistes gouvernent de fait la société irakienne. Il n’y a ni gouvernement ni appareil d’état (au premier sens du terme) auprès de qui les gens pourraient protester, faire pression et obtenir satisfaction. L’actuelle situation de l’Irak est toujours aussi dramatique. Nos prévisions n’étaient pas théoriques mais s’appuyaient sur la nature réactionnaire de l’administration américaine, de son « nouvel ordre mondial » et de sa politique. Les Etats-Unis et leurs alliés ne peuvent pas souhaiter mieux pour un pays comme l’Irak. Dans le cas de l’Irak, le seul moyen d’établir une société civile et moderne où les besoins essentiels des personnes, les libertés et les droits minimaux seraient respectés, est de restreindre les forces réactionnaires, claniques et ethno-centriques.

L’alternative est d’établir un gouvernement laïque et non ethnique. Cependant, l’administration américaine est une force bourgeoise réactionnaire qui cherche à affirmer son hégémonie mondiale. Elle a peur des idées et des forces progressistes. Les forces progressistes et de gauche doivent encourager la laïcité et la construction d’un gouvernement laïque, non-ethnique. L’administration américaine fera son possible pour empêcher un mouvement communiste révolutionnaire comme le Parti Communiste-Ouvrier en Irak de devenir une force significative dans la société irakienne. Si cela se produisait, les plans de l’Amérique et de ses alliés seraient bouleversés en Irak mais aussi dans le reste de la région.

En conséquence, les Etats-Unis n’ont qu’un seul choix : essayer de jouer sur les divisions entre les forces et les individus réactionnaires, ethno-centristes et claniques pour contrer les idées et les forces laïques et progressistes qui plongeront l’Irak dans une terrible crise économique, politique et sociale. Nous trouvons déjà cette réalité appliquée dans la composition du conseil dirigeant le gouvernement provisoire imposé par les Etats-Unis ainsi que dans les individus et les organisations qui ont fait pression pour que les élections se tiennent en janvier 2005. Au bout de 18 mois, le trait le plus stable de l’Occupation est son soutien direct et indirect aux réactionnaires et son opposition aux progressistes.

L’occupation est la principale cause qui se cache derrière l’impasse se présentant à la société irakienne. Aussi longtemps que les forces d’occupation resteront en Irak, il n’y aura pas de solution à ces crises. En raison de leur impopularité, les Etats-Unis doivent employer une répression féroce pour se protéger et maintenir leur autorité. Pour ces raisons, ils poussent indirectement les forces réactionnaires à se poser comme les leaders des personnes et de leurs dignités et offrent une excuse pour que les groupes ethno-centristes et islamistes organisent des opérations militaires plus meurtrières pour la population civile que pour les occupant-es.

Ce cycle vicieux va s’installer, la société continuera à se déstabiliser et les conditions de vie à se détériorer.

La question n’est pas : les forces d’occupation doivent partir. Mais COMMENT vont-elles partir ? A notre avis, la résistance civile est le moyen de forcer les armées d’occupation à partir. Cela peut s’exprimer par le ressentiment général envers les forces d’occupation,par la mise en lumière de leurs crimes et par le fait de gagner le soutien des progressistes à travers le monde.

En Irak, c’est la fonction du Parti communiste-ouvrier en Irak, des organisations progressistes comme l’OWFI (Organisation pour la liberté des Femmes) , l’UUI (Syndicat des chômeuses et des chômeurs) et la Fédération des conseils ouvriers et des syndicats. Ce mouvement doit se développer et devenir une alternative à l’occupation et au gouvernement fantoche. Pour atteindre ce but, nous devons discuter et étudier de manière approfondie. Si ses membres peuvent offrir une véritable alternative à la société irakienne, les mouvements sociaux extérieurs s’engageront pour exercer une pression pour le retrait des forces d’occupation. Les manifestations mondiales du mois de février 2003, où des dizaines de millions de personnes étaient descendues dans les rues montrent que ce mouvement est colossal. Bien que ce mouvement soit aujourd’hui en sommeil, il peut rapidement se mobiliser et se développer.

La seconde forme de résistance est la lutte armée. Dans les circonstances présentes, nous croyons que les forces progressistes et communistes doivent éviter le style traditionnel de la guérilla employé par la résistance armée :

- 1. En effet, elle pourrait être manipulée par la « résistance » des terroristes islamico-ethnocentristes. Il deviendrait difficile de distinguer leurs opérations terroristes des actions de la résistance progressiste. Comme les groupes islamiques et ethnocentristes sont, à l’heure actuelle, dominants, la résistance progressiste armée de type guérilla ne serait qu’un jeu pour eux. Ils l’encourageraient à commettre plus de crimes contre les populations au nom de la lutte contre l’occupation. En devenant l’alliée des islamico-ethnocentristes, il serait difficile de lutter contre eux.

- 2. La résistance armée servirait aujourd’hui les Etats-Unis. Ceux-ci préfèrent se confronter militairement à ses adversaires. Leur supériorité militaire garantit leur victoire. La force est leur force. Leur faiblesse est leur politique humanitaire et leurs actions contradictoires. Il paraît difficile pour les USA de gagner sur une confrontation politique surtout face à un mouvement juste et progressiste.

- 3. Une guérilla en Irak causerait la perte de nombreuses vies et les destructions massives des biens. En raison de la géographie de l’Irak, du niveau de développement des infrastructures et de la nature brutale des forces américaines, c’est une tâche impossible.

Dans les circonstances présentes, la stratégie armée adoptée par le PCO en Irak est la meilleure méthode. Cette résistance se concentre avant tout sur les moyens de mobiliser et de mener la populations à reprendre en main les banlieues, les villages, les villes, d’y interdire l’entrée aux américaines et aux milices islamico-ethnocentristes. Cette forme de résistance a mis en place les dispositifs suivants : s’opposer et maintenir son indépendance face aux deux pôles terroristes, les Etats-Unis, leurs alliés et les Islamo-ethnocentristes ; réduire les dommages infligés aux populations ; encourager les populations à s’auto-organiser et faire en sorte de les impliquer de manière à élever leur conscience. Un des dispositifs négatifs de la situation actuelle (ce qu’on surnomme « le scénario noir ») est que cela a tendance à instaurer un sentiment d’aliénation. Cette forme de résistance armée réactivera les individus et contredira l’effet du scénario gelé.

Pour cela, le PCO Irak et les autres organisations ont besoin du soutien des forces progressistes du monde entier. Comme nous l’avons dit précédemment, la lutte en Irak n’a pas forcément une issue uniquement locale. Les forces qui sont impliquées, aussi bien les forces d’occupation, les forces islamo-ethnocentristes et le communisme ouvrier sont de portée internationale. Les Etats-Unis ont l’appui de gouvernements notamment britannique et australien qui ont envoyé des troupes en Irak. L’Islam politique et les mouvements nationalistes arabes sont soutenus par les régimes voisins réactionnaires comme le Soudan et l’Iran des mollahs. En attendant, les communistes ouvriers et le front progressiste en Irak ont reçu peu d’aide de l’extérieur. Nous espérons que la solidarité du mouvement progressiste japonais, des travailleurs-es contre la guerre aux Etats-Unis, des syndicats australiens et britanniques va se généraliser. Le PCO Irak est en train de faire en sorte de développer cette solidarité internationale.

*Toma Hamid est membre du comité central du Parti communiste-ouvrier en Irak

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Thèmes
Situation sociale
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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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