Accueil du site - Contact

L’extrême gauche internationale ne sait pas agir autrement qu’en groupe de pression vis-à-vis de la « Résistance » irakienne

Par Toma Hamid*

L’extrême gauche internationale est divisée vis-à-vis de la « Résistance » irakienne ethnocentriste. Certains groupes soutiennent cette « Résistance » réactionnaire. Leur attitude s’explique à notre avis par le fait qu’une mentalité de groupe de pression domine dans ces organisations et détermine leurs positions politiques et leurs activités.

En Irak, la répression des forces d’occupation contre la population et la contradiction éclatante entre ces violences et les promesses lancées par les Etats-Unis et le Royaume-Uni avant la guerre ont incité la majorité du peuple à changer de position, à s’opposer à l’occupation américano-britannique et à toutes ces manifestations. Cependant cette opposition à la présence des troupes de la Coalition ne se traduit pas pour autant par un soutien massif à la « Résistance » islamo-ethnocentriste.
La confrontation armée entre les deux pôles du terrorisme en Irak (les forces américano-britanniques d’un côté ; la « Résistance » islamo-ethnocentriste de l’autre) a délibérément transformé les zones d’habitation et les lieux de travail en un champ de bataille. Ces deux forces réactionnaires essayent d’embrigader les victimes de leur guerre dans leur compétition terroriste. Mais la résistance des victimes est totalement différente de la « Résistance » des organisations islamistes et ethnocentristes.
Certains Irakiens s’en prennent aux forces d’occupation pour venger la mort de personnes chères ou parce qu’eux ou leurs proches ont été humiliés par les troupes de la Coalition. Cependant la résistance de ces citoyens ordinaires joue un rôle mineur dans l’actuelle « Résistance » armée en Irak. Le cœur de cette « Résistance » (bien que la plupart des groupes d’extrême gauche le nient) est constitué de groupes qui se réclament de l’islam politique et du baasisme. Cette « Résistance » réactionnaire, arriérée, défend des positions de droite et d’extrême droite. Cette résistance bourgeoise n’a rien à voir avec les intérêts du peuple irakien.

Quand nous affirmons que cette « Résistance » est un mouvement de droite, un mouvement bourgeois, cela ne signifie pas, comme le comprennent à tort de nombreux groupes d’extrême gauche, qu’elle ne recrute pas parmi les travailleurs ou les opprimés.

Cela signifie simplement que la « Résistance » armée, organisée, est un mouvement au contenu politique et social précis. Elle poursuit des objectifs réactionnaires. Elle propose une solution alternative réactionnaire face au pouvoir bourgeois actuel et elle utilise des méthodes réactionnaires pour atteindre ses objectifs.
A Falluja et dans d’autres zones de l’Irak qui ont été temporairement sous son contrôle, on a pu voir l’application de cette solution proposée par la « Résistance ». Les « résistants » ne se sont absolument pas occupés du bien-être, de la prospérité et des besoins quotidiens de la population comme l’électricité, l’eau, les services de santé, etc. De plus, leur idéologie et leur politique les ont amenés à interdire aux gens la plupart des plaisirs élémentaires de la vie quotidienne, tels que la musique, la danse, les vêtements et les coiffures modernes, modernes, l’alcool, etc. Ils ont essayé d’imposer aux Irakiens et aux Irakiennes les valeurs, les traditions et le mode de vie les plus réactionnaires et arriérés. Les femmes en particulier ont été forcées de vivre dans des conditions pires, sous de nombreux aspects, que celles imposées par les talibans fanatiques en Afghanistan.
Enfin, les groupes de la « Résistance » utilisent les méthodes les plus violentes et les plus inhumaines pour imposer leur volonté et atteindre leurs objectifs : les attentats suicides effectués par des piétons ou des voitures piégées qui tuent de façon totalement arbitraire ; les assassinats ; les décapitations ; les tortures ; les enlèvements ; la destruction des biens personnels ; les attaques contre les services publics ; la promulgation de fatwas ; la diffusion de menaces de mort contre tous ceux qui sont en désaccord avec eux et n’observent pas leur mode de vie. Ils utilisent des fonds récoltés dans la contrebande, les enlèvements, le racket, le vol et le chantage pour financer leur guerre mortifère. Ils ont influencé de manière négative tous les aspects de la vie en Irak.

La victoire de ces groupes islamo-ethnocentristes dans le cadre de la guerre terroriste actuelle aurait des conséquences désastreuses pour les 25 millions d’Irakiens, pour les peuples de la région et pour l’humanité. Les néolibéraux comme Bush, Blair et Howard utilisent cette menace bien réelle pour effrayer leurs peuples et maintenir leur domination politique sur les sociétés occidentales. Cependant, il est absolument indéniable que la « Résistance » islamo-ethnocentriste est réactionnaire et s’oppose au bien-être et à la prospérité des Irakiens.

Pourquoi donc certains groupes d’extrême gauche, en principe partisans de l’humanisme, du progrès et de la libération des hommes et des femmes, soutiennent-ils une force aussi réactionnaire et s’allient-ils avec cette « Résistance » ?
A mon avis, cette attitude est en partie due à la mentalité de groupe de pression qui prédomine dans ces groupes d’extrême gauche.
Les partis politiques sont des organisations qui luttent pour le pouvoir politique. Les groupes de pression, eux, luttent uniquement pour exercer une pression sur les organisations les plus influentes, pour les pousser à adopter ou à ne pas adopter certaines positions, à changer ou à ne pas changer certaines choses.
Hormis quelques rares exceptions, la plupart des groupes d’extrême gauche n’ont été que des groupes de pression depuis l’échec de la révolution bolchévik. De plus, en Occident, les groupes d’extrême gauche actuels ne sont le plus souvent même pas capables d’exercer une pression à laquelle les classes dominantes pourraient être un tant soit peu sensibles. C’est cependant cette mentalité de groupe de pression qui inspire leurs positions et leurs activités.

Tout parti socialiste ou communiste, mais aussi toute organisation progressiste, ne peut que se différencier clairement des deux pôles de la réaction en Irak. Il ne peut qu’essayer de mobiliser la population pour battre ces deux pôles. Mais les groupes de pression ne savent que soutenir l’un des deux principaux acteurs de cette compétition terroriste contre l’autre. Cette mentalité les place néanmoins devant un dilemme difficile à affronter, puisque leur conception de l’impérialisme les pousse à soutenir l’une des forces les plus réactionnaires dans le monde d’aujourd’hui : la « Résistance » irakienne
Ces groupes d’extrême gauche sont incapables, sur le plan théorique comme sur le plan pratique, de prendre une position indépendante des principaux protagonistes bourgeois. Ils n’ont pas suffisamment confiance en eux-mêmes pour diriger et organiser les gens contre toutes les solutions politiques bourgeoises. Ils ne sont mentalement pas prêts à une telle tâche. C’est pourquoi nous les voyons utiliser leur méthode favorite : soutenir une force bourgeoise réactionnaire contre une autre. Et ils attaquent bien sûr ceux qui osent remettre en cause et critiquer leur tradition et leur mentalité de groupe de pression. Cependant cette position de soutien à la Résistance irakienne est très difficile à tenir et crée de nombreuses interrogations chez les militants d’extrême gauche.

Soulignons pour finir que la position du Parti communiste irakien (1) de soutenir l’occupation des troupes de la Coalition découle de cette même mentalité. Ce parti a lui aussi passé toute sa vie à défendre cette position réactionnaire (2).

*Toma Hamid est membre du comité central du Parti communiste-ouvrier en Irak

(1) Le PC irakien a un représentant dans le Conseil intérimaire de gouvernement nommé par les Américains (Toma Hamid).

(2) Le Parti communiste irakien a soutenu pendant des années Saddam Hussein, bien qu’il ait été l’objet d’une répression sanglante de la part du régime (NdT).

traduction réalisée par Yves Coleman de la revue Ni Patrie Ni Frontière

Traductions
English
Italiano
Deutsch
Castellano
Other
Português

Thèmes
Situation sociale
Mouvement social
Femmes
Laïcité
Vie de l’asso
Résistances
Moyen Orient
Occupation
Analyses
Réfugié-es
Actions
Témoignage
Photo
Prisons
International
Minorités sexuelles

Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

Dernières nouvelles
- Important New Support for OWFI’s Work from European Funders(OWFI - 12 février 2017)
- Bread Baking Stoves and Supplies Empower Women in IDP Camp to Feed and Support Many Others(OWFI - 12 février 2017)
- OWFI Sheltering More Women than Ever Before(OWFI - 12 février 2017)
- The city of Mosul is devastated.(OWFI - 12 février 2017)
- In Conversation : Yanar Mohammed on trafficking in Iraq(OWFI - 22 juin 2016)
- From where I stand : Yanar Mohammed(OWFI - 22 juin 2016)
- OWFI Statement(OWFI - 19 mars 2016)
- OWFI held the founding event of organizing a Black-Iraqi Women’s gathering on 16th of February(OWFI - 19 mars 2016)