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Quel rôle pour la loi islamique ?

Par Hamid al-Hamrani* (Bagdad) - 18 février 2005

Victorieuse aux élections, l’Alliance chiite insiste sur le fait qu’elle n’a pas l’intention d’imposer une constitution théocratique. Le succès des forces politiques chiites en Irak soulève plusieurs interrogations, notamment si leurs leaders chercheront à introduire la loi islamique dans la nouvelle constitution du pays. A l’issue de sa retentissante victoire dans les élections de janvier, l’Alliance irakienne unifiée (AIU), remporte 140 sièges sur les 275 que compte l’Assemblée nationale transitoire, dont la principale responsabilité sera de rédiger une nouvelle constitution pour le pays. L’Alliance chiite, appuyée par le grand Ayatollah Ali Al-Sistani, précise qu’elle n’envisage pas de créer en Irak une théocratie sur le modèle iranien. Ibrahim Jaafari, l’un des candidats les plus en vue de l’Alliance pour le poste de premier ministre, a déclaré qu’il pense que la loi islamique, la Charia, devrait être l’une des sources principales de la législation, parmi d’autres qui ne nuiraient pas « aux susceptibilités musulmanes ». Mais de telles déclarations ne satisfont pas les Irakien-nes qui estiment que la prochaine constitution du pays devrait séparer la mosquée de l’état.

« Tous les partis religieux parlent de liberté, de démocratie, du pluralisme et des droits des femmes », note Yanar Mohammed, leader de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OLFI). « Mais dès qu’ils seront au pouvoir, ils commenceront à arrêter leurs opposant-es. » En effet, Yanar Mohammed expose sa grande inquiétude, car les partis religieux chercheront à imposer des lois discriminantes pour les femmes comme l’imposition du voile obligatoire. L’an dernier, il y a déjà eu un précédent lorsque le Conseil de gouvernement irakien avait tenté d’instaurer la Charia dans le code de la famille, une législation d’inspiration laïque qui régit le statut des femmes. Suite aux protestations des groupes de femmes et aux pressions des USA qui avaient en place ce gouvernement provisoire, cette mesure a été abandonnée. Yanar Mohammed évoque aussi les lois islamiques qui n’attribuent aux femmes que la moitié de la part des hommes dans les héritages ou qui permettent aux maris d’avoir quatre épouses. Au « pourquoi les hommes sont autorisés à épouser quatre femmes ? », elle conclue que « N’est-ce pas parce que la femme ne compte que pour le quart d’un homme ? »

Le porte-parole de l’un des principaux partis de l’Alliance irakienne unifiée estime que les craintes de voir la charia imposée sont injustifiées. Ridha Jawad Taqi, du Conseil suprême pour la Révolution islamique en Irak explique que son parti a déjà appuyé des dispositions dans la Loi administrative transitoire et la Constitution intérimaire garantissant la liberté religieuse et interdisant la discrimination. A l’appui de sa position, Taqi récite un extrait du Coran précisant que la « religion ne doit pas être imposée. » Il explique aussi que la composition de l’assemblée, qui comprend un quota obligatoire de 30 % de femmes, aidera à garantir les droits des minorités. En outre, la teneur finale de la constitution revient finalement aux irakien-nes, puisque, d’après la loi, ils doivent voter en octobre le projet constitutionnel. Si elle n’obtient pas leur approbation, l’assemblée devra s’atteler un nouveau projet. « Les lois qui formeront la constitution seront votées par la totalité de la société irakienne, c’est-à-dire dans toutes ses différences ethniques, de sexe et de religion », explique Taqi. « Si ces lois n’obtiennent pas le consensus de la communauté irakienne, elles seront annulées. »

L’Alliance irakienne unifiée ne peut contrôler seule les deux tiers de l’Assemblée nationale transitoire indispensables nécessaires pour prendre les décisions essentielles. La liste électorale de l’Alliance kurde étant arrivée en seconde place, elle apporte aux Kurdes, en majorité laïques, 75 sièges. Ces sièges pourraient contrebalancer l’introduction de la Charia par les Chiites. Le renommé théologien musulman Ayad Jamal al-Din explique pour sa part que la plupart des Irakien-nes veulent la séparation de la religion et de l’état. Après des années passés sous la dictature , les Irakien-nes ne veulent pas avoir à faire face à un futur fondé sur des lois religieuses rigoristes. « Notre tragédie était l’état, pas la religion », dit-il. « Je ne pense pas que l’homme laïque en Irak veut éliminer la religion de la population, mais si l’homme religieux entre en politique et dans la Maison de la République, il oubliera ce qui est légitime et ce qui est illicite. » Jamal al-Din, dont la candidature à l’assemblée a été infructueuse, a indiqué que la séparation était également nécessaire pour maintenir la religion pure et la préserver de toute influence extérieure. Certains considèrent qu’il n’existe aucun conflit entre la démocratie et la Charia, ce sont les gens qui l’ont distordue pour satisfaire leur propre programme.
« Quand la Charia est appliquée de manière saine, vous verrez qu’elle est beaucoup plus juste que la démocratie elle-même », affirme Saleem Naji Hasan Al-Zubaidi, un membre du Comité juridique constitutionnel. Il explique que la loi islamique donne des droits à tous les individus indépendamment de la religion, de la secte ou de l’appartenance ethnique. Il ajoute qu’il y a assez de jurisconsultes qualifiés dans la matière en Irak pour rédiger la constitution sans aide étrangère et que : « les Irakiens connaissent leur peuple mieux que les autres et ils savent où se trouvent leurs intérêts et comment appliquer la démocratie sans violer la Charia ».

Kareem Tahseen, ingénieur âgé de 33 ans, croit qu’il sera possible de trouver le bon équilibre de sorte que les droits des minorités soient protégés, que le droit de vote universel soit maintenu et que la Charia intervienne comme l’une des sources législatives. « Ce qu’on exige, c’est un Irak libre, démocratique et pluraliste qui respecte la dignité des êtres humains », conclue-t-il.

* Hamid al-Hamrani est journaliste stagiaire d’IWPR en Irak.

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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
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Fédération irakienne des syndicats du pétrole
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