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Giuliana Sgrena : Surprises irakiennes. Le nouveau syndicat... est l’ancien

Surprises irakiennes. Le nouveau syndicat est ... l’ancien.

GIULIANA SGRENA

« Cent dollars d’allocation de chômage maintenant ». C’est la revendication avancée ces derniers jours par l’Union des chômeurs irakiens (UUI) au nouveau gouvernement par intérim à la veille de la « passation des pouvoirs », bien que l’organisation n’ait pas d’illusion sur la nouvelle équipe gouvernementale. L’inscription apparaît sur une banderole qui occupe une paroi de la pièce, au deuxième étage d’un immeuble délabré dans la rue Rachid, au centre historique de Bagdad, où nous rencontrons Qasam Hadi, secrétaire général de l’UUI, qui compte 350.000 adhérents et Falah Al Wan, président de la Fédération des conseils des travailleurs et des syndicats en Irak (FWCUI), hébergés par le Parti communiste des travailleurs irakiens. Sans électricité, les ventilateurs ne fonctionnent pas et les fenêtres ouvertes sur le Tigre permettent à grand peine de supporter la chaleur torride, mais exhalent la puanteur des ordures abandonnées dans les broussailles. Le chômage est sans aucun doute un des problèmes les plus dramatiques de l’Irak, après an et demi d’occupation. Difficile de vérifier les chiffres dans un pays où n’existe aucun institut de statistiques et où même les données sur le recensement de la population ne sont pas fiables : après la chute de l’ancien régime nombre d’exilés sont rentrés, et des gens sont partis. Les estimations portent sur 25-26 millions d’habitants, dont 12 millions de chômeurs. En pourcentage : 85 % de la population active est sans travail. « Ce pourcentage est reconnu même par l’Organisation international du travail (Ilo), déclare Qasam Hadi, mais il ne tient pas compte des femmes au foyer, qui elles aussi désirent un travail qu’elles ne trouvent pas ». Si avant la guerre 60% de la population survivait grâce seulement aux rations du programme « oil for food », aujourd’hui ce poucentage est sans aucun doute en augmentation, et de beaucoup. Effet « de la politique de l’ancien régime, des guerres antécédentes, de treize ans d’embargo et de la dernière guerre qui a détruit des usines et des infrastructures toujours pas reconstruites. Depuis plus d’un an l’Autorité provisoire de la coalition (Cpa) et le Conseil de gouvernement n’ont rien fait pour améliorer la situation », dit Qasam Hadi. Même les négociations des chômeurs avec la Cpa n’ont donné aucun résultat. « Nous, nous nous sommes retirés de la négociation après une rencontre avec le Conseiller pour les Affaires sociales de la Cpa et un membre du ministère du Travail parce qu’ils n’étaient pas sérieux, ils n’avaient aucune stratégie pour affronter le problème ».

Le représentant des chômeurs, tout en avançant la demande d’allocation au nouveau gouvernement ne se fait pas d’illusion sur l’après 1er juillet. « Tout ce qui est arrivé après le 9 avril a été décidé dans le dos du peuple, et maintenant nous pensons que tout va continuer comme avant. », dit Qasam Hadi. « Peut-être que les structures formelles vont changer, mais pas celles de la société civile, détruites par la guerre », reprend Falah Al Wan, qui soulève un autre problème, au nom de son syndicat devenu « illégal ». En effet, le Conseil gouvernemental a légitimé un seul syndicat, le 28 janvier dernier, la Fédération irakienne des syndicats des travailleurs (Iftu), décision considérée par le leader syndical comme la reproduction des méthodes du régime de Saddam Hussein : « résultat d’un accord qui n’a eu lieu qu’entre le gouvernement et les partis représentés dans le gouvernement, sans que les instances soient élues. ». Le Fwcui a présenté à ce motif une dénonciation à l’Organisation internationale du travail, qui devrait se prononcer en novembre. La principale accusation du syndicat « illégal » concerne donc l’absence de démocratie qui touche directement cette fédération. « Les travailleurs, suivant l’habitude prise à l’époque de S. Hussein, préfèrent un syndicat lié au gouvernement parce qu’ils pensent qu’ils pourront en tirer de meilleurs avantages , donc nous avons plus de mal à augmenter le nombre des adhérents , dont la plus grande partie (16.000) sont des travailleurs du secteur du pétrole dans le nord, dans la zone de Kirkuk », nous dit Falah Al Wan.

Et de fait le nombre des adhérents des deux syndicats, s’y l’on s’en tient aux déclarations des intéressés, ne sont pas comparables. L’Iftu déclare avoir entre 800.000 et un million d’adhérents (environ 80 % des travailleurs) contre quelques dizaines de milliers de la Fwcui. En ce qui concerne les élections des organismes dirigeants, les congrès de catégorie sont en cours et la direction de la fédération ne sera élue qu’à la fin (qui avant avait été nommée). Ce sont ces chiffres qui corroborent la décision du gouvernement, selon les représentants de l’Iftu. « ce sont les travailleurs qui nous légitiment », soutient Hadi Ali, premier vice président de la Fédération, qui a son bureau au siège de l’autre Parti communiste irakien. Ce sont donc les partis de la gauche qui se disputent la représentation des travailleurs. « Même les syndicats européens ont reconnu que notre fédération est la plus représentative , c’est pour ça que le Conseil de gouvernement nous a légitimé, mais nous ne voulons pas le monopole, nous ne voulons pas être les seuls à défendre les droits des travailleurs ». Les problèmes de reconnaissance ne s’arrêtent pas là. Dans l’après-Sadam, la structure (syndicale, NDT) de l’ex- régime revendique aussi la représentation des travailleurs irakiens aux autres organisations. La Fédération internationale des travailleurs arabes dont le siège est à Damas continue à reconnaître la Fédération générale des syndicats, défaite en même temps que le régime de Sadam mais dont les représentants, parmi lesquels son président Jamil Salman al Juburi , se trouvent encore dans la capitale syrienne . Les disputes internes du mouvement syndical ne renforcent pas les revendications des travailleurs. Que la Iftu pense pouvoir traiter, après le 1er juillet avec le gouvernement irakien et pas, comme ça a été le cas jusqu’à présent, avec les forces d’occupation : « Bremer avait promis 300.000 emplois mais il n’a rien fait », dit Hadi Ali. La Fédération des syndicats compte aussi sur une participation au Conseil National (sorte de parlement provisoire aux côtés du gouvernement par intérim jusqu’aux élections) avec 3/5 de membres, pour faire entendre la voix des travailleurs.

Si les positions des deux syndicats sont divisées sur l’estimation du gouvernement, elles sont moins distantes sur d’autres points. Avant tout sur la nécessité de sécurité pour affronter les problèmes les plus urgents, comme celui du travail, car, par exemple, « plus aucune usine ne fonctionne au plein de sa capacité : on arrive tout au plus à 30-40 % même à Bagdad », déclare Hadi Ali. Et c’est dans cette situation que prend place le projet des privatisations programmé par le Conseil de gouvernement en septembre dernier, mais qui n’a pas encore été lancé. « Le gouvernement est trop faible pour le réaliser », nous dit Falah al Wan. Les deux syndicats se rejoignent sur cette opposition aux privatisations. Pour le secrétaire général de la Fwcui, « la privatisation comporte une réduction des emplois, nous avons vu ce qui est arrivé en occident ». « Il n’y avait pas que les syndicats, même certaines forces présentes dans le Conseil de gouvernement étaient contre et ont bloqué l’application de la loi sur les privatisations ».

L’impossibilité pour les usines de travailler à plein rendement est due au fait que les technologies sont obsolètes, du fait aussi de l’embargo ; les infrastructures détruites par la guerre et les investissements font défaut parce que les problèmes de sécurité présentent des risques trop élevés. Problèmes, ces derniers, qui ne seront résolus qu’en étant confiés aux irakiens, selon le leader de l’Iftu, pour qui la plus grande erreur de l’administrateur américain Bremer a été celui de ne pas laisser les irakiens contrôler la sécurité. Avec quels moyens, par la loi martiale redoutée par le ministre de la justice ? Falah al Wan est absolument opposé à cette hypothèse : « L’imposition de la loi martiale représenterait la faillite des forces d’occupation et du gouvernement irakien en faisant la démonstration qu’ils ne sont pas en mesure de contrôler la situation ». Et Qasam Hadi ajoute : « pour arrêter la violence, il faut mettre fin à l’occupation. La loi martiale limiterait les droits individuels de toute la communauté, même ceux des travailleurs ». Mais pour Hadi Salah, secrétaire international de la Iftu, « la situation est difficile en Irak, les terroristes exploitent la situation de chaos et attaquent partout. Et puis on exagère à propos de la loi martiale, il ne s’agirait que d’une loi de secours, d’un couvre-feu, dans certaines zones ». Elle doit de toute façon être évitée, pour Hadi Ali, « parce qu’il s’agit d’une arme à double tranchant ». Qui se retournerait contre les travailleurs déjà soumis à des menaces et arrestations, selon Falah al Wan.

il manifesto , édition de dimanche 27 juin 2004,

http://www.ilmanifesto.it/quotidiano-archivio/27-giugno-2004/art70.html

Traduit de l’italien par marie-ange patrizio

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