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Tués pour un pique-nique « immoral »

Pour avoir joué de la musique, des étudiants sont battus à mort par des miliciens chiites déchaînés. Les étudiant-es ont commencé à installer leur pique-nique sous le soleil printanier, quand les hommes ont attaqué. « Ils étaient des douzaines, armés de pistolets, et ils ont déboulé dans le parc », indique Ali Al-Azawi, 21 ans , étudiant en technologie et organisateur du rassemblement à Bassora.

« Ils ont commencé à crier que nous étions immoraux, que nous avions réuni ensemble des garçons et des filles et joué de la musique et que c’était contre l’Islam. [...] Ils ont commencé à tirer en l’air et à effrayer les gens. Puis, un ordre fut lancé et ils ont commencé à nous frapper avec leurs bâtons et la crosse de leurs fusils » On dit que deux étudiants ont été tués. L’homme qui a donné l’ordre les fixe sans sourciller pendant leur passage à tabac. Il porte une tenue religieuse sombre et un turban noir. Ali l’identifie immédiatement comme étant un militant de Moqtada al-Sadr, l’islamiste radical chiite. Ali comprend rapidement que les hommes armés sont des membres de l’armée du Madhi d’al-Sadr, une milice privée qui a combattu l’année dernière les forces américaines et qui impose aujourd’hui sa propre version de l’Islam. Le pique-nique a heurté le pouvoir islamique qui tient de plus en plus les rênes dans cette ville méridionale délabrée, où les milices religieuses règnent sur les rues, forçant les femmes à mettre le voile et à fermer les magasins de vente d’alcool ou de musique.

Avec l’élection de janvier, la bataille entre les forces laïques et religieuses à Bassora s’est exprimée dans les urnes. L’Alliance chiite triomphe avec 70% des voix de la province, la majeure partie des voix restantes va à un rival laïque. Cette victoire met en avant la question de la nouvelle constitution de l’Irak qui pourrait adopter la loi islamique - ou la Charia - comme la plupart des chefs religieux chiites le désirent.

À Bassora, cependant, les milices islamistes commencent déjà à appliquer leur propre version de cette loi, sans que personne ne les ait autorisées et sans que la police ne s’y oppose. Les étudiant-es disent que l’attaque n’a rien de spontanée. Alors que la police surveille le pique-nique comme à l’accoutumée pour n’importe quel grand rassemblement public, elle permet sans aucune difficulté aux hommes armés d’accéder au parc. Les scènes scandaleuses de ce pique-nique sont filmées et des séquences sont montrées au public en tant qu’avertissements. Elles montrent les images d’une fille se débattant pendant qu’un bandit armé s’acharne sur son chemisier, la laissant à moitié nue. « On enverra ces images à vos parents afin qu’ils puissent voir comment vous dansiez nues avec les hommes », précise un de ces gangsters armés. Deux étudiants qui accourent à son aide se font tirer dessus - l’un à la jambe, l’autre deux balles dans l’estomac. Ce dernier n’aurait pas survécu à ses blessures. Ses camarades étudiant-es disent que la fille s’est plus tard suicidée. Une autre fille sévèrement battue à la tête en a perdu la vue. Loin de condamner cette attaque, les proches soutiens d’al-Sadr estiment que c’est leur devoir de réprimer les étudiantes « qui, habillées sexy, dansent et sont corrompues [...] Nous les battons parce que nous sommes autorisés par Allah à le faire et que c’est notre devoir », déclare le cheik Ahmed al-Basri après l’attaque. « c’est nous qui devrions nous occuper d’une telle désobéissance et non pas la police ». Après s’être échappé avec deux étudiants, Ali se rend au commissariat de police pour demander de l’aide. « Qu’est-ce que vous voulez que je fasse à ce sujet ? » demande un officier.

Ali va ensuite à la base militaire britannique d’Al-Maakal et demande à l’officier d’intervenir qui lui répond : « Vous êtes un pays souverain maintenant. Nous ne pouvons pas vous aider. Vous devez aller voir les autorités irakiennes ». Quand les étudiant-es essayent d’organiser des manifestations, celles-ci sont dispersées par l’armée du Mahdi. Plus tard, l’université est encerclée par les miliciens, qui distribuent des tracts menaçant de bombarder le campus si les étudiant-es ne mettent pas un terme à leurs protestations.

Quand la milice commence à installer des zones de contrôle et à arrêter des étudiant-es, Ali se sauve à Bagdad. Un porte-parole britannique explique que les troupes ne pouvent pas intervenir à moins que les autorités irakiennes ne leur demandent. Le colonel Kareem Al-Zeidy, chef de la police de Bassora, plaide l’impuissance : « qu’est-ce que je peux faire ? Il n’y a aucun gouvernement, personne pour nous donner une quelconque autorité » puis ajoute « Les partis politiques sont les forces les plus puissantes à Bassora en ce moment ». Les étudiant-es viennent de commencer une grève indéfinie, mais craignent qu’il y ait rien à faire pour arrêter la marche en avant de la violence fondamentaliste. Saleh, 21, un autre étudiant en technologie, conclut : « Si c’est ainsi qu’ils traitent les plus instruits à Bassora, comment feront-ils avec les gens ordinaires ? C’est l’âme de notre ville qui est en jeu ».
Par Catherine Philips, The Times du 23 mars 2005

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