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Journée internationale des femmes à Bagdad : "Nous déciderons de notre futur"

Avec toutes les interviews télé et les débats qu’on avait eus le mois dernier, les continuelles confrontations avec les islamistes sur le programme inhumain qu’ils essaient d’imposer aux femmes, les menaces ouvertes dans leur presse, on se demandait si j’allais participer ouvertement à une manifestation dans le square al-Fardawse, et même si l’Organisation pour la liberté des femmes (Olfi) allait oser organiser ce genre d’événement.

Dans son édition du 8 mars, le journal de Muqtada al-Sadr me décrit comme la fille du diable. Ils m’ont même caricaturée comme une bête démoniaque à tête de vache, un dessin publié dans al-Hawza. On sait donc de quoi ils sont capables.

En dépit de tout ça, on était certaines d’être en train de vivre le moment le plus critique pour les droits des femmes en Irak. Les élections « libres » ont donné le pouvoir aux ennemis des femmes, aux Mollahs. Ils s’apprêtent à écrire une constitution qui fait de nous des inférieures et des inutiles... et ils s’attendent à ce qu’on la ferme, qu’on dise d’accord, et qu’on remercie Dieu pour les libertés post-invasion dont on a le bonheur de jouir.

Finalement, on en a conclu que c’était un duel qui ne pouvait plus attendre. Il est grand temps de polariser les gens autour de l’alternative laïque et libertaire, du troisième camp. Les droits des femmes sont l’arène où progressistes et réactionnaires vont s’affronter pour leur première bataille. On a donc décidé de notre Journée internationale des femmes, avec une manif suivie d’une conférence sur « les femmes et la constitution ». Et notre slogan est : « Séparation de la mosquée, de l’éducation et de l’état ».

Le rassemblement du 8 mars

On a informé les femmes des quartiers misérables avec lesquelles on avait déjà travaillé. Peu d’entre elles étaient pressées de venir, à cause de la situation mortellement dangereuse, mais les plus déterminées à voir les choses changer sont venues, pour célébrer la Journée internationale des femmes, à chanter des slogans pour la liberté, l’égalité et une constitution laïque et égalitaire.

J’avais parlé le matin même sur une radio de Bagdad, pour inviter les femmes à venir et à exprimer leurs voix contre les « hommes en noir » qui veulent décider de notre futur. J’étais très fière de voir que nous, les filles de l’Olfi, on était capables d’organiser ce rassemblement avec un minimum de soutien de nos partenaires politiques.

Hadil, qui a été la première résidente de notre foyer, est maintenant une militante expérimentée, qui ne permet à personne de s’attaquer à une femme de quelque manière que ce soit. Ce jour là, elle s’occupait de la sono et coordonnait l’action. Dans notre quotidien militant, dans nos locaux plus rien ne peut se faire sans elle.

Nada a insisté pour parler des droits des femmes au boulot et du code du travail. C’est une diplômée, qui vient d’une ville du sud-ouest, où les islamistes collent sur les portes des mosquées les listes noires des personnes à abattre, dont pas mal de femmes.

Hakim, un communiste-ouvrier originaire de Nassiryah, ne faisait rien d’autre que d’interrompre les discours pour chanter des slogans contre l’occupation, première condition de la sécurité et du bien-être pour le peuple.

Thikra et Rawaa, deux étudiantes révolutionnaires de l’université de Bassorah, ont décidé de ne plus me quitter dès le moment où j’ai mis un pied dans le square al-Fardawse. Je n’aurais pas imaginé ça, voici un an. Elles m’ont vue à la télé, elles ont lu al-Mousawat, c’est-à-dire l’Egalité, notre journal, et ça les a convaincues de rejoindre l’Olfi. Thikra est maintenant un symbole de liberté dans la cité close et voilée de Bassorah.

La plupart de nos déléguées de l’Olfi sont venues des villes de province. Celles de Kirkuk étaient les plus relax, avec leurs fringues modernes. Le problème là-bas, c’est plutôt les clash ethniques que l’Islamisme. Malheureusement, la déléguée d’al-Hilla n’a pas pu venir à cause d’un attentat terroriste qui a fait des morts sur la route. Celle de Nassiryah n’a pas eu plus de chance.

C’est la déléguée de Bassorah qui a provoqué le plus de réactions. Jisim a parlé de la souffrance des jeunes filles qui sont mises dehors de leur université et condamnées à s’occuper de la traite des vaches plutôt qu’étudier ou de travailler. Jisim est une syndicaliste qui se bat férocement pour les droits des femmes au travail. Quoiqu’elle porte l’Abaya noire, elle a une incroyable force de caractère

J’étais autorisée à rester une heure pour la manif, pas plus. Au-delà, cela serait devenu vraiment dangereux pour ma sécurité et celle des autres. Thikra et Rawaa marchaient avec moi depuis la sortie de la voiture - puisqu’on m’avait conduite, raison de sécurité là encore.

La conférence du 9 mars

Le lendemain, le défi, c’était la qualité plutôt que le danger physique. Pour notre conférence, je devais proposer une plateforme pour « la liberté de choix des femmes » et pour ça, j’avais invité des personnalités et des organisations féministes à nous rejoindre. C’était un appel à rassembler les femmes laïques qui ne sont pas prêtes à compromettre les droits des femmes au nom de la tradition ou de la religion. La présentation était en avant-première, il n’y avait même pas une radio locale pour enregistrer.

Nada a présenté son texte sur les femmes au travail, et on a distribué notre étude juridique sur les lois actuelles sur le statut personnel, qui en expose les articles misogynes et discriminatoires. Hadil et Hanan ont joué un rôle important dans la conférence. Fulla et Rana se sont occupées de recevoir les déléguées.

La pièce était pleine de militantes féministes et de personnalités des droits humains. Dans une session, il y avait une juge, dans une autre une universitaire, beaucoup de syndicalistes et aussi plein de femmes qui avait simplement entendu mon appel à la radio et qui étaient venues... des fleurs à la main.

Après des discussions tendues avec les affidées des religieux et des misogynes, on a gagné à notre cause la majorité des présentes et des présents. On a alors pu lancer notre plateforme pour une voix libre et laïque pour les femmes. La plupart des groupes étaient déjà venus à nos meetings, ça n’a donc pas été trop dur pour expliquer pourquoi la laïcité était la première étape pour un meilleur statut pour les femmes.

Finalement, on a pris des photos de nos plus proches partisan-es : illes venaient du Sud (la soi-disant zone chiite), du Nord kurde et pour beaucoup, de Bagdad.

La journée internationale des femmes et la liberté du peuple en Irak

Suite aux élections en carton-pâte qui ont eu lieu en Irak, l’ambiance générale est à la confusion. Les gens ont voté parce qu’ils avaient cru comprendre que ça allait ramener la sécurité. Effectivement, le nombre de morts quotidiens à Bagdad est estimé entre 100 et 125 seulement. Beaucoup d’entre contournent les corps dans nos déplacements quotidiens.

Alors, on en arrive à la conclusion que tant que les Américains seront en Irak, ils vont attirer comme un aimant le terrorisme islamiste mondial. Ils sont venus avec tout leur fric, pour utiliser notre haine de l’invasion, recruter des jeunes hommes pour leurs attentats inhumains, pour afghaniser l’Irak. Nombre d’entre nous, les laïques qui sont sérieusement contre l’occupation, mais aussi voulant mettre en place un système laïque et égalitaire, qui ne soit ni nationaliste, ni islamiste, nous avons décidé de lancer un mouvement politique de masse contre l’occupation. Nous l’avons appelé le Congrès de la liberté en Irak. Notre première rencontre a eu lieu le 25 février, pour se mettre d’accord sur les objectifs et la déclaration de fondation. De Mossoul à Bassorah en passant par Bagdad et les Marais, nous avons proposé le premier jet d’un projet opposé à l’invasion comme à l’islamisme. Nous avons une grande responsabilité envers toute la population en Irak. Et ce sera nous, ou la formule américaine de division ethnico-religieuse.

Yanar Mohammed, porte-parole de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak, 14 mars 2005.

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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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