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Des rebelles tuent une femme irakienne pour avoir "trahi" l’ Islam

Les terribles cris hanteront toujours Najat al-Alloussi quand elle se remémorera sa dernière conversation téléphonique avec sa fille kidnappée.
"Maman, maman", criait Hadeel, âgée de 24 ans.
"Ils viennent juste d’exécuter mon mari sous mes yeux. S’il te plait, aide moi. Ils lui ont tiré dans la tête. S’il te plait, aide moi, maman."

Une voix masculine dit alors à Alloussi, éminente gynécologue irakienne : "Nous l’avons tué, et maintenant nous allons devoir également tuer votre fille."

Elle mendia pour la vie de la jeune femme, promettant de remettre or, argent en liquide et bâtiment de valeur si ses ravisseurs la libéraient. Mais la coupure de la ligne brisa ses espoirs.

Deux sacs contenant les corps de sa fille et de son beau fils, tous deux diplômés en médecine à l’hôpital Al-Qaem, près de la frontière irakienne avec la Syrie, furent retrouvés non loin de leur maison de Bagdad, 48 heures plus tard. La fille d’Allousi avait été touchée au coeur.

Le couple était apparemment suspecté d’avoir secrètement renseigné les troupes américaines que les insurgés étaient soignés dans leur hôpital.

Mais quelles que soient les raisons pour lesquelles elle a été la cible, Hadeel faisait partie du nombre grandissant de femmes irakiennes à être devenues des proies pour les insurgés, ceux-ci tuant celles qui ont une vie publique.

Certaines meurent car leur travail les met en contact avec les Américains et les officiels irakiens, d’autres car leur défense pour plus de droits pour les femmes offense certains fondamentalistes religieux.

Un petit nombre semble avoir été repéré pour ne pas s’être conformé à un code vestimentaire islamique extrême et pour avoir abandonné la vie traditionnelle au foyer.

Zeena al-Qushtaini, une mère divorcée qui possédait une des pharmacies les plus connues de Bagdad, et qui avait des contrats avec les forces coalisées, s’habillait à l’occidentale et fréquentait des femmes activistes. "Lady Zeena", telle qu’on la connaissait, portait un collier de diamant et un anneau quand elle reçut 2 balles dans la tête, après qu’elle eut été enlevée. Son corps fut retrouvé habillé dans une longue abaya noire qu’elle n’aurait jamais choisie de porter, le foulard couvert de sang.

Tawheed wal-Jihad, le groupe dirigé par Abou Moussab al-Zarqawi, le leader d’ Al-Quaida en Irak, réalisa un film de son meurtre et de celui de son partenaire financier, Ziad Baho, qui fut décapité.

Les militants islamiques ont tué 20 femmes dans la cité du nord de Mossoul, et 12 de plus à Bagdad.

Les victimes partageaient un désir commun de vivre librement et une vision d’un rôle meilleur pour la femme dans la société irakienne.

Aquila al-Hashimia, une membre du conseil intérimaire du gouvernement irakien, fut tuée et sa collègue Raja Khuzai reçut des menaces de mort après avoir défendu les droits de la femme.

Nisreen Mustapha al-Burawari, l’ancienne ministre des Travaux publics et seule femme du Cabinet, survécut à une attaque dans laquelle deux gardes du corps trouvèrent la mort.

En novembre dernier, Amal al-Ma’amalachi, une activiste des droits des femmes et conseillère au gouvernement, mourut d’au moins 10 balles tirées sur le chemin de son travail.

Le manque de sécurité a ainsi détourné nombre de femmes ordinaires d’aller à l’école, à l’université ou au travail.

Un rapport d’Amnesty International avertit ainsi d’un retour des "forces sociales et politiques conservatrices" qui menacent d’étouffer les attentes des femmes d’obtenir de nouvelles libertés.

Le souci croissant de sécurité implique que même les femmes journalistes ont vécu dans la peur constante de tomber entre les mains des fanatiques. Alors qu’une fois je voyageais dans le pays en habits occidentaux, quoique modestement habillée, je me suis trouvée dans l’impossibilité durant les derniers mois de quitter ma chambre d’hôtel sans être masquée dans une volumineuse abaya.

Certains des insurgés que je voulais interviewer m’ont acceptée à contrecoeur, mais de nombreux autres ont refusé de rencontrer une femme. Bien que musulmane, j’ai été sermonnée de manière répétée à propos de mes "péchés" n’ entrant pas en conformité avec la notion de "voie islamique".

A Latifiya, au sud de Bagdad, des insurgés radicaux sunnites ont posé des prospectus sur les murs des magasins avertissant les femmes et les filles de ne pas apparaître sans hijab couvrant la tête et le visage et prohibant l’usage de maquillage. Quiconque n’adhèrerait pas à cete loi "serait puni de mort".

Les femmes soldats ne sont pas toujours à l’abri de leurs collègues masculins. Quand les premières femmes formées prirent leurs positions l’année dernière, l’une d’elles fut frappée au visage par un officier masculin et aucune sanction ne fut prise. Certains politiciens ont justifié de tels abus sur les femmes pour avoir pris un travail "contraire à leur genre".

Le major Huda Angham, qui avait été tapée au visage pour être retournée tard d’une commission au ministère ou elle travaillait, fut suspendue après avoir essayé d’améliorer le statut du groupe de femmes qu’elle commandait.

Une voiture piégée à l’unité de baraquement blessa de nombreuses femmes soldats, incluant une mère de 5 enfants qui perdit son bras droit et tous les doigts se sa main gauche.

"Une femme de mon équipe a été kidnappée et nous n’avons plus rien entendu à propos d’elle", dit Angham.
"Une autre s’est faite tirer dessus et notre chef n’a rien fait pour nous, même si nous avons payé le même tribut que nos collègues masculins lors des attaques des insurgés."

Les perspectives pour les femmes tendent à devenir de plus en plus difficiles suite à la victoire aux élections de janvier de la liste de l’ Alliance Irakienne Unie, qui est dominée par le clergé chiite.
Bien que les femmes soient assurées de plus d’ un quart des places à l’assemblée nationale irakienne, beaucoup se demandent à quel point leur pays changera si le code vestimentaire islamique strict et les pratiques sociales sont imposés.

Les femmes irakiennes sont encouragées à voter selon leurs souhaits, mais selon le Grand Ayatollah Sayyid Ali Husseini al-Sistani, le plus puissant religieux d’Irak, elles ne doivent pas serrer la main d’un homme autre que leur père, leur frère ou leur mari. Il interdit également aux femmes de quitter le foyer dans des habits qui permettent aux étrangers de voir une partie de leur corps.

Celles et ceux qui font campagne pour les droits des femmes prévoient une campagne acharnée dans l’année à venir, comme une constitution est en écriture et que le prochain tour des élections servira pour élire le gouvernement permanent irakien.

Illes craignent s’illes ne sont pas représenté-es dans le texte de la constitution, de perdre des droits importants, spécialement ceux établis dans le code de la famille touchant des domaines tels que le divorce, la garde des enfants, l’héritage et les débouchés dans le monde du travail.

"Les religieux essaient de dompter la voix des femmes et leur rôle dans la société", dit Songol Chapook, un leader politique kurde.
"A moins d’obtenir certaines des premières positions dans le gouvernement, les femmes irakiennes perdront plus encore dans le futur".

S’il en va ainsi, il se pourrait bien qu’il n’ y ait personne pour les protéger des escadrons de la mort chassant dans les rues irakiennes.

(20/03/05)

par Hala Jaber, Reporter au Times

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