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Compte-rendu du meeting de Dashty Jamal à Besançon

Avec les travailleuses et les travailleurs d’Irak,
Contre l’occupation impérialiste et l’Islam politique !

Le jeudi 19 mai, à l’initiative de l’UL CNT de Besançon, les syndicats CNT, FSU et SUD invitaient Dashty Jamal, représentant de la Fédération des Syndicats et Conseils Ouvriers d’Irak pour une réunion publique.

Dans son intervention, Dashty a d’abord parlé de la situation actuelle de l’Irak, pays ensanglanté par la guerre que se livrent l’impérialisme et la prétendue « résistance » composée de débris de la dictature baasistes et de réactionnaires islamistes. Chaque jour, ce sont des assassinats, des attentats, des explosions, des tirs sans sommation de la part des troupes armées américaines, des exécutions de femmes par les gangsters fondamentalistes, et de nouvelles souffrances pour le peuple d’Irak. Si les médias nous donnent parfois un aperçu de cette situation, la réalité, au quotidien, est encore pire. Pour prendre quelques exemples concrets, la vie en Irak, c’est le danger qu’il y a de rejoindre Bagdad depuis le nord à cause des tirs de roquettes effectués par l’armée américaine sur la route ; ce sont, à Bagdad, des gangs de l’islam politique qui menacent de mort les chauffeurs de taxi qui accepteraient de conduire des femmes non-voilées ; ce sont, à Bassora, des étudiants et des étudiantes agressés par une bande de fanatiques, simplement parce que des garçons et des filles font la fête ensemble (une jeune chrétienne irakienne a même été assassinée) sans que les troupes britanniques, présentes à proximité, n’interviennent ; ce sont des corps décapités retrouvés dans le Tigre, etc. Bref, dans cette guerre entre deux terrorismes, le terrorisme d’Etat des impérialistes et le terrorisme de l’islam politique, c’est toute la société irakienne qui souffre et qui est menacée de destruction. La plupart des usines sont fermées, 70% de la population est au chômage, l’électricité ne fonctionne que cinq heures par jour à Bagdad. Et pourtant, malgré le chaos et les destruction, des hommes et des femmes, des travailleuses et des travailleurs luttent face aux campagnes de terreur de l’impérialisme et de l’islam politique.

Vu le taux de chômage particulièrement élevé suite aux guerres, ce sont les ouvriers sans-emploi qui se sont les premiers lancés dans la lutte. En mai 2003, juste après la chute du régime de Saddam Hussein et le début de l’occupation, le Syndicat des chômeurs a été créé, pour défendre les droits des innombrables hommes et femmes qui ont perdu leur emploi en raison de la guerre et de l’occupation. Le Syndicat des chômeurs a organisé, en août 2003, un sit-in de 45 jours en face des autorités d’occupation pour demander du boulot ou une allocation chômage.
Et en mai 2003, de nombreux comités préparatoires pour la création de conseils ouvriers se sont mis en place à travers l’Irak, pour les travailleurs et travailleuses qui ont encore du travail dans les usines qui ont survécu à la guerre. Puis, au début de décembre 2003, la première conférence ouvrière a eu lieu à Bagdad pour créer la Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak (FSCOI) qui a gagné beaucoup d’influence depuis, avec la création de branches à Bagdad, Nassiriyah, Bassora, Kut, Miqdadiyah, Kirkuk, etc. De nombreuses grèves ont été organisées sur les lieux de travail, notamment à la centrale électrique de Nassiriyah, à Basra, à Kut et à Bagdad.
Le dernier congrès de la FSCOI s’est tenu à Bagdad le 8 avril 2005 en présence de plus de 200 délégués(dont de nombreuses femmes). Le thème de la conférence était : « le pouvoir de la classe ouvrière est dans son unité et son organisation ». Parmi les questions abordées, on peut noter celle du rôle de la classe ouvrière dans l’avenir de la société, l’élaboration d’un code du travail moderne et le rôle des femmes dans l’organisation syndicale.
La FSCOI est actuellement la seule véritable organisation syndicale de classe en Irak. S’il y a bien un autre syndicat, la Confédération Irakienne des Syndicats, cette organisation est complètement liée aux différents partis (des islamistes au PC Irakien) de la coalition gouvernementale soutenue par les USA. Ces partis ont tenté de faire de la CIS la seule organisation syndicale légale en Irak, mais la FSCOI s’est battue, en s’appuyant entre autre sur les normes de l’OIT, pour défendre la liberté syndicale et son droit à l’existence. Certains groupuscules de la « résistance » ont eux aussi tenté de monter un « syndicat », mais sans parvenir à organiser les travailleurs.
Dans cette région du monde particulièrement touchée par les traditions patriarcales et les mythes religieux moyen-âgeux, la lutte des femmes est d’une importance capitale, surtout face à l’islam politique qui rêve d’enfermer les femmes sous les tchadors et dans les foyers. C’est dès 1993, qu’au Nord de l’Irak, une organisation féministe s’est constituée, l’Organisation Indépendante des Femmes. En moins de dix ans, dans le nord de l’Irak, ce sont 9.000 femmes qui ont été assassinées, victimes de crimes « d’honneur », de vengeances tribales ou de groupes politiques armées. En 1993, un homme qui assassinait une femme de sa famille (sœur, épouse, fille, etc.) risquait six mois de prison au maximum. Aussi, un des premiers combats de l’Organisation Indépendante des Femmes fut de faire reconnaître l’assassinat des femmes comme un crime grave. Et grâce à leur lutte et au soutien international, l’Organisation Indépendante des Femmes a réussit à faire changer cette loi pour qu’un assassin de femme soit condamné à 20 ans de prison. Bien sûr dans ce combat, les femmes et les progressistes ont dû faire face à de nombreux ennemis comme les groupes islamistes et les deux partis nationalistes kurdes. En 2003, cinq gardiens d’un foyer d’accueil pour femmes au nord de l’Irak ont été assassinées par des nationalistes kurdes.

En juin 2003, une nouvelle organisation a été créée, cette fois dans tout l’Irak, l’Organisation pour la Liberté des Femmes d’Irak. Comme la FSCOI, l’OLFI lutte à la fois contre l’occupation et contre l’islam politique. Avec les autres organisations progressistes irakiennes, cette organisation a notamment organisé la campagne qui a fait échec à la tentative, par le gouvernement pro-US, d’introduire la Charria dans la constitution irakienne. Et au delà de la lutte au quotidien pour l’égalité entre hommes et femmes, l’OLFI a aussi constitué deux abris pour les femmes victimes de violences ou condamnées à mort par des groupes islamistes ou des membres de leur famille.

Du côté des étudiants, suite à la longue lutte des universités de Bassora contre les assassins islamistes. Des étudiants de Baghdad, Kirkouk, Bassorah, Sulamanya, Mossoul et Erbil devraient, le 15 juin, tenir le premier congrès national étudiant.

Ces différentes initiatives progressistes, féministes ou syndicalistes, se sont regroupées dans le Congrès des Libertés en Irak, organisation large, qui regroupe tous ceux et toutes celles qui veulent lutter contre le scénario sombre de l’occupation et de l’islam politique. La revendication principale de ce Congrès est l’instauration d’un Irak laïc, non-ethnique, et qui assurerait l’égalité à tous ces habitants, quelque soit leur religion, leur ethnie ou leur sexe. Et à ce propos, Dashty a dénoncé les plans « fédéralistes » du gouvernement pro-US qui cherche à diviser le peuple irakien entre chiites, sunnites et kurdes, expliquant qu’un tel plan pourrait amener à une situation comparable à celle de l’ex-Yougoslavie.

Plus qu’ailleurs dans le monde, le chaos provoqué par l’impérialisme et la prétendue « résistance » en Irak, montre que les différentes fractions de la bourgeoisie sont incapable d’apporter une vie meilleure à l’humanité. Et malgré le bourbier sanglant que les différents terroristes imposent à l’Irak, les luttes des travailleurs organisées par la FSCOI, les luttes de femmes de l’OLFI, les autres combats progressistes menés dans ce pays, montrent que l’avenir de l’humanité appartient à la classe ouvrière. Les différentes fractions qui s’affrontent, qu’ils s’agissent des fascistes islamistes, des nationalistes kurdes, des occupants anglo-américains ou des débris du régime baasiste n’offrent au peuple d’Irak que toujours plus de souffrance, de chaos et de barbarie. Les organisations ouvrières par contre sont porteuses d’un autre futur pour l’Irak, un futur débarrassé de l’occupation et de l’islam politique, un autre futur qui permettrait d’offrir l’égalité et la liberté à tous ceux et toutes celles qui y vivent.

A l’issue de cette réunion, les organisations syndicales CNT, FSU et Solidaires ont programmé de se revoir dès le 6 juin pour aborder la question de l’organisation d’une solidarité concrète avec le mouvement ouvrier irakien. L’organisation d’une soirée de soutien à lac rentrée est évoquée, mais d’autres initiatives sont aussi possibles, y compris d’ailleurs avec des non-organisé(e)s intéressé(e)s par la question.

UL CNT Besançon
E-mail : cnt-doubs@cnt-f.org

Pour tout soutien financier avec la Fédération des Syndicats et Conseils Ouvriers d’Irak :
Compte bancaire : Lloyds TSB, D. ABBAS (UUI), Sort code : 309451, Bank account : 11610268

Pour plus d’information sur le mouvement ouvrier irakien :
http://www.solidariteirak.org/

L’UL CNT de Besançon tient à remercier l’association "Solidarité Irak" sans qui cette réunion n’aurait pas été possible ainsi qu’Ophélie (CNT 39) pour la traduction.

Traductions
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Situation sociale
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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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