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Surma Hamid : le parcours d’une militante en Irak

1/ Comment et pourquoi es-tu devenue une militante communiste ?

Je suis née dans une famille pauvre d’Arbil (Hawler) en Irak. Ma famille, comme beaucoup d’autres dans la région, était très influencée par la culture dominante diffusée par le mouvement nationaliste kurde, qui est une sorte de mélange de pratiques, de valeurs et de traditions tribales et islamiques. Le système de penser patriarcal affectait chaque aspect de notre vie, notamment celle des femmes.

Dans ces milieux, les femmes étaient durement opprimées. Juste pour donner une idée, dans le Nord de l’Irak depuis 1991, c’est-à-dire au moment où les partis nationalistes kurdes sont devenus les maîtres de la région, des centaines de femmes ont été victimes de crimes d’honneur. Les partis au pouvoir - l’Union patriotique du Kurdistan dirigé par Jalal Talabani et le Parti démocratique du Kurdistan de Masood Barazani - encouragent cette culture sous-jacente par tous les moyens pour entretenir les relations tribales dans la société, maintenir la loi de la famille du misogyne régime baasiste, soutenir l’Islam et les groupes d’Islam politique, marginaliser les individus et les groupes progressistes et fermer les yeux sur les discriminations des femmes comme les crimes d’honneur. Il y a un autre aspect très important concernant le mouvement nationaliste kurde, de la même façon que pour les autres mouvements nationalistes kurdes du moyen Orient, c’est l’extrême rejet du modernisme notamment tout ce qui touche à l’égalité des les femmes. Pour ce courant, conserver le mode de vie de nos ancêtres est considéré comme d’une importance suprême. Tout ce qui accompagne les nouveaux développements sociaux et le maintien de la paix pour le bien de l’humanité est contre ce mode de pensée. Pourtant la société au Kurdistan est une société très moderne comme toute autre société dotée d’une économie moderne. Il y a beaucoup de monde qui est progressiste.
A côté de ça, mon milieu familial était particulièrement arriéré. A quinze ans, j’ai dû quitter l’école, alors que c’était quelque chose d’important pour moi, et on m’a forcée à me marier avec mon cousin Notre mariage arrangé était déjà décidé quand mon cousin et moi-même, étaient encore des fœtus dans les ventres de nos mères. Ma vie était misérable.

Je rencontrais bientôt Suaad qui nous passait des publications de l’Organisation des Femmes indépendantes. J’étais très impressionnée par ces textes. Ils parlaient d’une autre vie. Les militantes de l’Organisation des Femmes indépendantes étaient des femmes modernes et très courageuses. Je voyais que mes problèmes étaient les problèmes de centaines de femmes au Kurdistan et qu’il y avait des femmes qui contestaient et qui proposaient des solutions. En 1994, j’ai commencé à rencontrer des gens de l’Organisation des Femmes indépendantes et du Parti communiste-ouvrier en Irak avec qui l’Organisation des Femmes indépendantes avait des relations étroites. J’ai commencé une formation sur le marxisme. Dans la même année, j’ai commencé une activité clandestine pour l’Organisation des Femmes indépendantes. En 1995, j’ai rejoint formellement l’Organisation des Femmes indépendantes et le Parti communiste-ouvrier d’Irak. A la fin de cette même année, je suis devenue membre du Comité exécutif de l’Organisation des Femmes indépendantes pour la ville d’Arbil et nommée à la tête du bureau publique du Comité en question.

2/ Quand et pourquoi as-tu quitté l’Irak ?

L’O.F.I. était opposée à toutes les atteintes aux droits des femmes, ce qui la mettait en conflit avec les organisations réactionnaires qui, elles, les cautionnaient. L’O.F.I. organisait des forums éducatifs, des rencontres publiques et un meeting sur deux informait les femmes sur leurs droits. Elle initia une campagne contre les dénommés « crimes d’honneur » et toutes les formes de violences domestiques contre les femmes. Elle lança aussi une campagne pour forcer les partis dirigeants à annuler la loi sur la famille du régime baasiste toujours en vigueur au Kurdistan d’Irak. L’O.F.I. était très active et très connue dans le Nord de l’Irak. Comme l’O.F.I. devenait plus connue, et suffisamment efficace dans sa défense des droits des femmes pour porter en justice les cas de violence domestique ou de divorce, nous devenions un danger pour les autres organisations... Notamment pas mal d’associations religieuses étaient furieuses et elles lancèrent des « fatwas » contre la plupart des membres de notre organisation. En avril 1998, Malla Bashir, un leader d’un groupe islamique d’Arbil menaça d’assassiner six membres de notre Comité exécutif. J’étais l’une d’entre elles. Nous décidâmes d’aller porter l’affaire en justice. La chaîne de télévision contrôlée par le PDK retransmit une interview à looccasion du procès. Nous perdîmes le procès : le tribunal nous considérait comme anti-islam dans notre foi et nos valeurs et demanda le maintien des arrestations.

Le lendemain, des membres du parti communiste-ouvrier d’Irak vinrent au centre d’information pour les femmes pour nous manifester leur soutien express. Les islamistes attaquèrent le centre et deux des membres dirigeants du Parti communiste-ouvrier perdirent leur vie dans cette attaque. Shapur abdul Kadir, membre du bureau politique et leader de centaines de réfugié-es au Kurdistan et Qabil Adil, membre du Parti communiste-ouvrier au Kurdistan. Une atmosphère d’horreur planait sur la ville toute entière. Le parti au pouvoir s’était rallié aux groupes islamistes contre le centre d’information des femmes et le parti communiste-ouvrier d’Irak qui était apparu très rapidement à devenir une force au Kurdistan. Les membres du parti communiste-ouvrier ont été harcelés et bannis de toute activité politique. Les islamistes devinrent plus sûrs d’eux dans leurs actions pour terroriser les femmes. Ce fut une très mauvaise période pour l’histoire de cette ville.

Les islamistes affichèrent nos portraits sur les murs de la ville assortis d’un texte rappelant notre immoralité. Le résultat fut que nous, les six femmes, nous nous cachions. Je me suis cachée chez des amis, dans leur maison. Je suis restée 4 mois dans leur cave. Que ce soit les islamistes ou ma famille, ils ont essayé tous les deux de me retrouver. Avec l’aide de ma mère et du parti communiste-ouvrier d’Irak, je changeais mon nom et j’ai obtenu de faux papiers. Les membres du parti communiste-ouvrier m’ont aidée à m’enfuir en Turquie. Neuf mois après, je suis partie en Australie.

3) Quand tu es partie, quelle était la situation des femmes ?

Après la seconde guerre du Golfe en 1991 [la première étant la guere Iran-Irak, ndt], la condition de l’ensemble de la société irakienne s’est effondrée mais celle des femmes s’est particulièrement dégradée. On aurait dit une zone ayant subi un tremblement de terre. Après la révolte de 1991, le Kurdistan irakien tomba sous le contrôle des deux partis nationalistes kurdes principaux. Immédiatement, une vague de terreur orchestrée par ces deux partis se déclencha contre les femmes, prenant plusieurs noms comme « nettoyons la société de ses prostituées ! ». Des centaines de femmes ont été kidnappées et assassinées par la milice de ces deux partis politiques. Des centaines d’histoires terrifiantes de femmes terrorisées par ces deux partis ont circulé. Entre 1991 et 1998, plus de 5000 femmes ont été victimes des « crimes d’honneur ». Les femmes étaient confinées dans leurs maisons. Les islamistes se sont acharnés sur les femmes, les progressistes et les pillies de la sociét civile. Les salons de coiffures pour femmes, les cinémas et encore d’autres lieux ont été attaqués. Les valeurs et les traditions tribales arriérées s’imposaient fortement dans la société. Les femmes ne sortaient pas sans leurs voiles. Dans le même temps, apparaissait un mouvement de femmes courageuses et militantes encouragé par les activistes du parti communiste-ouvrier décidé à se battre pour les droits et la liberté des femmes.

4) Quelle est ton activité aujourd’hui en Australie ?

Ma principale activité est d’informer sur la situation des femmes dans les pays frappés par l’Islam et en particulier d’obtenir un soutien politique et financier pour les femmes en Irak. Je suis aussi présente dans la campagne défendant les droits des réfugié-es. Je travaille avec les organisations de gauche en Australie. Je participe à de nombreuses rencontres, conférences et réunions publiques. J’ai été interviewée par des radio et des télévisions. J’ai participé à beaucoup de rassemblements. En deux-trois ans d’activités, j’ai été plébiscitée comme la meilleure féministe de Victoria, un état australien. Prochainement, avec un camarade, nous allons publier un bulletin en Arabe et en Anglais dénommé « vers une constitution laïque en Irak ». Je suis maintenant l’éditrice de « Forward », le journal anglais du parti communiste-ouvrier d’Irak.

5) est-ce que la gauche australienne soutient les organisations irakiennes des femmes et des travailleurs-es ?

La réponse est rapide : non. Nous avons obtenu un soutien énorme de la part des gens odinaires progressistes en Australie mais malheureusement, le soutien de la gauche est très limité. Peu de lettres de soutien de la part de la gauche. Autant il est facile de s’adresser aux gens non cartés et d’obtenir leur soutien pour la cause des femmes dans un pays comme l’Irak autant la gauche est empêtrée dans des discussions inutiles et supporte les réactionnaires et le terrorisme déguisés en combattants anti-impérialistes. Ils préfèrent soutenir les ennemis du peuple en Irak que de soutenir les vecteurs progressistes luttant pour la liberté et l’égalité.

Interview : Nicolas Dessaux
Traduction : Céline Pauvros

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Auteurs
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Yanar Mohammed
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Stéphane Julien
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