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Compte-rendu de la rencontre d’Oxygène-FSE avec Dashty Jamal (réfugié irakien), samedi 14 mai à Tolbiac

Dashty Jamal est représentant en Grande-Bretagne du Syndicat des chômeurs en Irak et secrétaire de la Fédération internationale des réfugiés irakiens en Grande-Bretagne. Dashty Jamal, 36 ans, est né à Sulaymania, au Kurdistan d’Irak. Nous l’avons rencontré avec des membres de Solidarité-Irak.

Parcours

Dashty mène une activité politique depuis 1983. Il lutte contre le régime de Saddam Hussein. D’abord dans l’UPK (un des deux partis nationalistes bourgeois kurdes), puis dans des organisations prolétariennes.

Dashty nous a raconté qu’il y a eu de nombreuses arrestations en 1990, et la mise en place en 1991 des premiers conseils ouvriers au Kurdistan. Les organisations islamistes ont lutté contre la mise en place de ces conseils et ont réussi à les détruire.

Le premier syndicat de chômeurs a été créé en 1992

Dashty a été contraint de fuir en Turquie en 1992.

Il participé à la fondation du PCOI en 1993, et il est désormais secrétaire de la branche anglaise du PCOI

Universités irakiennes

Le système d’éducation passé et actuel

Le système baasiste d’éducation est toujours en place. Les programmes scolaires n’ont pas radicalement changés, et quand ils ont changé, c’est dans le sens d’une islamisation encore plus poussée des programmes (déjà amorcée sous Saddam Hussein).

Les étudiants luttent pour obtenir un changement du système éducatif. Actuellement, les programmes font l’apologie de la religion.

Sous Saddam Hussein, l’éducation était fondée sur la charia. Le coran était déjà enseigné dans les écoles et les universités. Les étudiants qui ne voulaient pas étudier la religion étaient exclus. En outre, les étudiants devaient effectuer des stages militaires pendant leurs vacances.
Sous Saddam Hussein, des étudiants étaient pendus ou fusillés en public s’ils se révoltaient. Les étudiants devaient adhérer au parti baas.
Dashty se souvient avoir eu un Zéro pour ne pas avoir assisté à une réunion du parti baas (parti de Saddam Hussein).
La corruption était déjà répandue, et la façon la plus sure d’avoir un diplôme était de payer.

Aujourd’hui, les choses n’ont pas radicalement changé, elles ont même empirées : il y encore plus d’étude de la religion dans les programmes, les filles doivent porter le hijab pour pouvoir passer les examens, les hommes et les femmes sont séparés en cours. Les islamistes (Sistani et Sadr) veulent obliger les enseignantes à porter le hijab

Par ailleurs, les enseignants ont le droit de frapper les étudiants devant les autres étudiants (ce qui entraîne des suicides de la part d’étudiants qui ne supportent pas de telles humiliations publiques). Les étudiants se sont organisés contre ces pratiques rétrogrades, en mettant en place des « comités de défense » et en éditant une revue « Le monde des enfants ».

Mobilisation des étudiants

Dans le nord de l’Irak, depuis 1991, les partis nationalistes kurdes (UPK de Talabani, PDK de Barzani) exercent leur emprise sur les universités. Ces partis ont par ailleurs créé une université privée, que les étudiants ont réussi à faire fermer par la suite.

A l’université de Sulaymania, secteur contrôlé par l’UPK dans le nord de l’Irak, il y a eu en mars une grève de 8 jours pour obtenir la séparation de la religion et de l’Etat et un changement des programmes.

Dans le même temps, toujours dans le nord de l’Irak, à Erbil, les étudiants de l’université Salahaddin ont manifesté. La manifestation a été durement réprimée par les forces du PDK qui a tiré sur la foule.

La ville de Bassora, au sud de l’Irak, est contrôlée par les groupes militaires chiites (notamment la milice de Moqtada El Sadr) qui coopèrent avec les troupes anglaises. A l’intérieur de l’université, où était organisée une fête avec des garçons et des filles mélangés, la milice de Sadr, opposée à la mixité, est intervenue pour détruire et tuer. Les étudiants ont réagi en organisant une grande grève contre le groupe de Sadr qui a été contraint de présenter des « excuses ».
Les étudiants de Bassora avaient comme revendications : de nouveaux programmes, la séparation de la religion et de l’Etat, l’arrestation des tueurs, la demande de pouvoir créer leur propre syndicat indépendant, la création d’un comité étudiant à Bassora. Les étudiants de Bassora ont pris contact avec les étudiants de Sulaymania. Une grande solidarité, au niveau national, se met en place entre les étudiants qui se soutiennent mutuellement.

Situation générale en Irak

Les chauffeurs de taxis, les vendeurs d’alcool sont constamment menacés.

Les islamistes coopèrent et se divisent le travail. Pendant que les uns collaborent ouvertement avec les occupants (Sistani), les autres prétendent les combattre (en attendant d’avoir un poste au gouvernement). Mais en fait, ils partagent les mêmes objectifs. Sistani utilise Sadr pour canaliser le mécontentement des irakiens.

Les troupes d’occupation évitent de faire le sal boulot et le délègue à la police irakienne.

Les troupes d’occupation ne font rien pour empêcher les exactions des islamistes contre les étudiants et les travailleurs.

Actuellement, des groupes d’anciens baasistes (soutenus par le Syrie) ou des groupes islamistes pro-iraniens sont utilisés par les états environnants pour semer le chaos en Irak. L’Irak est le terrain d’affrontement de tous ces Etats. Ces groupes ne représentent pas le peuple irakien.

Elections en Irak

Le PCOI a appelé au boycott des élections organisées par les impérialistes. Dashty les qualifie de « spectacle pour légitimer la politique américaine ».

Lors de ces élections, toute propagande libre était interdite. Les irakiens qui ne voulaient pas voter ont été menacés. Pour pouvoir bénéficier à la nourriture distribuée par l’ONU, il fallait voter.

Le PCOI a organisé des manifestations pour dénoncer ces élections, a sorti des tracts et des journaux pour appeler à ne pas voter

Selon Dashty, contrairement aux chiffres officiels, la majorité de la population n’a pas voté, malgré les menaces et intimidations.

En outre, la fraude a sans doute été massive. Ainsi, les américains ont attendu 3 semaines pour annoncer les résultats

Congrès des libertés en Irak

Le PCOI prépare le congrès des libertés en Irak : pour un Irak non ethnique et religieux, contre le fédéralisme, pour l’égalité des droits, pour l’égalité hommes femmes, pour la séparation de la religion et de l’Etat. Pour développer un programme d’alternative pour mettre dehors les troupes US

Le but est d’organiser les gens dans des maisons du peuple

La situation se détériore en Irak et est catastrophique. Le taux d’analphabétisme s’accroît. Beaucoup d’étudiants sont obligés d’arrêter leurs études pour essayer de trouver du travail et se nourrir. Des profs mendient à l’entrée des mosquées

L’embargo de l’ONU, sous Saddam Hussein a tout détruit. Ceux qui ont voté ces sanctions, c’est-à-dire tous les gouvernements impérialistes, sont des criminels.

En 2003, Dashty a soutenu la campagne pour juger Saddam Hussein devant une Cour indépendante des impérialistes.

Par rapport à la guerre impérialiste en Irak, Dashty, indique que ce n’est pas qu’une question de pétrole, mais un enjeu plus global. Les USA mènent une guerre globale, veulent prendre place là partout, notamment là où l’URSS était présente. Par exemple, en Ukraine. Si Chirac s’est opposé à la guerre, c’est parce que les intérêts de la France divergeaient des intérêts US

Concernant la Palestine, il soutient l’indépendance de la Palestine. Compte tenu du fait qu’Israël n’est pas laïque et progressiste, dans un premier temps, il faut un Etat palestinien séparé.

Perspectives

Dashty pense que les mouvements étudiants et enseignants peuvent faire beaucoup pour l’avenir de l’Irak, aux côtés des travailleurs d’Irak.

Les impérialistes veulent que les irakiens se divisent par leur religion, leur ethnie, leur langue. Les américains aident les groupes ethniques en leur donnant accès aux médias.

Les étudiants et les travailleurs d’Irak sont attaqués en permanence. Récemment encore, un représentant de la Fédération internationale des réfugiés d’Irak a fait un discours en Irak devant des étudiants : il a été arrêté par les autorités.

Plus que jamais, la solidarité internationale est primordiale.

Que peut-on faire en tant que syndicat étudiant ?

Dashty pense que les jumelages entre universités ne sont pas la meilleure idée, car il craint que l’aide matérielle ne soit détournée sur le marché noir.

Mais il faut développer la solidarité entre les étudiants de France et les étudiants d’Irak : échange régulier d’information pour développer des liens concrets, parler de nos revendications.

Dans un second temps, on pourrait alors apporter de l’aide matérielle aux étudiants d’Irak, notamment par l’intermédiaire de Dashty qui se rend régulièrement en Irak. Les étudiants d’Irak vivent dans des conditions très difficiles. Les logements étudiants ont souvent ni eau, ni électricité.

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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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