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La lutte des femmes en Irak

La victoire islamiste aux élections de janvier 2005 en Irak a révélé ce que beaucoup ne souhaitaient pas savoir, c’est-à-dire que l’Islam politique est dans ce pays non seulement une force d’opposition à l’occupation coalisée, mais aussi une puissante force de collaboration, prête à mettre en place un régime réactionnaire dont les femmes seront les premières victimes. La dégradation de leur situation n’a pas commencé en mars 2003 avec l’entrée des troupes américaines et de leurs alliés à Bagdad ; c’est un processus long, engagé depuis plus de vint ans. Mais elle s’est accélérée avec l’aval des autorités occupantes et, au Kurdistan, des partis nationalistes.

Avant l’occupation

Par rapport aux autres pays du Moyen-Orient, les femmes bénéficiaient en Irak d’un meilleur statut et de plus de liberté, sans que la pleine égalité avec les hommes leur soit reconnue. Cela n’est pas dû, comme on l’affirme parfois, au caractère prétendument « laïque » du baasisme : ce statut avait été acquis par les luttes des femmes dans les années cinquante, bien avant la prise du pouvoir par le parti Baas. La loi sur le statut personnel de 1958, qui garantissait notamment le droit à l’éducation, au divorce et à la garde des enfants, avait été maintenue, mais sa portée se restreint d’amendement en amendement. L’égalité hommes-femmes était théoriquement garantie par la constitution provisoire de 1970, et le droit de vote accordé par Saddam Hussein en 1980. Il faut tout de même noter que la « loi irakienne sur le statut personnel » prévoyait que, dans les cas non-prévus par la loi, c’est la charia qui prévaudrait .

La dégradation des droits des femmes a véritablement commencé avec la guerre Iran-Irak, à partir de 1980. Ainsi que l’explique la féministe irakienne Houzan Mahmoud, « L’Irak, disait Saddam, a besoin que les femmes restent à la maison, fassent à manger pour leurs maris et leurs enfants, fassent preuve d’économie et ne dépensent pas trop, elles doivent aident le pays à s’en sortir. Tout cela a abouti à violer en permanence les droits des femmes. En particulier pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak, les femmes représentaient plus de 70 % des fonctionnaires, mais dès que la guerre a pris fin, le régime les a renvoyées chez elles » . Les organisations de femmes étaient interdites, en dehors de l’Union des femmes irakiennes, c’est-à-dire de la branche féminine du part Baas.

Avec la première guerre du Golfe en 1991, la situation s’est empirée, lorsque, pour s’attirer le soutien des régimes et organisations musulmanes, Saddam Hussein a adopté un style plus conforme aux valeurs islamiques. Il va notamment lancer la « campagne de la fidélité », qui vise à l’élimination des prostituées par la décapitation. Journaliste à Elle, Annick Le Floc’Hmoan y a consacré une enquête, peu avant la chute du régime. Elle signale que « Souhayr Belhassen, vice-présidente de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (affiliée à la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, FlDH), et Françoise Brié, chargée de mission de l’Alliance pour les droits de l’Homme, ont recueilli de nombreux témoignages à Amman (Jordanie) et à Damas (Syrie) auprès de réfugiés irakiens. Elles ont réuni les noms de 130 femmes dont la tête a été tranchée en public, l’an passé, en Irak. Un chiffre que l’on peut, au minimum, multiplier par deux : dans ce pays muselé, les décapitations sont ensevelies sous une lourde chape de silence » . Au demeurant, le qualificatif de prostituée n’est pas forcément en rapport avec l’activité professionnelle de la victime, mais plutôt une sorte de dévalorisation morale : « la majorité des femmes exécutées sont des femmes qui ont osé critiquer le régime ou des épouses d’opposants. Parmi elles, des épouses d’imams chiites, des présentatrices de télévision, des médecins, des gynécologues ».

Un symptôme évident de la dégradation de la situation des femmes dans la période de l’embargo imposé à l’Irak (1991-2003) est monté en flèche de l’illettrisme. Alors que le régime baasiste s’enorgueillissait, à juste titre, de ce que celui-ci était passé de 7 % à 75 % depuis la proclamation de la République, il était redescendu à 25 % en 2000, participant d’une déqualification massive des femmes . Cette chute n’est pas imputable seulement à la politique du régime, mais avant tout aux dures conditions économiques et sanitaires sous l’embargo, qui ont fait de la simple survie la priorité essentielle. Les veuves de guerre ou les femmes trop pauvres pour trouver un mari, ont été les plus fragilisées.

On peut en juger également par les résultats d’une étude sur les conséquences physiques de l’embargo sur la population féminine de Bagdad menée en 1998, à laquelle participa Amal Souadian, médecin nutritionniste que Catherine Simon, journaliste au Monde, a interrogé en février 2003 : « Sur les quelque 4 600 filles et femmes que son équipe avait alors auscultées, pesées et mesurées, il est apparu que 16 % des plus jeunes, âgées de 10 à 14 ans, souffraient de "malnutrition sévère" et 41 % de ‘malnutrition chronique’ - avec des répercussions sur leur taille notamment, ‘nettement en dessous de la moyenne’. La gent masculine a été moins touchée : à la table familiale, père et fils restent les mieux servis. »

L’une des mesures majeures prises par le régime de Saddam Hussein contre les femmes fut la tolérance légale du « meurtre d’honneur ». En 1990, Saddam avait introduit dans le nouveau code pénal l’article 111, qui exemptait de peine l’homme qui, pour défendre l’honneur de sa famille, tuait une femme . Meurtres d‘honneurs, c’est ainsi qu’on appelle le droit, pour un homme, de tuer sa femme, sa sœur ou sa fille s’il la soupçonne d’adultère ou de mauvaises mœurs, ou si elle a été violée. Il s’agit d’un pratique répandue dans tout le Moyen-Orient. Cet assassinat est le plus souvent, mais pas obligatoirement, déguisé en accident domestique. « Les femmes doivent faire attention à ne pas être tuées par leurs proches. Celles qui ont des relations sexuelles avant le mariage le font de façon clandestine et vivent dans la peur permanente de tomber enceintes et dans la crainte que leur famille découvre qu’elles ne sont plus vierges. Les valeurs et la mentalité islamiques imprègnent encore la société : une jeune fille doit rester pure, vierge, avant le mariage » explique Houzan Mahmoud.

Il faut noter qu’au Kurdistan, autonome de fait de 1991 à 2003, la législation baasiste contre les femmes a perduré longtemps, et cela malgré une plus grande participation des femmes à la société civile, au gouvernement et dans les forces peshmergas. Officiellement, la loi sur les meurtres d’honneur n’a été abolie qu’en 2000 dans la zone contrôlée par l’Union patriotique du Kurdistan (UPK). Dans la zone contrôlée par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) plus de 500 meurtres d’honneurs auraient été commis rien que durant l’année 2000, selon les chiffres fournis par le gouvernement régional lui-même , et la loi baasiste ne semble pas avoir été abolie. Dans tous les cas, les nationalistes au pouvoir tolèrent cette pratique et n’ont mis en place aucun dispositif pour les combattre. Au contraire, durant cette même année 2000, les locaux de l’Organisation indépendante des femmes, y compris le foyer qu’elle avait créés à Solymanieh pour héberger de façon sûre les femmes recherchées par leur famille pour être tuées, ont été autoritairement fermés par l’Union patriotique du Kurdistan. Ouvert en 1998, ce foyer avait été créé avec le soutien d’organisations féministes européennes. Plus de 400 femmes y avaient séjourné. Cette mesure visait aussi largement à affaiblir l’influence grandissante du Parti communiste-ouvrier d’Irak, auquel l’Organisation indépendante des femmes (OIF) était liée.
Le 14 juillet 2000, les forces armées de l’UPK étaient entrées dans le foyer et au local de l’OIF, avaient arrêtées les militantes, saisi les biens et les fichiers et fermé l’un et l’autre. Douze femmes et cinq enfants y résidaient alors. Si l’équipe du foyer fut relâchée peu après, trois des gardes du corps du foyer, ainsi que les résidentes et leurs enfants, furent conservées en prison. Le lendemain même, un homme assassina sa sœur, ayant appris qu’il ne courrait plus le risque d’être lui-même inquiété par les gardes armés de l’OIF et du Parti communiste-ouvrier. Et quelques jours plus tard, c’est Nasreen Aziz, l’une des anciennes résidentes du foyer, qui était assassinée par son frère .

Depuis l’occupation

Malgré les prétentions officiellement affichées par les dirigeants américains à instaurer la démocratie et libérer les femmes en Irak, et contrairement aux attentes mêlée de méfiance de la population, l’occupation par les forces coalisées, la situation est loin de s’être améliorée depuis mars 2003. Le chaos instauré par la guerre entre forces d’occupation et la guérilla urbaine a rendu la vie des femmes plus dure encore. Le voile, considéré auparavant comme ringard, devient une nécessité pour les femmes qui veulent sortir sans trop de risques dans la rue. Outre les insultes, les islamistes ont recours à la violence pour les y contraindre, allant jusqu’à lancer du vitriol au visage de certaines. Les viols se multiplient, les enlèvements et les ventes de femmes également, selon un tarif fixé : 200 $ pour une vierge, la moitié seulement si elle ne l’est pas.
Mais surtout, c’est le conseil intérimaire du gouvernement mis en place par les occupants qui a tenté, sous la pression des organisations islamistes participantes , en février 2004, de remplacer la loi sur le statut personnel par la charia. Ces partis liés au régime islamique d’Iran (al’Dawa, Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak ) partagent avec leurs opposants de la résistance religieuse le projet d’établir un état islamique en Irak, même s’ils ont choisi une autre tactique pour y parvenir.
Lors des discussions sur la future constitution de l’Irak, l’établissement de la charia était l’objectif principal des islamistes, leur unique programme social. La « résolution 137 » du Conseil de gouvernement provisoire - où ne siègent que trois femmes sur vingt-deux membres - leur offrait satisfaction sur le statut des femmes , même si Paul Bremer, représentant de l’administration US, semblait y être hostile. Elle suscita la réprobation de la population irakienne. Malgré le danger que cela représentait plus de quatre-vingt cinq organisations de femmes, appelèrent à des manifestations et obtinrent le retrait de la résolution 137, moins d’un mois après sa proclamation.

Parmi ces organisations, l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak fondé en juin 2003 par Yanar Mohammed. Cette architecte de 43 ans, féministe, ceinture noire de karaté, vivait en exil au Canada depuis plusieurs années, où elle militait pour le droit des femmes au moyen-orient. Après la chute du régime de Saddam Hussein, elle décide de revenir en Irak et participe à la fondation de l’organisation, qui centre son action sur l’aide aux femmes réfugiées, notamment dans le quartier pauvre d’al’Huda à Bagdad, et l’organisation de centres d’accueil pour femmes menacées de meurtre d’honneur ou victimes de violences conjugales. Avec ses discours véhéments en défense des droits des femmes contre la charia, elle reçoit des menaces de mort de la part de l’Armée des compagnons du prophète, une organisation pro-talibane d’origine pakistanaise, ce qui l’oblige à circuler armée ou entourée de gardes du corps. Une campagne internationale de soutien, bien relayée par les associations féministes dans le monde entier, fait connaître sa situation et lui donne une envergure nouvelle.
Les meurtres d’honneur n’ont pas disparu avec l’occupation. Amel - c’est le nom qu’elle a donné au journaliste de l’Humanité venue l’interviewer - vit sous la protection de ses camarades du Parti communiste-ouvrier d’Irak. Depuis des années, sa famille la recherche pour la tuer. « Ma famille est très stricte, très attachée aux valeurs de la tribu et de la religion, raconte-t-elle posément. Un jour, je suis tombée amoureuse d’Ali, mon voisin. Nous étions vraiment jeunes à cette époque. C’était une très belle histoire », explique-t-elle. Le jeune homme avait plusieurs fois demandé la main d’Amel à sa famille, selon la coutume. Mais il est chiite, alors que la belle-famille est sunnite. De toute façon, alors âgée de 15 ans, Amel est déjà promise à un quinquagénaire, pour un mariage arrangé. « Lorsque j’ai vu que mes parents aller me donner à lui, j’ai laissé éclater mon refus en avouant que j’étais amoureuse de quelqu’un. Ils m’ont alors enfermée, insultée et battue ». Ensemble, ils décident de fuir au Kurdistan, où ils sont à l’abri de la vengeance. Mais depuis le retour du Kurdistan autonome avec l’Irak, en mars 2003, elle n’est plus en sécurité. Sa sœur a été répudiée par son mari, parce que cette histoire porte atteinte à son honneur...

Les enlèvements de jeunes filles se sont également répandus. Il semble qu’ils servent à alimenter des réseaux de prostitution, notamment en direction du Yémen, sans que cela puisse être démontré. Employée dans une imprimerie, Zubaïda à raconté au correspondant du Monde à Bagdad, Rémi Ourdan, la tentative de rapt dont elle a été victime : « Six hommes, dans deux voitures, ont provoqué une sorte d’accident afin de faire sortir mon ami de notre voiture. Pendant qu’ils discutaient dehors, l’un d’entre eux s’est assis au volant et a voulu nous kidnapper, la voiture et moi. Heureusement, mon ami avait retiré la clé du tableau de bord. Et la police est arrivée ». Depuis, elle ne sort plus qu’armée d’un revolver de petit calibre caché dans son sac.

Héritière de l’Organisation des femmes indépendantes, l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OLFI) reprend la création de centres d’accueil pour femmes victimes de violences ou menacées de meurtres d’honneur. Leur fonctionnement dépend largement de l’aide internationale, apportée notamment par les associations féministes américaines. Le premier est ouvert à Bagdad à l’automne 2003, sous la responsabilité de Layla Muhammad, tandis qu’un second s’installe à Suleimaniah, dans le Nord. Ce dernier est presque aussitôt victime de vexations et de menaces par l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), qui envoie ses forces de sécurité visiter les locaux de l’OLFI et soumet les militantes à un interrogatoire pour connaître leur affiliation politique.

Cet acharnement de l’UPK, membre de l’Internationale socialiste, ne doit guère étonner. Il reflète tout d’abord le conservatisme patriarcal de la société kurde, dans laquelle les femmes doivent lutter avec acharnement pour se faire une place et faire évoluer les mentalités. Mais de ce point de vue, l’UPK est généralement considérée comme plus avancée que son principal concurrent, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), notamment en raison de la place que les femmes ont acquis en son sein. Mais les nationalistes de l’UPK n’ont pas oublié l’insurrection de mars 1991, au cours de laquelle, profitant de l’affaiblissement du pouvoir central, les conseils ouvriers avaient pris en main l’organisation de la vie sociale, avec le soutien actif de l’extrême gauche . Mais, dès le mois d’avril 1991, aussitôt que les bombardements américains eurent cessé pour laisser à Saddam Hussein le loisir de reprendre la situation en main, les troupes nationalistes stationnées dans la montagne, s’emparèrent des villes et organisèrent une contre-offensive pour bloquer les troupes baasistes. Il en résultat un exode massif de la population urbaine, qui ne tenait pas à se trouver au centre de combats. Profitant de cela, les deux grands partis nationalistes, l’UPK et le PDK, reprirent en main l’administration baasiste, rétablirent dans leur fonction la direction des usines et mirent les conseils ouvriers sous leur coupe. De cet épisode, ils conservèrent une grande méfiance à l’égard de l’extrême gauche, dont les forces se regroupèrent en 1993 pour former le Parti communiste-ouvrier d’Irak. L’histoire des relations entre cette formation et l’UPK est émaillée d’incidents, allant jusqu’à la torture de militants communistes-ouvriers, comme l’a révélé Amnesty International .

De telles violences existent également dans la zone contrôlée par le Parti démocratique du Kurdistan, sans avoir un caractère aussi officiel : la militante féministe Sakar Ahmed, dirigeante à Erbil de la branche locale de l’Olfi, a ainsi été battue par ses deux frères, alors qu’elle écrivait un livre contre les meurtres d’honneur. Son père a approuvé le geste de ses fils, considérant que la violence contre les femmes était une affaire strictement privée .

L’Organisation pour la liberté des femmes en Irak ne limite pas son activité à la création de foyers et à la lutte contre les meurtres d’honneur ; même si certains aspects de son intervention évoquent ceux d’une ONG traditionnelle, elle refuse précisément cette distinction entre action sociale et engagement politique. Au contraire, elle considère la participation politique des femmes comme essentielle à la renaissance d’une société civile en Irak. Cette participation ne se fait pas à n’importe quel prix : ainsi, lors des récentes élections fin janvier 2005, les principales dirigeantes de l’OLFI ont appelé à l’abstention, considérant comme illégitimes ces élections tenues dans un climat de violence et de pressions. Consigne inégalement suivie, même parmi leurs proches, en raison des inquiétudes suscitées par le risque - confirmé - d’une victoire des partis religieux chiites. Yannar Mohammed, dans un article plein d’ironie intitulé « Savourons la démocratie à l’Irakienne », raconte les doutes de ses amies militantes de Bagdad, qui ne sont pas toutes comme elle membre du Parti communiste-ouvrier. Mais le jour même de l’élection, toutes ont pu faire le même constat : pressions officielles contre les abstentionnistes, que l’on menace de rayer des registres de distribution de nourriture (qui ont servi pour établir les listes électorales) ; pressions islamistes contre celles et ceux qui portent sur leur main le signe distinctif du passage aux urnes. La sœur d’une amie, infirmière, lui signale qu’à l’hôpital où elle travaille, pas moins de trente personnes sont venues avec le doigt coupé - ce même doigt où la marque était apposée.

Déjà, dans la précédente assemblée destinée à préparer le transfert de souveraineté, la place des femmes avait fait l’objet de longs débats ; mais comme le fait remarquer Yannar Mohammed, « Du point de vue de l’administration américaine, ils nous ont apporté la libération. C’est ce qu’ils disent, mais nous n’y avons vu qu’un maquillage. Ils prétendent avoir porté à 25% la représentation des femmes dans les assemblées politiques et ils disent que avons gagné le droit d’être représentées. Mais ces 25 % qui sont entrées à l’assemblée nationale ne parlent même pas des droits des femmes. La plupart ne sont pas des militantes connues, même des groupes les plus réactionnaires. [ ...] Et naturellement, ils ne veulent aucune députée qui voudrait l’égalité entre hommes et femmes, ou une laïcité qui implique cette égalité » .

Au moment où elle a été enlevée, la journaliste italienne Giuliana Sgrena, qui travaillait pour le journal de gauche italien Il Manifesto , venait de passer plusieurs jours en compagnie des militantes de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak et avait visité les foyers.
Curieusement, Florence Aubenas préparait également, semble-t-il, un article sur la situation des femmes en Irak. Comme si le sujet ne devait surtout pas être évoqué... Mais si les attaques contre les journalistes ont été particulièrement médiatisées, elles ne sont qu’un aspect de la lutte contre les femmes qui exercent un métier public. Ainsi, l’assassinat, en plain Ramadan, de la danseuse Hinadi, de son vrai nom Ghedaa Saad Hassan, âgée de 27 ans, et vedette du groupe el-Portoqala, par un gang islamiste qui jugeait « pornographique » ses clips vidéos, parce qu’ils évoquaient l’amour entre filles et garçons, est significatif de la mentalité des groupes armés religieux .

On ne compte plus les tabassages de filles qui porte un jean, ou qui vont chez le coiffeur - plutôt que de cacher leurs cheveux sous un voile. Selon l’Olfi, c’est plus de 1000 étudiantes qui ont abandonné l’université depuis le début de la campagne de contrôle des facs par les islamistes. A Mossoul, c’est la doyenne de l’université de droit, Layla Abdula al-Adj Said, qui a été tuée par balle, puis décapitée, en même temps que son mari. Abul Iman Monem Younis, directrice du département du département de traduction, a subi le même sort, tout comme une dizaine de femmes exerçant des métiers publics, médecin, vétérinaire, fonctionnaires... Les traductrices qui travaillent pour des entreprises sont particulièrement visées. Comme l’écrit l’Olfi, « le simple fait d’être une femme est devenu un risque mortel » . Le sommet de l’horreur est atteint par la fatwa qui aurait été décrétée par le Conseil des Mujahidins de Falluja au moment de l’assaut américain, autorisant les combattants de la foi à épouser les filles dès l’âge de dix ans, avant qu’elles ne soient violées par les GI’s . L’authenticité de cette information est toutefois mise en doute par les milieux proches de la résistance, qui contestent rarement les données fournies par l’Olfi.

Les violences que subissent les femmes sont extrêmement révélatrices de la situation globale de l’Irak ; c’est sans doute la clef de lecture la plus pertinente de la réalité actuelle. La misogynie, ou pour reprendre le vocabulaire de l’Olfi, le « chauvinisme mâle » traverse - et nuance largement - l’opposition, entre partis de gouvernement alliés aux américains, et mouvement de résistance. L’état irakien n’a pas les moyens de mettre fin à la violence endémique, dont l’activité des gangs mafieux est bien plus responsable que celle de la guérilla urbaine, tandis que la société civile atomisée par l’ancien régime totalitaire peine à se donner les moyens de lutter contre elle par delà l’autorité de l’état. Et quand bien même il en aurait les moyens, il partage fondamentalement les fondements idéologiques de cette violence, comme le montre l’absence de véritable réaction, voire la franche hostilité à l’égard des femmes, du gouvernement régional nationaliste kurde dont le contrôle sur la situation est plus bien important que celui du gouvernement central. Investies par l’armée d‘occupation du devoir de moderniser la société irakienne, les forces politiques et sociales semblent dans l’incapacité de le faire. Il est significatif que les seuls espaces de liberté pour les femmes, où sortir sans voile ne soit pas un danger inconsidéré, où la violence soit prohibée, soient les quelques quartiers contrôlés par les groupes armés du Parti communiste-ouvrier en Irak, qui a fait de l’égalité hommes-femmes le fer de lance de son programme et de son activité politique. Au delà de sa définition politique, des théories qu’il développe, il est devenu le parti de la liberté sexuelle et de l’égalité entre les genres.

Nicolas Dessaux
Paru dans Courant Alternatif n° 148 d’Avril 2005

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La lutte des femmes en Irak
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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
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Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
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