Accueil du site - Contact

(Paris) Appel à coucher dehors

1/ compte-rendu de Solidarité Irak

2/ article de Libération

3/ article de l’Humanité

4/ photos


1/ Un Samedi avec les réfugiés par Olivier de Solidarité Irak

Samedi 18 juin,17h30, j’arrive au square-jardin Villemin, un peu en retard les préparatifs de la soirée en soutien des dizaines de réfugiés afghans, irakiens, iraniens qui vivent dehors dans les rues du 10ème arrondissement. Avec les membres du collectif de soutien des exilés du 10ème arrondissement, je diffuse le tract de « l’appel à coucher dehors » pour une nuit de protestation et de solidarité. Beaucoup nous disent qu’ils repasseront dans la soirée. Puis on décharge les plateaux de nourriture au frais. Avec Farouk, du collectif, on rebaptise la place avec des petits écriteaux « CAMP VILLEPIN , Fossoyeur des droits des étrangers ». Un enfant nous aide à en scotcher un sur les petits drapeaux en bois qui pointent au sommet du jeu de jardin.

Un grand drapeau « camping sauvage » a également été installé en bas du parc, où les soutiens commencent à affluer. Noro et Pierre de Solidarité-Irak viennent également participer à la soirée. Les réfugiés arrivent aussi par dizaines. Je discute avec plusieurs d’entre-eux, tous m’expliquent leurs parcours chaotique, depuis qu’ils ont fui leur pays depuis plusieurs années et le refus des autorités françaises de leur accorder le droit d’asile. La répression policière aussi, qui s’est encore renforcé depuis le retour de Sarkozy. Un réfugié nous explique par exemple qu’il a fui son pays où on l’avait condamné à 3 ans de prison pour....avoir vendu des vidéos pornographiques...Il nous avoue qu’une soirée comme cela, on ne peut pas en organiser en Iran. Solange improvise un discours de protestation contre la politique sécuritaire du gouvernement français et celle de l’Europe forteresse.

Comme je discute avec d’autres, des militants de Télé Bocal, la télé alternative parisienne me font une interview. Sylvain du collectif du 10ème fait de même. Un kurde qui fait une émission sur FPP me propose de prévoir une émission sur la situation du Kurdistan irakien. Nous échangeons nos coordonnées. Monseigneur Gaillot déambule parmi les présents sur les lieux et salue tout le mondeLes discussions se poursuivent dans la bonne humeur autour d’un pique-nique improvisé. Alors que la nuit tombe, de la musique arabe s’élève du square et certains se mettent à danser. Vers minuit trente, nous laissons les plus courageux, passer la nuit dans le parc. Après, nous apprendrons que le système d’arrosage automatique s’est mis en route vers 1h30, chassant les noctules, malgré la demande qui avait été adressé à la Direction des Parcs et Jardins de Paris pour que ceux-ci ne se déclenchent pas cette nuit-là. Décidément, les réfugiés ne sont pas les bienvenus en France !


2/ article de Libération
Nuit de solidarité pour les demandeurs d’asile

Le collectif du Xe s’est installé samedi soir, square Villemin à Paris, pour soutenir les exilés

par Gilles Wallon

Pour une nuit, le square Villemin, à Paris, a changé d’identité. Le Collectif des exilés du Xe a placardé un nom nouveau sur les arbres et les kiosques : « Camp Villepin, fossoyeur des droits des étrangers. » Samedi soir, ce réseau militant invitait les Parisiens à une nuit à la belle étoile dans ce petit poumon vert, coincé entre la gare de l’Est et les rives du canal Saint-Martin. Les demandeurs d’asile connaissent très bien le quartier. Afghans ou Kurdes irakiens, ils sont des dizaines à y dormir, en investissant la gare, les chantiers, les arcades des immeubles alentour. Cette fois, comme il y a deux ans, la mairie leur a accordé le square pour toute une nuit. « Apportez duvets, oreillers, lampes de poche pour cette nuit de solidarité », précisait le collectif à l’adresse des Parisiens. Mais ceux-ci se sont peu déplacés, encore moins avec des sacs de couchage.

Point de chute. Autrefois zone de transit d’exilés en partance pour Sangatte, le quartier s’est improvisé point de chute à la fermeture du centre, en décembre 2002. A Paris comme à Calais, le manque d’informations leur rend la vie impossible. C’est le cas de Shamsiddin, 19 ans, qui prend une voix douce pour parler de l’Afghanistan, quitté il y a trois ans. « Je suis complètement perdu », lâche-t-il, les yeux dans le vague. Son parcours est le même que celui de tous ces très jeunes gens, mineurs ou à peine majeurs, déjà écoeurés par l’accueil qui leur est réservé, et fatigués par des mois de voyage. Pour Shamsiddin, c’est d’abord la mort des parents dans un bombardement, la Turquie, l’Iran, la Grèce, avant Paris et la gare du Nord. Il rencontre ensuite les membres d’un réseau associatif qui tentent, avec peine, de pallier l’absence d’aides institutionnelles. « Les pouvoirs publics, dont la mairie de Paris, les maintiennent dans un manque total d’information, tempête Jean-Pierre Alaux, du Collectif des exilés. Ils veulent rester dans une indifférence, une discrétion face aux exilés dont nos sociétés s’accordent bien. Donc on les dissuade de déposer leurs demandes et ensuite, chiffres en baisse à l’appui, on fait croire que les exilés ne viennent plus. »

Vers minuit, ils affluent au contraire, par dizaines. Un élu Vert du Xe est présent, à titre personnel. Monseigneur Gaillot est passé lui aussi, le temps de fustiger un système qui « dépossède les plus faibles de leurs droits fondamentaux. » Le regard de Shamsiddin s’est durci. Il vide sa cannette et repense à la demande d’asile déposée en octobre 2003 à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), un organisme passé l’année dernière sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. « Ils m’ont posé quatre questions, ça a duré un quart d’heure. » Après cinq mois d’attente, rythmés par les soupes populaires, l’impossibilité de travailler et les nuits d’hôtel « à trois dans une chambre double », il a essuyé un refus, comme dans neuf cas sur dix. « Voilà une terrible fabrique de sans-papiers », estime Suzy, 59 ans, dans le collectif depuis sa création en mars 2003. « L’asile se règle en termes policiers. Ces jeunes ont quitté leur pays en catastrophe mais sont traités comme des suspects. On sait que leur demande ne sera pas acceptée. Alors comment leur conseiller de la déposer ? » Mustapha, Afghan de 23 ans, est amer : « Certains motifs de rejet sont vraiment dégueulasses. »

Fête. Dans la nuit, l’ambiance reste à la fête pour les quelques-uns qui dansent, au son d’un vieux poste à CD. D’autres se sont allongés par petits groupes et tentent de dormir un peu. Mais même cette nuit-là ne les aura pas épargnés : à une heure et demie du matin, l’arrosage automatique se déclenche et jette, une fois de plus, les exilés dans la rue.

“Libération”, 20 juin 2005
http://www.liberation.fr/page.php?Article=305257


3/ Camping sauvage solidaire
Le collectif de soutien des exilés du 10e arrondissement de Paris appelait, samedi, la population à coucher dehors.

"l’Humanité", 20 juin 2005

Pendant une nuit, au moins, les dizaines de réfugiés afghans, kurdes, irakiens, iraniens qui errent près de la gare de l’Est se sont sentis un peu comme les autres. Au square Villemin, rebaptisé « camp Villepin », entre canal Saint-Martin et gare de l’Est, une tente a symboliquement été plantée sous la banderole « Terrain de camping sauvage ». Le collectif d’organisations et de citoyens qui les soutient, créé en mars 2003, a invité riverains et Parisiens en général à passer une nuit à leur côté, à la belle étoile. Sauf que pour ceux que l’on surnomme les « exilés du 10e », c’est tous les soirs la même histoire qui se répète depuis plus de deux ans. Moustapha faisait partie de ceux-là.

Aujourd’hui, cet Afghan de vingt-trois ans a obtenu gain de cause. D’abord auprès de l’OFPRA dont la commission de recours a répondu favorablement à sa demande d’asile, après un premier refus. Auprès des pouvoirs publics, ensuite, en bénéficiant d’un hébergement d’urgence en hôtel, grâce à l’action du collectif. « Quand les taliban ont pris le pouvoir, je suis parti en Turquie. À mon retour en 2002, j’ai été arrêté par le nouveau régime. On me soupçonnait de vouloir militer dans l’opposition. J’ai fait dix jours de prison. Mon père a payé une caution et je suis reparti », raconte-t-il. Après avoir transité par l’Iran et la Turquie, Moustapha pose son baluchon en France. Mais pendant environ trois mois, il devra affronter la vie d’un sans domicile fixe. À présent, il continue de se battre pour ses anciens compagnons de rue qui y sont restés. Comme Amane, autre Afghan de vingt-trois ans, passé par la case Sangatte, et candidat pour la cinquième fois à l’asile.

Pour Jean-Pierre Alaux, membre du collectif de soutien, « la situation est pire qu’au début de la mobilisation, il y a deux ans ». Et ce chargé d’études au GISTI de constater une « arrivée massive d’Afghans depuis plusieurs mois ainsi qu’une montée considérable du nombre de mineurs ». Des jeunes soumis aux expertises osseuses pour contrôler leur âge, mais avec une incertitude de dix-huit mois. Hostilité, rejet, dissuasion, indifférence, le quotidien des demandeurs d’asile est aux antipodes du respect et de l’entraide que devrait susciter leur statut dans un État de droit.

Les exilés du 10e sont aussi la « patate chaude » des pouvoirs publics. La mairie et

l’État se renvoyant la balle et niant toute responsabilité. « Quand on est maire de Paris, avec une notoriété nationale, on peut dire des choses. Même si on n’a pas toutes les compétences pour résoudre le problème. Le silence du maire est un silence complice de la politique menée par les premiers ministres de Jacques Chirac », accuse Jean-Pierre Alaux.

Habitante du quartier, Emmanuelle Choppin est venue avec son mari et ses deux enfants pour pique-niquer en soutien aux réfugiés. « Je n’ai pas d’avis sur la politique d’immigration mais s’ils demandent l’asile, qu’ils puissent au moins attendre leur

réponse dans des conditions décentes. Ils sont sympathiques, très souriants et jamais inquiétants. On sent une grande dignité », précise-t-elle. Responsable nationale du secteur migrations au Parti communiste - et élue parisienne - Fernanda Marruchelli dénonce « un gouvernement qui attaque sur tous les fronts en généralisant la suspicion et en faisant jouer la division. Comme il ne réglera pas la question sociale, il tente de faire du chiffre », constate-t-elle. Après avoir arraché 140 places en hôtel, chapeautées par l’association France Terre d’Asile, le collectif réclame un véritable lieu d’accueil et d’information pour les demandeurs d’asile. En cours de préparation, un guide traduit en plusieurs langues. Une fois encore, pour suppléer aux carences des pouvoirs publics.

Ludovic Tomas

www.humanite.presse.fr/journal/2005-06-20/2005-06-20-808936



4/ Photos prises par Anne Rohm

JPEG - 41.4 ko
JPEG - 37.8 ko
JPEG - 38.5 ko
JPEG - 35.3 ko
JPEG - 47.8 ko
JPEG - 40 ko
JPEG - 40.9 ko
JPEG - 38.5 ko
JPEG - 24.5 ko
JPEG - 36 ko
JPEG - 31 ko
Traductions
English
Italiano
Deutsch
Castellano
Other
Português

Thèmes
Situation sociale
Mouvement social
Femmes
Laïcité
Vie de l’asso
Résistances
Moyen Orient
Occupation
Analyses
Réfugié-es
Actions
Témoignage
Photo
Prisons
International
Minorités sexuelles

Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

Dernières nouvelles
- Important New Support for OWFI’s Work from European Funders(OWFI - 12 février 2017)
- Bread Baking Stoves and Supplies Empower Women in IDP Camp to Feed and Support Many Others(OWFI - 12 février 2017)
- OWFI Sheltering More Women than Ever Before(OWFI - 12 février 2017)
- The city of Mosul is devastated.(OWFI - 12 février 2017)
- In Conversation : Yanar Mohammed on trafficking in Iraq(OWFI - 22 juin 2016)
- From where I stand : Yanar Mohammed(OWFI - 22 juin 2016)
- OWFI Statement(OWFI - 19 mars 2016)
- OWFI held the founding event of organizing a Black-Iraqi Women’s gathering on 16th of February(OWFI - 19 mars 2016)