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Iran : dictature et résistance. Interview d’un Iranien réfugié politique en France.

La classe dirigeante est parvenue à se construire un paradis sur terre pour elle-même, alors que la « république islamique » est un enfer pour le peuple.

Interview d’un Iranien réfugié politique en France. Dans notre dernier journal nous montrions sur quoi se fondait les amicales relations de l’État français avec le régime dictatorial des mollahs. Dans cette interview c’est le vrai visage de la dictature que nous dévoilons.

Partisan : Pourquoi as-tu choisi de te réfugier en France ?

R. : Les tribunaux français commencent toujours leurs jugements par « Au nom du peuple français ». C’est en son nom que le statut de réfugiés politiques m’a été refusé. La France que je connaissais, la France à qui je demandais refuge, c’était la France que Jean Ferrat chantait celle qui « donne le vertige aux peuples étrangers ». La même que les immigrés ont défendue au côté du peuple français pendant la Commune de Paris en 1871, comme pendant la Résistance antifasciste.

Je viens d’Iran, dans les médias d’ici soit on parle de ses tapis ou de son pétrole, soit on parle des Mollahs au pouvoir et de son peuple qui se soumet à un régime de dictature.

Quel est le vrai visage de l’Iran d’aujourd’hui ?

Ces 8 dernières années, avec l’arrivée au pouvoir de Khatami, les médias français le présente comme un apôtre de la tolérance. Ils disent que les choses vont mieux en Iran, que malgré les lapidations et les mutilations le pays marche vers les « droits de l’homme ». Mais quel est le vrai visage de l’Iran aujourd’hui ? Pas besoin de télescopes ou d’outils complexes d’observation, ce visage est même bien visible à des touristes de passage. C’est celui d’un régime barbare, et ce n’est pas que l’exploitation, l’esclavage du peuple, la torture, les exécutions, les emprisonnements,... C’est un régime qu’on n’a pu voir nul par ailleurs durant ces 50 dernières années. C’est le visage d’un peuple qui malgré tout n’a pas cessé de résister pour la démocratie, pour la justice sociale ; et qui pour cela a perdu pas moins de 70 000 de ses enfants dans son opposition politique.

L’Iran est présenté comme un pays riche...

Evidemment, l’Iran possède la 4ème réserve mondiale de pétrole et la 2ème réserve de gaz. Le pays est riche mais 2 millions d’enfants iraniens vivent dans les rues (sur une population de 70 millions !) ; 11% des enfants ne mangent pas à leur faim, 60% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté alors que 80% des richesses sont aux mains de 20% de la population. Le taux officiel de chômage est de 13%, il avoisinerait en réalité les 20%, selon des spécialistes. Le 12 décembre 2003, il a fait très froid à Téhéran, le lendemain les journaux ont rapporté que 40 SDF étaient morts dans les rues. L’hiver dernier, toujours selon la presse officielle, sur tout le territoire iranien pas moins de 150 SDF sont morts de froids, l’un d’entre eux a été mangé par des loups affamés. Le trafic d’organes est un phénomène banal dans mon pays, rien qu’à Téhéran vous pouvez voir sur tous les murs des affichettes : des chômeurs vous proposent leur rein ou une autre partie de leur corps à vendre.

21% de la population souffrirait de problèmes mentaux en 2003, plus du quart de la population féminine est touché. En 2001, environ 30 femmes sur 100 000 se sont immolées par le feu et cette forme de suicide est en constante augmentation. Toutefois l’islamisme officiel se porte bien : seulement à Téhéran on compte 550 bordels et 84 000 prostituées, certains bordels étant placés sous la haute protection des dignitaires du régime. Les militaires islamistes trustent tous les postes à responsabilité. En 2001, le ministre de l’éducation a déploré que 220 000 cadres scientifiques auraient quitté le pays au cours de la seule année 2000. L’Iran es officiellement le champion du monde de la fuite des cerveaux.

A qui profitent alors toutes les richesses ?

Aux mollahs. Après leur prise du pouvoir en 1979, ils ont fait main basse sur les banques, les hôtels, les usines automobiles, les industries chimiques et pharmaceutiques et sur toutes les valeurs essentielles. Ces capitaux ont été transférés à des fondations dites « de bienfaisances », placées sous le contrôle de mollahs. En 2002, 10 à 20 % du produit intérieur brut du pays étaient aux mains de ces fondations. En fait de « bienfaisance », ces fondations répandent leurs bienfaits sur les mollahs. Et chaque année, 2 milliards de dollars US quittent le pays en direction de paradis fiscaux. Actuellement il y a 50 familles milliardaires en dollars. Elles vivent du pillage des biens publics, s’enrichissent grâce au trafic de drogue et de femmes dans tous les pays du golfe persique. Elles sont parvenues à se construire un paradis sur terre pour elle-même, alors que la « république islamique » est un enfer pour le peuple.

Tu dis que les femmes sont les premières victimes de ce régime ?

Vous connaissez l’obligation faite aux femmes de porter le voile et cela même si elles ne sont pas musulmanes. Ce n’est que la partie visible de l’oppression qui s’étend à tous les domaines de la vie . Selon le guide spirituel Khomeiny « la femme qui a contractée un mariage, n’est pas autorisée à sortir de chez elle sans la permission de son mari, elle doit être à sa disposition pour chacun de ses désirs et ne doit se refuser à lui sans raison religieuse valable ».

Depuis le 19ème siècle la femme iranienne lutte pour ses droits ; mais le gouvernement islamique s’est attaqué, dès sa fondation, aux droits acquis de haute lutte. Le code civil interdit le mariage des filles avant l’âge de la puberté, mais la loi considère que les filles sont pubères à 8 ans et 8 mois. Pire cette limite peut être levée sur simple demande du père, qui peut alors marier sa fille dès qu’elle est née... On mesure toute l’horreur, toute la barbarie d’une telle loi !

Dans les zones rurales, de nombreuses filles sont vendues à des hommes de plus de 50 ans. Le gouvernement islamique à tout fait pour rendre impossible le travail des femmes. 9% des femmes peuvent avoir une activité professionnelle aujourd’hui. La loi iranienne est fondée sur la « loi du sang » : l’auteur d’un meurtre ou de la perte d’un organe doit payer à sa victime ou à sa famille une amende proportionnelle. Toutefois le meurtre d’une femme n’est sanctionné que par la mutilation d’un testicule. La vie d’une femme ne vaut pas plus que celui d’un testicule !

Triste tableau ! Mais ne nous as-tu pas parler d’une forte résistance populaire ?

Après la fondation du nouveau régime les femmes, les étudiants, les ouvriers, les minorités nationales se sont soulevés contre lui, comme ils s’étaient déjà soulevés contre la féroce dictature du Shah. Le régime a chassé les femmes à coup de matraque, il a bombardé le Kurdistan iranien à l’arme lourde, il a fermé les universités pendant 2 ans,... Mais jamais le régime n’est venu à bout de la résistance populaire. Il n’est jamais parvenu à faire taire les cris du peuple.

Les investisseurs étrangers n’osaient plus investir en Iran de peur de se voir chassé par une nouvelle révolution. Les investisseurs, tout comme les Mollahs au pouvoir avaient donc besoin de donner au pays une nouvelle image plus tranquille, plus pacifique. C’est ainsi que fût mis en place le souriant Khatami en 1997, que les médias ont présenté comme un « réformiste ». Sans compter que selon un conseiller du même Khatami sans changement le « régime aurait été renversé dans les 2 ans ». Malgré tout Khatami et ses soutiens ne font plus aujourd’hui illusion aux yeux du peuple iranien, car la répression n’a pas cessé de s’accroître.

Le Shah avait été un instrument des USA, et Khomeiny a eu tout le soutien des européens ?

L’Iran est un des pays qui, depuis le 17ème siècle, est le terrain d’affrontement des intérêts contradictoires des grandes puissances mondiales coloniales et impérialistes. Dans les années 50 du siècle dernier l’Iran était en première ligne du camp capitaliste contre l’Union Soviétique. Après l’effondrement de celle-ci il est devenu l’un des terrains de rivalité entre les USA, l’Allemagne et la France. En 1988, le ministre français de la Défense, JP Chevènement, déclarait au sujet de la guerre Iran/Irak : « il faut revenir à l’importance décisive de cette région dans l’apprivoisement pétrolier du monde. Qui tient cette région, tient l’équilibre financier de la planète. Alors, on n’a jamais le choix entre le bien et le mal, on a le choix entre ce qui est horrible et ce qui est affreux ».

Cela pourrait être la conclusion de cette interview. Le cynisme de cette analyse constitue toujours le principe dirigeant de la politique française en Iran. Et la démocratie tant vantée par les médias français n’existe que pour la liberté du commerce, pour la liberté des « affaires ». Si les dirigeants européens cherchaient vraiment où en étaient les « réformes » et les « réformateurs », il leur aurait suffit de regarder la terrible situation des populations. Et au lieu de « négociations » en coulisses avec les soi-disant réformateurs, ils auraient mieux fait de parler aux représentants des opprimés. Il semble donc évident que les dirigeants européens ont basé leur tournant à l’égard du régime des Mollahs sur les seuls intérêts économiques des capitalistes internationaux.

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Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
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Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
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Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
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Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
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