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Les partis s’organisent pour construire l’après-Saddam

Les uns occupent un local délabré du centre-ville, au fronton duquel ils ont tendu un calicot annonçant la couleur aux sens propre - rouge - et figuré : "Parti communiste ouvrier irakien" (PCOI). On entre chez eux comme dans un moulin, ou presque, mais des hommes en armes sont discrètement installés à l’intérieur. Les autres ont investi, "avec l’aide de la coalition anglo-américaine", le palais de l’un des anciens dignitaires du régime, desservi par un petit tronçon de route privée. Ici, au siège de l’Alliance des tribus irakiennes, on passe de main en main, si l’on peut dire, avant de parvenir au grand salon dallé de marbre où le maître des lieux tient diwan (assemblée).

Ces deux formations se situent aux antipodes du paysage politique de l’après-Saddam Hussein qui a vu fleurir, dit-on, plus de 120 partis ou mouvements. D’un côté, l’extrême gauche donc ; de l’autre, la tradition la plus pure. Elles ont néanmoins en commun de ne pas faire partie du Conseil intérimaire de gouvernement (CIG)(appelé aussi Conseil de gouvernement transitoire), mis sur pied le 13 juillet, que le PCOI tient pour un organisme fantoche. Au passage, il accuse le Parti communiste historique, le PCI, qui en fait partie, d’avoir vendu son âme. A l’inverse, l’Alliance des tribus soutient avec réserve le CIG, dont elle aurait souhaité faire partie.

La priorité d’Issam Choukri, membre du comité central du PCOI, est aujourd’hui d’organiser les membres de l’Union des chômeurs, une association que son parti a mise sur pied après la guerre et dont il est le coordonnateur pour les relations extérieures. Il affirme qu’à ce jour "près de 125 000 sans-emploi, des salariés au sens large, ont adhéré à l’Union sur l’ensemble du territoire, dont 25 000 rien qu’à Bagdad", et que l’écrasante majorité d’entre eux sont au chômage à cause de la guerre, "les industries ayant été détruites ou fermées, les infrastructures endommagées et les institutions officielles étant en panne".

Ces chiffres, précise-t-il, concernent la seule Union patronnée par le PCOI, le taux de chômage au niveau national étant impossible à évaluer. A en croire M. Choukri, "60 % à 70 % de la classe ouvrière" est actuellement au chômage.
Issam Choukri excelle dans le discours marxiste classique. Mais son organisation a au moins le mérite, aujourd’hui, d’être la seule audible pour défendre les intérêts des Irakiens socialement sinistrés. Cela fait plus d’une semaine que l’Union des chômeurs organise des manifestations de rue et des sit-in devant le siège de l’administration américaine de l’Irak. L’union réclame l’octroi "immédiat" de la Sécurité sociale et une indemnité mensuelle de 100 dollars aux chômeurs. Les discussions avec les autorités américaines ayant été vaines, Issam Choukri redoute que certains chômeurs, conduits au désespoir, soient tentés par la nostalgie du parti Baas, voire par le recours à la violence, que lui-même et son parti récusent totalement.

Yanal Mohammed, l’une des fondatrices de "l’Organisation pour la liberté de la femme", reçoit au siège du PCOI auquel, assure-t-elle, son organisation s’est adossée pour obtenir un soutien moral, financier, ainsi qu’une protection physique. Il faut dire que ses revendications ne sont pas de nature à faire l’unanimité - c’est peu dire - dans un pays où l’islam, la tradition et les codes tribaux sont rois et n’accordent à la femme, au mieux, qu’un statut de seconde zone.

L’organisation milite pour le respect des droits des femmes, totalement bafoués, selon elles, depuis des années, du nord au sud de l’Irak. Les femmes, assure Yanal Mohammed, parfois chiffres et législation à l’appui, ont été, entre autres, victimes de centaines de crimes d’honneur non seulement autorisés mais applaudis ; elles ont été soumises à une forte pression des islamistes pour le port du voile et ont été les premières concernées par les dégraissages dans la fonction publique. Sans parler de leur statut dans le sud du pays, où elles sont considérées comme simples "objets d’échanges" et privées de tout droit. Aussi l’organisation réclame-t-elle une législation qui institutionnalise l’égalité entre l’homme et la femme, garantisse la séparation de l’Etat et de la religion, interdise toute forme de violence contre les femmes, toute coercition dans le port du voile, ainsi que toute discrimination sexuelle au niveau de l’enseignement et assure une égale participation des femmes dans tous les domaines de la vie publique.

Au siège de l’Alliance des tribus irakiennes, des visiteurs en tenue bédouine défilent, pour présenter pétitions et hommages au président, cheikh Abdel Manaf Abdel Hassan Mayawek, un ancien colonel de l’armée irakienne. "Les tribus émanent de la volonté de Dieu", dit l’un, citant le Coran. "Elles sont un élément constitutif essentiel de l’Irak et de l’ensemble du monde", renchérit un autre, alors qu’un troisième tresse des lauriers au président qui est à l’initiative de ce rassemblement. Un factotum se charge entre-temps de compléter des formulaires pour des cartes d’identité "que la coalition nous a promis de délivrer pour les cheikhs des tribus", explique le cheikh Mahayek.

L’Alliance, dit-il, regroupe au total "plus de 750 tribus, arabes dans leur écrasante majorité, mais aussi kurdes, turcomanes et autres", dit le cheikh. Son programme, dont il n’est pas peu fier, brosse à grands traits une vision de l’Irak souhaité : attachement à l’unité du territoire irakien, réconciliation nationale, démocratie, liberté de pensée, dialogue national pour jeter les bases d’une Constitution et établissement d’un Etat de droit. L’Alliance revendique aussi "le droit des tribus à publier des journaux et à disposer d’organes d’information qui disent la vérité, loin de toute censure" et celui de "jouer un rôle dans l’instauration de la sécurité, la création d’emplois et la remise sur pied de tous les services publics".

Mouna Naïm

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 10.08.03

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Thèmes
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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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