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Pour les enfants, le droit au bonheur est aussi nécessaire que l’air et l’eau

Azad Ahmed milite pour la défense des droits des enfants en Irak depuis plusieurs années. Témoin de la situation très difficile des enfants victimes de l’occupation et de la guerre civile, il expose les difficultés quotidiennes des enfants : la drogue, la prostitution, l’absence de scolarisation et de soins ainsi que l’enrôlement abusif dans des groupes réactionnaires

Quels sont les principaux problèmes des enfants en Irak ? Combien d’enfants sans abri dorment-ils la nuit dans la rue ?

Les enfants d’Irak sont confrontés à maints problèmes. Le plus crucial est celui de l’insécurité, comme c’est le cas pour l’ensemble de la population. Mais cela a plus de répercussion sur les enfants. Vous avez certainement entendu parler de l’attentat, d’il y a quelques mois, dans le quartier « le nouveau Bagdad », qui a entraîné la mort de trente-trois enfants ; sans compter l’attentat du pont des imams [le mouvement de foule lors de la procession religieuse chiite en septembre 2005. NdT], à El Adhamia, où des centaines d’enfants ont péri. Ces drames sont quotidiens. Le problème ne s’arrête pas au seul moment de l’explosion d’une bombe et la mort de plusieurs enfants qu’elle entraîne. L’insécurité a aussi des conséquences incalculables sur les survivants et sur les divers aspects de la vie des enfants. Que l’on se représente les traumatismes psychiques que provoquent chez ces derniers ces explosions et les tueries de dizaines de personnes, qui sont parfois décapitées ou dont le corps est déchiqueté ou les oreilles coupées.

Les enfants irakiens sont privés du droit au bonheur, qui est aussi nécessaire que l’air et l’eau. La violence conjugale et inhumaine, les travaux durs, une scolarisation insuffisante et la rareté des livres, l’absence de services sanitaires, de lait, d’aires de jeux, d’eau, d’électricité et la pauvreté des familles concourent à la misère des enfants d’Irak. Il s‘y ajoute une autre calamité : la drogue. Selon le ministère irakien de la Santé, 7000 mille enfants s’y adonnent seulement à Bagdad. Le pire, est que le gouvernement ne fait rien pour enrayer ce phénomène.

De plus, des enfants de 6-7 ans sont agressés sexuellement et des fillettes de 10-12 ans sont mises enceintes, des enfants sans abri dorment sur les trottoirs et se nourrissent d’aliments qu’ils ramassent dans les bennes à ordures. Nous avons tourné un film documentaire sur ce thème. On y voit des dizaines, voire des centaines d’enfants dans le quartier de Batawine, dans la capitale, qui décrivent leur situation, en réponse aux questions de Chir Zad Fateh, le responsable extérieur du centre des enfants, lors de sa visite en Irak, l’année dernière. Ce documentaire, qui est traduit en suédois, montre les multiples bébés abandonnés, chaque matin, dans les ruelles situées derrière et aux abords des maternités, parce que leurs pères et leurs mères ne veulent pas les garder, ou parce qu’ils sont nés de relations sexuelles extraconjugales.

Avec un peu de la chance, un inconnu les recueille. Mais le plus souvent, ils sont dévorés par les chiens et les chats, ou bien meurent de faim, de froid ou de chaleur.

Je ne dispose pas à portée de main de statistiques précises concernant les enfants abandonnés et les enfants sans abri, mais je peux vous certifier qu’ils sont des milliers à ne pas bénéficier de secours ni de l‘Etat ni d‘aucun parti.
L’autre fléau, c’est la domination des formations politiques et des organisations islamistes, nationalistes et réactionnaires sur l‘Irak. Ils font subir à des dizaines de milliers d’enfants, âgés entre 6 et 15 ans, un lavage de cerveau dans les mosquées et dans leurs locaux. Ils leur inculquent l’ignorance, les légendes, la violence et les brimades envers les femmes et les enfants, le non-respect de la vie humaine, afin de faire d’eux des volontaires pour les attentats-suicides au nom du martyre.


Quelle est la situation des femmes enceintes et quel est le nombre de maternités ?

Plusieurs hôpitaux disposent de maternités dans les villes. Mais elles sont incapables de faire face aux besoins quotidiens. Aussi, la moitié des accouchements ont lieu en dehors de ces établissements, et par conséquent hors de tout contrôle médicale. Ce qui met quelquefois en danger de mort la vie de ces femmes, ou provoquent chez elles des lésions irrémédiables, ou des maladies qui nécessitent un long traitement, telles que la frigidité, etc.

Elles sont également en butte à l’hostilité de médecins et d’employés médicaux. Cette attitude rend encore plus difficile leur accouchement et suscite chez elles la peur, au point de conduire nombre d’entre elles à se détourner des hôpitaux.

Elles sont aussi confrontées au manque de médecins et de médicaments, à la pénibilité des tâches à l’intérieur du foyer et à l’extérieur, et au machisme. C’est ainsi que, si une femme accouche d’une fille, les mentalités rétrogrades, tribales, réactionnaire et viriles la briment et la font souffrir énormément sur le plan psychologique. Tandis que la femme, qui a donné naissance à un garçon, est traitée autrement.

Le Centre de défense des droits de l’enfant en Irak est-il actif ?

Malgré l’absence de soutien de la part des organismes spécialisés de l’Etat, ce type de centre existe en Irak, depuis 1999, et active grâce à la persévérance d’Irakiens épris de liberté. Nos actions à Bagdad et dans quelques villes du sud du pays remontent à après la chute du régime fasciste baasiste. Nous avons depuis pas mal avancé pour protéger les enfants en grande difficulté.

Nous essayons d’obtenir des soutiens à l’intérieur ou à l’extérieur de notre pays pour entre autres prodiguer les soins aux enfants abandonnés et aux enfants victimes de maladies incurables en Irak.

Parallèlement, nous luttons pour faire connaître les droits des enfants dans la société, pour l’éradication de la violence dont ils sont victimes, et plus généralement pour mettre fin aux malheurs des enfants irakiens.


Qu’en est-il de la consommation de la drogue par les jeunes en Irak ? Ce phénomène est-il nouveau dans votre pays ?

Compte tenu de son ampleur, oui, ce phénomène est nouveau dans mon pays. Il existe actuellement en Irak des centaines de groupes maffieux armés, qui s’adonnent à ce trafic. Ils sont de mèche avec des responsables dans le gouvernement et dans les partis et organisations islamistes et nationalistes armés. Le commerce de la drogue est l’une des activités les plus lucratives. Conséquence : des dizaines de milliers d‘Irakiens, pour la plupart des jeunes et des enfants, sont touchés par ce fléau qui hypothèque la vie de cette génération.

Cette situation diffère-t-elle sensiblement entre d’une part le Kurdistan et d’autre part le centre et le sud de l’Irak ?

Oui, il existe une différence. Sur le plan sécuritaire, par exemple, la situation est beaucoup plus calme au Kurdistan, que dans le centre et le sud de l’Irak. Il existe au Kurdistan une organisation et une coordination introuvables, dans le reste du pays. Pour autant, cette comparaison ne signifie pas que la population, notamment les femmes et les enfants vivent bien dans cette région.

Au contraire, le travail des enfants et la violence à leur encontre, l’insuffisance scolaire et de terrains de jeux, de médecins et de médicaments, les crimes d’honneur contre les femmes et l’inégalité entre les sexes aux dépends de celles-ci, la corruption dans l’administration, les atteintes aux libertés, la pauvreté, l’absence d’infrastructures vitales telles que l’eau courante, l’électricité, les rues et les routes goudronnées sont le lot du peuple. Cependant, le problème le plus important est relatif au destin politique du Kurdistan, qui reste suspendu... L’année passée, des dizaines de milliers d’Irakiens ont participé à plusieurs manifestations et à d’autres formes de protestation, car la belle vie, la prospérité sont réservées aux autorités et à leurs proches, ainsi qu’aux riches.


Comment les habitants d’Europe peuvent-ils aider les enfants d’Irak ?

Les habitants d’Europe peuvent aider les enfants d’Irak de plusieurs façons, dont la plus importante est qu’ils manifestent pour exiger la fin de l’occupation de l’Irak et du chaos qu‘elle a engendrée. Cette situation est l’une des conséquences politico-militaires directes provoquées par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et leurs alliés. Car avec la fin de l’occupation, disparaîtra un problème important pour les enfants d’Irak.

Ils ont également un besoin crucial de médicaments, de vêtements, de médecins, de centres de repos...

Nous projetons pour notre part d’ouvrir un asile pour les enfants abandonnés et les enfants sans abri, mais nous sommes confrontés au manque de moyens.

Aussi, nous demandons aux personnes éprises d’humanisme et de liberté en Europe de faire porter notre voix dans le monde et d’aider les enfants d’Irak, selon leurs possibilités.

Afin qu’ils puissent contribuer à la réussite de ce projet, ils trouveront notre adresse électronique pour nous écrire, et notre compte bancaire sur notre site Internet www.santarimnalan.com, lequel est rédigé en arabe, en kurde et en suédois.

Entretien réalisé par Nicolas Dessaux traduit par Hakim Arabdiou (21 octobre 05)

Traductions
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Thèmes
Situation sociale
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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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