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Au milieu du chaos, le Congrès des libertés choisit la résistance sans le terrorisme

En mars 2003, il était possible de se rassembler sur un mot d’ordre simple : non à la guerre. Aujourd’hui, la complexité de la situation rend difficile l’émergence d’un véritable mouvement contre la guerre. Dans tous les pays qui n’ont pas ou plus de troupes sur place - ceux où les retours de cercueils ne rappellent pas que l’Irak est un pays en guerre -la mobilisation est inexistante ou presque.

Or, la guerre se poursuit en Irak. Plus de 100’000 morts, selon l’évaluation proposée par la revue médicale britannique The Lancet. Le scénario en était prévisible, puisque Saddam Hussein avait mis en application, sans doute dès le milieu des années 1990, une stratégie par les USA durant la guerre froide le stay behind (« rester à l’arrière ») : constituer des caches d’armes et d’explosifs, ainsi que des réseaux clandestins de soutien logistique et militaire, pour être en mesure de déclencher la guérilla urbaine dès les premiers jours de l’occupation. Georges W. Bush cherchait des armes de destructions massives, il trouve face à lui une formidable concentration d’armes de poing et d’explosifs artisanaux. Cette stratégie n’a d’ailleurs pas bénéficié aux seuls baasistes, puisque la mouvance jihadiste internationale, représentée par al-Qaeda, a trouvé en Irak le champ de bataille idéal pour faire avancer ses propres objectifs.

Cela dit, la propagande qui identifie l’action des USA en Irak à une lutte acharnée contre l’islamisme est démentie dans la pratique. La coalition militaire s’appuie en effet sur des partis religieux comme le parti chiite Dawa, majoritaire au parlement. Celui-ci a récemment rapatrié ses troupes stationnées en Iran, les Brigades Badr, pour les intégrer l’armée régulière _ sans pour autant renoncer à s’en servir comme milice chargée de l’ordre moral, concurrente de l’armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr. Ces milices chiites interdisent aux femmes de circuler sans voile, d’exercer un travail à l’extérieur, s’attaquent aux magasins d’alcool (tenus par des chrétiens), voire... aux salons de coiffure, jugés immoraux. C’est un scénario qui évoque celui qu’a connu l’Algérie dans les années 1990.

De l’autre côté, malgré les rodomontades présidentielles sur le retour à la démocratie, les forces d’occupation, dont les USA constituent le principal contingent, mènent la guerre selon les méthodes éprouvées de la contre-insurrection. Inventées au sein de l’armée française lors de la guerre d’Algérie, cette stratégie avait été exportée dans les dictatures d’Amérique latine et les écoles militaires américaines, avant d’être mises en application en Afghanistan et en Irak. Les tortures pratiquées à Abou Ghraib, ancienne prison baasiste, ont rendu hostile aux USA une population civile qui leurs accordaient jusque-là une sympathie mêlée de scepticisme.

D’autres forces existent

Existe-t-il, en Irak, des forces politiques porteuses d’un autre message, d’autres valeurs, fondées sur la société civile plutôt que sur le recours systématique à la violence ? La réponse est oui. Elles s’appuient principalement sur les syndicats réunis dans la Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak (Fcosi). A L’origine de cette nouvelle fédération, la lutte menée par le Syndicat des chômeurs, formé en mai 2003 par un vétéran du syndicalisme clandestin, Qasim Hadi. A l’issue de quarante-cinq jours de sit-in menés devant le siège de l’administration américaine pour obtenir la création d’une indemnité de chômage (70% de la population est sans emploi !), Qasim avait été arrêté avec cinquante camarades, puis relâché sous la pression de la solidarité internationale.

Quelques mois plus tard, à l’automne 2003, une vague de luttes sociales provoquées par la hausse vertigineuse des prix, les diminutions de salaire et le maintien par les autorités d’occupation des directeurs d’usine baasistes, vient rappeler que la classe ouvrière irakienne est toujours capable de lutter malgré les années de dictature. De nouveaux syndicats se créent et viennent se joindre au Syndicat des chômeurs pour former la Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak. C’est Falah Alwan, compagnon de clandestinité de Qasim Hadi durant les années de dictature, qui en devient le secrétaire général.

La nouvelle fédération pose quelques principes essentiels à son action : libres élections des délégués syndicaux, programme social ambitieux, refus des divisions ethniques et religieuses, rejet l’occupation militaire, pleine égalité hommes-femmes. Ce dernier point prend tout son sens dans le contexte irakien. Dans ce domaine, le syndicat est soutenu par l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (Olfi), fondée par Yanar Mohammed, une féministe de retour d’exil, qui malgré les menaces de mort et les attaques virulentes dans la presse islamiste, s’est imposée comme une figure des droits des femmes reconnue à l’échelle internationale. Créant des foyers d’accueil pour les femmes menacées de meurtres d’honneur par leurs familles, elle s’est publiquement opposée à l’instauration de la charia, et continue de lutter contre le projet de constitution qui fait de celle-ci l’un des fondements de la législation irakienne.
Un Congrès des libertés en Irak

Rejoints par des personnalités universitaires, culturelles et sportives, des formations politiques _ dont le Parti communiste-ouvrier d’Irak, principale formation d’extrême gauche dans ce pays _ et des organisations non-gouvernementales comme les Comités pour le maintien des rations alimentaires ou l’Organisation pour la protection des enfants, ces organisations ont formé un front commun, le Congrès des libertés en Irak (IFC).

Celui-ci développe une stratégie politique et militaire, fondée sur le développement de la société civile, son auto-organisation, et la création de zones libérées, protégés des exactions des forces coalisées, des milices religieuses, des organisations terroristes et des gangs maffieux. De telles zones existent déjà dans deux quartiers de Bagdad, al-Furyat et al-Jihad, et le mouvement continue de s’étendre. S’il dispose de gardes armés chargés de protéger les habitants du quartier, le Congrès des libertés privilégie les luttes sociales, le travail humanitaire dans les camps de réfugiés et les quartiers ouvriers et les manifestations pacifiques, comme celle qu’il a organisé le 24 septembre 2004 à Bagdad à l’occasion de la journée internationale contre l’occupation en Irak.

L’existence du Congrès des libertés en Irak ouvre de nouvelles perspectives pour le mouvement contre l’occupation militaire et pour la paix en Irak, car il permet de s’appuyer sur des forces progressistes, avec un programme social clair, un ancrage dans la société civile, et qui n’a pas recours au terrorisme. Soutenir ce congrès des libertés et ses composantes féministes et syndicales permet d’intervenir de façon positive dans la situation irakienne en donnant les moyens concrets de ramener la paix et l’espoir pour la population civile.

C’est le choix qu’on fait plusieurs organisations, notamment au Japon, du Comité de soutien à la résistance civile en Irak, ou en France, de l’association Solidarité Irak, mais aussi de syndicats aux USA, en Grande-Bretagne, en Australie,... En France, l’association mène un patient travail de contacts auprès des syndicats et des organisations de gauche, ainsi qu’une large diffusion d’informations par le biais de traductions et d’interviews, afin de faire connaître le combat des progressistes irakiens contre l’occupation et le terrorisme, et de mettre en place une solidarité concrète. En Suisse, où réside Aso Jabbar1, représentant en Europe de la Fédération des conseils ouvriers et syndicats, une telle initiative pourrait voir le jour.

Nicolas Dessaux,
Solidarité Irak
paru dans « Une Suisse sans armée » n° 67 (automne 2005), p. 11-12.

Traductions
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Thèmes
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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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