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L’Irak, un nouveau Vietnam ?

ou Ce que les Vietcongs pensent de la résistance irakienne

L’Irak, un nouveau Vietnam ? Tran Dac Loï aimerait en être sûr. Le secrétaire général de la Fondation Paix et Développement au Vietnam a grandi à Hanoi, sous les bombes de l’US Air Force. Au même moment, son père participait à la guérilla victorieuse dans les montagnes au cœur du pays.

Trente années plus tard, Tran est aujourd’hui un idéologue important du gouvernement communiste vietnamien. Interrogé sur la résistance irakienne, son point de vue est clair.
« Nos luttes étaient bien organisées. Nous avions un discours et des contacts officiels, mais en Irak vous ne savez jamais qui est dans la résistance et quels sont leurs objectifs, explique Tran dans une interview à IPS. Bien sûr, tous les combattants veulent mettre les Américains dehors, mais ils n’ont pas de programme politique unifié. » Tran considère que, d’après ce qu’il en voit, c’est un sérieux problème pour la résistance irakienne.

En Irak, le besoin de se révolter découle d’abord des souffrances occasionnées par l’occupation. Une bonne partie de ses effectifs est composée de simples Irakiens ayant eu des parents assassinés ou emprisonnés par les forces U.S. et qui veulent se venger.

« Cette sorte de résistance conduit nulle part, remarque Tran. La résistance doit avoir des objectifs clairs. Les nôtres étaient l’indépendance et le socialisme. Pas la réaction mais la révolution. »
La plupart des opposants à l’occupation en Irak ont créé des groupes avec porte-parole et programme politique. Mais, pour Tran, toutes ces organisations sont vouées à l’échec parce qu’elles sont construites sur des bases ethniques ou religieuses.

Par exemple, le mouvement de Muqtada Sad’r attire d’abord une population défavorisée qui est essentiellement chiite. Cette organisation administre certains quartiers chiites pauvres tout en prêchant l’établissement d’un état islamique.

Si un tel programme d’actions a permis à Sad’r d’emmagasiner des millions de partisans, cela l’empêche d’attirer des soutiens au-delà de cette base.

D’après Tran, la situation est la même pour les sunnites fondamentalistes. La rigoriste Association des Uléma apparaît régulièrement sur les chaînes satellites arabes mais leur importance ne dépasse pas les frontières du pays.

Tran pense que l’absence d’un programme politique pan-ethnique peut amener les groupes minoritaires à s’allier avec l’occupant pour assurer que leurs droits culturels sont protégés. En Irak, c’est ce qu a amené les Kurdes et leur guérilla de plus de 100 000 pehsmergas à s’allier avec les USA.

« L’absence d’un programme politique clair est dans l’intérêt des USA » explique Tran. « Dans ce cas, ils peuvent prétendre qu’ils vont résoudre les problèmes entre vous, alors qu’ils sont en train de vous dominer ».

Alors que les forces d’occupation ont interdit le parti baasiste laïque - qui continue d’exister à travers des groupes indépendants en Irak ou en exil en Syrie et en Jordanie - il n’y a rien à gagner à se fier à ces groupes minoritaires.

C’est le cas classique du « diviser pour mieux régner ». En effet, depuis le début de l’occupation, le gouvernement U.S. encourage activement les Irakiens à s’organiser eux-mêmes sur des bases sectaires.

L’administration U.S. a même chargé une compagnie la Research Triangle Institut (RTI) de définir dans chaque région irakienne de nouvelles collectivités locales reposant uniquement sur une base ethnique.

En mars 2003, RTI a obtenu un contrat d’un montant de 466 millions de dollars pour créer, en Irak, 180 collectivités locales et régionales et obtenir une large participation publique accréditant ce nouveau processus politique mais des irrégularités ont été pointées par les assesseurs gouvernementaux..

En tant que communiste, Tran propose un programme pour l’Irak similaire à celui de la révolution vietnamienne : un parti unique destiné à repousser l’agresseur, à défendre l’unité et la souveraineté économique et politique du pays.

D’après Tran, le particularisme n’est pas une solution. Tran, qui, entre autres, a coordonné les délégations vietnamiennes pour le Forum mondial social se tenant habituellement à Porto Alegre au Brésil, estime que le plus important est que chacun puisse croire en quelque chose qui ne prenne pas en compte la religion ou le milieu ethnique.

Il pense que l’Irak a besoin d’un leader politique réunificateur comme Ho Chi Minh. « Vous avez besoin d’une personnalité politique qui peut introduire des objectifs à long terme qui sont ceux des besoins essentiels de la majorité de la population. »

Tran ne pense pas que la récolte actuelle des leaders politiques irakiens rentre dans ce cadre. De plus, pour lui, les meurtres continuels des civils innocents par les combattants sont écœurants et contreproductifs.

« Ils se conduisent plus comme des forces répressives rebelles, constate-t-il. Quand nous nous battions, nous nous battions seulement contre ceux qui nous attaquaient. Les civils n’ont jamais été nos cibles. »

En considération aux tactiques sanguinaires de la résistance irakienne et à l’absence d’un programme politique commun, Tran doute du succès de forcer les Américains à partir, du moins à court terme.

Il compare les résistants irakiens aux multiples tentatives avortées pour mettre fin à la colonisation française au Vietnam avant la seconde Guerre mondiale, parce que celles-ci étaient organisées par des petits groupes issus de l’élite intellectuelle. « Ils étaient tous patriotes mais ils ont tous été éliminés parce qu’ils n’ont pas fait appel aux masses. »

interview réalisée le 10 novembre 2005 à Hanoi (Vietnam)par Aaron Glantz, auteur de How America Lost the war, contributions de Ngoc Nguyen.

Site personnel d’Aaron Glantz

Traduction : Céline

[Parfois on a entendu des militants de gauche soutenir la résistance irakienne au nom de la lutte contre l’impérialisme américain même si celle-ci draine un discours réactionnaire et anti-moderniste. C’est à ce titre, qu’il nous a semblé intéressant de traduire cet article exposant l’opinion du gouvernement vietnamien sur la question. Les déclarations de Tran Dac Loï, Ministre et Président de la Commission nationale sur la jeunesse du Vietnam, présentant le Vietnam comme pays socialiste n’engage que lui.NdT]

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