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Interview de Samir Adel, secrétaire général du Congrès des libertés en Irak

ND : Bonjour Samir. Peux-tu te présenter ?

Samir Adel : j’occupe le poste de secrétaire du Congrès pour la libération de l’Irak. Je suis né en 1964 à Bagdad et suis titulaire d’un baccalauréat de mathématiques de l’université de Mossoul. Et je vis actuellement à Bagdad.

ND : Quand, comment et pourquoi as tu commencé à t’investir dans le mouvement progressiste en Irak ?

Samir Adel : Je vivais à Bagdad, lorsqu’en 1980, le régime de Saddam a déclenché une vaste campagne d’arrestations contre tous les opposants à son régime, notamment les Kurdes [dans le nord de l’Irak], où je comptais de nombreux amis. Malheureusement, le pouvoir les a ensuite expulsés, eux et leurs familles, vers l’Iran.

Nous étions un groupe d’ami(e)s à les voir partir, en coulant de chaudes larmes et en ressentant un sentiment d’injustice. Mais nous ne disposions d’aucun moyen pour nous y opposer.

Autre événement, qui a également influé sur moi, c’est le fait de n’avoir pas pu m’inscrire à la faculté de médecine, en dépit de mes 89% de moyenne au lycée. Le gouvernement avait relevé, cette année-là, la moyenne de 79% à 90%, dans le dessein d’enrôler les jeunes ayant une moyenne inférieure, dans la guerre, qui faisait rage contre l’Iran.

J’en ai été tellement affecté que je me suis mis à rechercher les voies de la justice et de l’égalité. C’est dans ces conditions qu’après une année à l’université, j’ai adhéré au Parti communiste irakien, qui activait clandestinement.

J’avais cependant présenté ma démission, après plusieurs années passées dans ce parti. C’était en 1990, lors de l’entrée des troupes irakiennes au Kowéit. J’ai rejoins ensuite l’organisation le « Courant communiste », qui était plus radical, à mes yeux.

Mais je l’ai quittée au bout d’une année et constitué une organisation qui s’appellait « l’Organisation pour la libération de la classe ouvrière ». J’ai ensuite été emprisonné en 1992. J’ai néanmoins été libéré, suite à une campagne mondiale de solidarité en ma faveur.

Quelques mois plus tard, j’ai fui au Kurdistan irakien, puis en Turquie, où j’ai adhéré au Parti communiste ouvrier d’Irak. J’ai également été élu au bureau exécutif du Conseil des réfugiés et des exilés irakiens.

ND : Pourquoi est-ce que l’IFC a été créé ? Quelques mois après son lancement, est-ce que tu considères que c’est un succès et pourquoi ?

Toutes les analyses que nous avions fait la veille du déclenchement de la guerre contre l’Irak [en mars 2003] sur les conséquences de cette dernière ont été confirmées.

Comme nous nous y attendions, nous vivons actuellement dans une guerre civile et terroriste entre d’une part les Etats-Unis et leurs alliés dans le gouvernement provisoire et les forces locales qui soutiennent leur politique barbare contre le peuple irakien, et d’autre part les restes du ba’ath et les groupes de l’islam politique.

La guerre déclenchée par les Etats-Unis a détruit toutes les infrastructures civiles de la société irakienne, et a transformé cette dernière en société, où règnent la loi de la jungle, soit ni Etat, ni prestations sociales.

Elle a lâché la bride aux dizaines de bandes de délinquants et à la corruption dans l’administration, ainsi que dans toutes les autres sphères, que l’administration américaine et les partis qui ont tenté de s’attribuer une pseudo-légalité de la présence de leurs troupes en Irak, et par un semblant retour à la normale, afin que continuer leur pillage de l’argent du pétrole et des autres ressources du pays.

D’autre part, les groupes de l’islam politique et les restes du ba’ath poursuivent la même guerre terroriste, sous prétexte de combattre l’occupation de la part des forces états-uniennes. Ils ont ainsi transformé les lieux de résidence et les lieux de travail en caserne et en champ de bataille, et commis d’horribles crimes contre l’humanité.

Ils ont par exemple fait exploser des dizaines de salons de coiffure pour femmes et pour hommes, dans plusieurs quartiers de Bagdad, imposé le port de la barbe aux hommes, dans les régions de Fallouja, de Samarra et dans plusieurs quartiers de Mossoul.

Ils ont également imposé le port du hidjab aux femmes, dans les universités, comme à Bassora, et dans les villes de Thaoura, de Nassariah, d’El Amara, de Samaoua et de Fasl. Ils ont aussi exigé la séparation des sexes entre médecins hommes et médecins femmes dans les hôpitaux de Najaf, de Kerbala, d’El Kadhimia.

Ils ont, de plus, détruit des installations électriques et des canalisations d’eau sous le même prétexte. Ils ont aussi appelé à tuer les kurdophones à Mossoul et à Kirkouk. Ce qui a incité

Les groupes nationalistes kurdes et turkmènes à répliquer, en lançant un appel analogue, mais pour tuer les arabophones, au risque de faire de ces deux villes, d’autres Kosovo.

Des appels ont également été lancés à tuer les chiites et les sunnites, et à rendre licite de verser le sang des chrétiens et des sabéens, ainsi que leurs expulsions [de ces villes ] sous la menace des armes.

Le nombre de chrétiens à Bassora, a ainsi chuté à cinq mille personnes, après avoir été 50 mille avant l’occupation états-unienne. L’insécurité est devenue la principale préoccupation des masses dans toutes les villes d’Irak, à l’exception du Kurdistan.

Et pour cause, des dizaines d’Irakien(ne)s de tout âge meurent chaque jour soit à cause des bombardements aveugles de la part des Américains, soit au cours des explosions de voitures piégées ou de mines dans les marchés et dans les rues, déposées par les islamistes et les restes du ba’ath, soit à cause des agressions en pleines rues des bandes de délinquants.

Les événements sanglants en Irak que rapportent les moyens d’information locaux et internationaux ne représentent qu’une goûte d’eau dans la mer. Aussi, le camp des opposants aussi bien aux forces américaines qu’aux bandes islamistes s’agrandit chaque jour en Irak. Ils sont las et forts mécontents de cette situation, à laquelle ils ne voient aucune lueur d’espoir de la voir changer.

C’est pourquoi nous avons décidé de constituer le Congrès pour la libération de l’Irak, une organisation de masses indépendante pour unir la société irakienne, en vue de mettre fin à l’occupation américaine et de ses alliés de la coalition internationale qui sont, selon nous, la cause de l’absence de sécurité, des libertés et d’une vie digne en Irak.

Nous visons également la réorganisation de la vie dans la société irakienne, ainsi que la constitution d’un gouvernement non nationaliste et non religieux. Autrement dit, la fondation d’un Etat qui garantit l’égalité, les libertés fondamentales et le bien-être des masses irakiennes.

La fin de l’occupation coupera l’herbe sous les pieds des groupes islamistes.

ND : Est-ce que beaucoup de gens qui n’avaient pas de liens avec le Parti communiste-ouvrier d’Irak, la fédération ces conseils ouvriers et syndicats ou l’Organisation pour la liberté des femmes ont rejoint le Congrès des libertés en Irak ? Quel genre de personnes et pourquoi ?

Samir Adel : Oui, beaucoup d’adhérents du Congrès pour la libération de l’Irak n’ont aucun lien avec l’organisation que vous avez citée, et surtout qu’ils sont issus de toutes les régions du pays.

Ces derniers mois plusieurs personnalités indépendantes ont également rejoint le Congrès, notamment des laïques, des personnes éprises de liberté, des hommes et des femmes de lettres, des intellectuels, des avocats.

De même que des personnes ayant des inclinations communautaire ou islamiste ont y adhéré. Elles connaissent l’identité de gauche du Congrès, ses objectifs. Elle savent aussi que la sécurité, la paix et la stabilité viennent avec la fin de l’occupation et avec la création d’un Etat égalitaire.

Il existe un large mouvement hostile à l’occupation dans l’ensemble de l’Irak. Mais il n’existe pas de cadre organisationnel et politique pour le canaliser.

Les cadres organiques existants [ceux de la résistance] sont de nature communautaire et confessionnelle.

Aussi, le Congrès pour la libération de l’Irak a de grandes chances de se développer et d’atteindre ses objectifs. Pour autant, la victoire n’est pas facile. Elle n’est pas impossible, non plus. Elle nécessite néanmoins un travail de longue haleine, de la persévérance, de la détermination et de la patience.

ND : Est-ce que le réseau des Maisons du peuple, tel qu’il est suggeré dans le manifeste du Congrès des libertés, a colmencé à se répandre à travers l’Irak ?

Samir Adel : Nos effectifs se sont fortement accrus à Bagdad, à Bassora, à El Amara, à Najaf et à Kirkouk. Faute de moyens financiers, et à cause d’eux nous ne disposons pas de moyens d’information efficaces tels qu’une chaîne de télévision et une radio qui couvrent l’ensemble de l’Irak, et un journal quotidien.

Nous avons pourtant besoin que s’ouvre les foyers des masses, dans notre confrontation politique et sociale, voire militaire avec les bandes confessionnelles qui ne permettent pas à leurs adversaires d’avoir accès aussi facilement aux masses, car cela signifie la fin de leur influence.

Nous avons donc besoin de ces moyens décisifs dans la lutte sociale et politique à côté du Congrès. Vous aurez cependant de bonnes nouvelles dans les prochaines étapes.

ND : Est-ce que l’organsiation des forces d’autodéfense est efficace et dans quelles parties de l’Irak ?

Samir Adel : Cette question est liée à ma réponse autour de la question des Maisons du peuple. Nous avons commencé effectivement à constituer des noyaux de cette force, chargés de protéger les domiciles des masses. Notre stratégie consiste à nous concentrer sur quatre zones : deux à Bagdad, une à Kirkouk et une autre à Bassora.

ND : Que penses-tu du possible de retrait des troupes britanniques d’Irak ? Est-il possible que eles troupes américaines se retirent également ?

Samir Adel : La Grande-Bretagne partage des intérêts stratégiques avec les Etats-Unis. Ce qui s’est passé [les attentats islamistes] le 7 juillet à Londres a servi cette stratégie. Il est vrai que le mouvement de protestation contre le gouvernement Tony Blair s’accroît à l’intérieur de la Grande-Bretagne. Un mouvement similaire, voire plus puissant, existe aussi aux Etats-Unis. Je veux dire que la Grande-Bretagne n’abandonnera pas facilement son allié américain et retirer ses troupes d’Irak. N’oublions pas que la Grande-Bretagne est le soutien le plus puissant et le plus sûr à l’occupation de l’Irak par les Américains. Ces deux pays sont tombés dans une grande nasse et paient le prix de leur stratégie.

Le départ des forces armées américaines d’Irak, et ceci est valable pour leurs alliées, est lié au mouvement antiguerre en Irak et dans le monde. Si ce mouvement parvient à s’unir et à s’amplifier, oui les forces états-uniennes et britanniques évacueront l’Irak. La défaite des Etats-Unis avait eu lieu aux Etats-Unis même, avant qu’elle ne eu lieu au Vietnam, et ceci grâce au formidable mouvement contre l’agression du Vietnam. Oui, nous travaillons pour notre part au renforcement d’un tel mouvement à l’intérieur et à l’extérieur de l’Irak.

Interview par Nicolas Dessaux
Traduit de l’arabe par Hakim Arabdiou

Traductions
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Thèmes
Situation sociale
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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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