Accueil du site - Contact

Comment faire pour qu’à l’occupation ne succède pas une autre forme de terreur ?

[Texte du discours de Nicolas Desaux, président de Solidarité Irak, lors de la conférence de Yokohama, 30 janvier 2006]

Bonjour,

Je voudrais, avant tout, remercier les participants de cette assemblée, nos camarades japonais de m’avoir invité à y participer, et bien sûr les camarades qui sont venus d’Irak.
Nous avons deux questions à discuter. Comment mettre fin à l’occupation en Irak ? Comment faire pour qu’à l’occupation ne succède pas une autre forme de terreur ?

Pour la tactique à appliquer à l’intérieur de l’Irak, je me contenterais de souhaiter que la tactique de l’IFC soit développée sans relâche. Il faut tenir compte de la situation actuelle, mais aussi explorer plusieurs scénarios possibles : retrait des troupes coalisées, ralliement négocié d’une partie de la résistance au gouvernement pour lutter contre al-Qaeda, guerre civile entre partis sunnites et chiites, indépendance du Kurdistan, guerre US coalisée contre la Syrie ou l’Iran... pour ne mentionner que les hypothèses les plus courantes. J’aimerais savoir quelles sont les tactiques préconisées par nos camarades irakiens dans ces différents cas de figure. C’est pourquoi je voudrais parler davantage de ce que nous pouvons faire hors d’Irak.

A l’échelle internationale, notre plan doit être très concret et viser à l’essentiel. Les manifestations peuvent jouer un rôle, surtout dans les pays qui ont des troupes sur place. En France, le vaste mouvement contre la guerre, en mars 2003, s’est rapidement estompé. On pourrait penser que c’est parce qu’il n’y pas de soldats français sur le sol irakien. Mais l’armée française est actuellement présente dans plus de 25 pays, avec plus de 30 000 militaires.
Pourtant, il n’y a pas de manifestations pour dénoncer cette situation. Nous devons donc aller à contre-courant, afin de trouver un second souffle pour cette mobilisation. Plusieurs organisations ont répondu favorablement à notre appel pour organiser ensemble la journée du 18 mars. Mais il y a d’autres points sur lesquels nous pouvons agir, si nous voulons créer un mouvement dynamique, avec des perspectives positives pour les habitants de l’Irak.

1) Le soutien matériel aux mouvements progressistes et sociaux en Irak, et en premier lieu, à l’IFC. Si ces mouvements ne se développent pas, la fin à l’occupation sera la victoire des islamistes et des nationalistes. Pour la population civile, cela voudrait dire qu’à la « république de la peur » baasiste et à l’arbitraire de l’occupation, succéderait une nouvelle terreur réactionnaire.

2) Le soutien aux réfugiés, qui sont des victimes de la guerre. En Europe, de nombreux gouvernements refusent aux Irakiens et aux Afghans le droit d’asile et les renvoient dans leurs pays. Pour ces gouvernements, la guerre est terminée. Soutenir ces réfugiés, c’est donc s’opposer concrètement à la guerre.

3) Le soutien aux déserteurs et aux soldats, principalement américains, qui refusent de partir en Irak. Ces « refuzniks », pour les appeler comme ces soldats israéliens qui refusent l’oppression coloniale en Palestine, risquent la prison. Certains déserteurs américains sont contraints de demander l’asile politique dans d’autres pays. Ils méritent notre soutien et ils jouent un rôle indispensable pour briser le moral des forces d’occupation et les contraindre au retrait.

Comment aller plus loin dans ces trois directions ? Je vais commencer par exposer, de façon brève, la façon dont nous avons procédé en Europe francophone. L’activité principale de Solidarité Irak est la diffusion d’information sur les mouvements féministes et sociaux en Irak. Je voudrais attirer l’attention sur l’importance de ce travail, qui est le préalable indispensable à tout soutien. Les médias traditionnels partagent la conception américaine d’un Irak divisé en ethnies et en religion plutôt qu’en genres et en classes sociales. Les gens, les associations et les organisations ont une vision généralement floue de la situation. Souvent, ils n’imaginent même pas que la population irakienne puisse avoir des aspirations laïques et sociales. Pourquoi soutiendraient-ils des mouvements dont l’existence leur semble improbable ?

Cet été, lors de la rencontre de Zenko, nous avons été nombreux à insister pour que nos camarades irakiens fassent un effort de diffusion de l’information. Nous avons tous pu constater que cet effort obtenait des résultats. Nous pouvons continuer. Que nous faut-il ? A l’intérieur de l’Irak, plus de moyens techniques pour prendre des photos, des vidéos, des ordinateurs et des connections pour les diffuser en sécurité. A l’extérieur, un site web international multilingue de haute qualité d’information et d’accessibilité, du matériel de diffusion multilingue et un soutien en matière de formation aux techniques des médias pour nos camarades irakiens. L’information est l’une de nos armes. Ensemble, nous avons les moyens de l’employer avec efficacité si nous sommes coordonnés internationalement.

C’est une proposition que je soumets à la discussion.
Un autre aspect important, c’est le soutien matériel. Je dois dire que nous avons été déçus, sans être vraiment surpris de constater que les mouvements de gauche préféraient souvent le soutien moral au soutien matériel, comme si la lutte sociale n’était faite que de phrases. Il y a tout de même d’heureuses exceptions, que je tiens à remercier. C’est ce constat qui a amené un groupe d’activistes à développer une nouvelle initiative dans le domaine de la solidarité internationale. C’est l’association « Nisaba », qui vient d’être créée en France. Son objectif est de soutenir l’égalité entre femmes et hommes en Irak.
Concrètement, Nisaba va rechercher des financements afin de soutenir les centres d’accueil pour les femmes menacées de meurtres d’honneur créés par l’OWFI. Dans un second temps, nous envisageons un projet similaire pour soutenir le « Centre de défense des droits de l’enfant ». Sur ces projets concrets, une coopération internationale est souhaitable.

Pour le soutien aux réfugiés, nous ne sommes pas très avancés, malgré le grand nombre d’Irakiens qui viennent en France. Nous entretenons de bonnes relations avec les associations spécialisées et nous soutenons leurs initiatives. Nous diffusons les appels de la « Fédération Internationale des Réfugiés Irakiens », dont je voudrais souligner l’importance. Mais, dans l’état actuel des choses, nous ne pouvons pas aller aussi loin que nous le voudrions.
En ce qui concerne les déserteurs et « refuzniks », c’est à nos amis américains, je crois, de proposer des pistes et d’indiquer les besoins en matière de soutien. Mais ils doivent savoir qu’ils peuvent compter sur l’ensemble d’entre nous. Ceux qui résident dans des pays qui ne participent pas au conflit ont un rôle essentiel dans ce soutien.

Nous sommes favorables à la mise en place d’une coordination mondiale pour notre mouvement contre l’occupation et en soutien aux mouvements progressistes en Irak. En effet, il existe déjà des associations dans plusieurs pays. Dans plusieurs autres pays, des contacts positifs ont été créés, par exemple en Belgique, au Maroc, au Portugal ou en Suisse. Au-delà des associations qui luttent dans les domaines de la paix, de la laïcité, du féminisme, du syndicalisme, il est possible d’associer celles qui s’intéressent à l’environnement, au développement durable, à la culture. Ce sont des questions sociales importantes pour la reconstruction de la société civile en Irak. Une telle coordination permettrait de donner des objectifs communs, de mutualiser des moyens, d’échange nos expériences et d’aide à l’émergence de nouvelles associations.

Notre objectif, c’est de lier la lutte contre l’occupation, la lutte contre le terrorisme et le mouvement progressiste, c’est-à-dire les luttes féministes et sociales en Irak. Pour cela, nous pensons que l’IFC et les organisations qui le composent jouent un rôle déterminant, en tant qu’expression du mouvement social, pas le contraire. C’est parce qu’il existe une base sociale, des luttes sociales, que l’IFC est possible en Irak. C’est pour cette raison qu’il est important de soutenir l’IFC.

Cette fois encore, je voudrais conclure en espérant qu’ensemble, nous avons fait un pas de plus vers un monde sans guerres, sans frontières et sans oppression. Merci, merci à vous, et bien sûr, merci à Atsuko Mimemoto pour sa traduction.

Traductions
English
Italiano
Deutsch
Castellano
Other
Português

Thèmes
Situation sociale
Mouvement social
Femmes
Laïcité
Vie de l’asso
Résistances
Moyen Orient
Occupation
Analyses
Réfugié-es
Actions
Témoignage
Photo
Prisons
International
Minorités sexuelles

Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

Dernières nouvelles
- Important New Support for OWFI’s Work from European Funders(OWFI - 12 février 2017)
- Bread Baking Stoves and Supplies Empower Women in IDP Camp to Feed and Support Many Others(OWFI - 12 février 2017)
- OWFI Sheltering More Women than Ever Before(OWFI - 12 février 2017)
- The city of Mosul is devastated.(OWFI - 12 février 2017)
- In Conversation : Yanar Mohammed on trafficking in Iraq(OWFI - 22 juin 2016)
- From where I stand : Yanar Mohammed(OWFI - 22 juin 2016)
- OWFI Statement(OWFI - 19 mars 2016)
- OWFI held the founding event of organizing a Black-Iraqi Women’s gathering on 16th of February(OWFI - 19 mars 2016)