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Akram Mohamed Nadhir, syndicaliste et chômeur au Kurdistan

Akram Mohamed Nadhir, membre fondateur de la Fédération des Conseils et des syndicats ouvriers d’Irak, et de l’Union des chômeurs du Kurdistan irakien et d’Irak, nous raconte son activité militante en Irak

Je suis issu des couches moyennes, de la ville de Souleymania, dans le Kurdistan irakien. Ma famille figurait parmi les plus virulents opposants au régime. L’ensemble de ses membres ont pour cela subi emprisonnement et torture en 1982, 1986 et 1989.

J’ai commencé mes activités dans le mouvement de libération nationale et le mouvement ouvrier au Kurdistan irakien, dans le milieu des années quatre-vingt, alors que j’étais lycéen. J’agissais clandestinement de peur du pouvoir ba’athiste chauvin et me limitais par conséquent aux débats, dans des cercles marxistes, autour de leur littérature.

Mon prmeir succès, en 1989, c’est une action revendicative de mes collègues dans un restaurant dans ma ville natale. Mais cela m’a valu mon licenciement. Je me suis ensuite engagé avec plus de détermination dans la mobilisation des masses populaires pour s’opposer à la guerre Irak-Iran, au blocus économique, à la première guerre du golfe, et à l’invasion et à l’occupation militaire actuelle de l’Irak, par les Etats-Unis et ses alliés.

Après le soulèvement populaire au Kurdistan irakien, à l’issue de la première guerre du golfe, qui a vu la défaite, en mars 1991, de l’armée irakienne, nous avions commencé, en tant que militants ouvriers, en coopération avec de cercles marxistes, et sous l’égide du Parti communiste-ouvrier d’Irak de Mansoor Hekmat, à constituer des Conseils ouvriers et de masses, dans les lieux de travail des villes du Kurdistan.

C’étaient des conditions fort difficiles pour nous militants de gauche, face à la vague de désillusion de l’opinion, suite à l’effondrement du système communiste. Cet échec a eu une influence néfaste sur la conscience de classe des masses ouvrières et laborieuses. Nous devions dans le même temps faire face aux mouvement religieux et nationalistes réactionnaires, qui soutenaient les politiques bellicistes et chauvines.

Notre mouvement s’est opposé frontalement d’une part aux milices de l’Union nationale du Kurdistan et du Parti démocratique du Kurdistan alliés de l’Amérique, et d’autre part à la répression par la Garde républicaine irakienne des populations des villes du Kurdistan en rébellion contre le régime ba’athiste. Les Etats-Unis avaient alors appuyé militairement ces populations, en vue d’imposer leur emprise sur ces cellec-ci et sur celles de quelques villes du sud. Ce soulèvement s’est achevé par la fuite de ces populations vers les montagnes, le désert et les pays voisins.

Mais les masses en colère contre le régime ba’athiste avaient néanmoins contraint celui-ci à évacuer ces troupes des villes de Souleymania, d’Irbil et de Dahouk. Le régime avait aussi retiré l’ensemble de ses institutions civiles du Kurdistan irakien par décision de nature fasciste. Il y eu aussi l’instauration par les Etats-Unis d’Amérique et ses alliés, et par l’ONU de la zone de sécurité, à partir du 36 ème parallèle. En réalité, cette zone ne procure la sécurité que pour les formations politiques religieuses et nationalistes, zone qu’ils ont transformée en champ d’affrontements ethniques. Ils ont également mis la main sur la totalité des ressources économiques de cette dernière. Ce qui leur a permis de détenir le monopole de la distribution des emplois, et par conséquent de sucer depuis plusieurs années le sang des travailleurs et des fonctionnaires. Ils se maintenaient aussi au pouvoir par le chantage qu’ils font au peuple par le menace du retour du régime ba’athiste fasciste. Cette politique réactionnaire et chauvine a entraîné la disparition de la société civile et la division de la société, sur une base d’une clientèle d’organisations partisanes et armées s’affrontant pour le pouvoir.

La société souffre du chômage, de la pauvreté et de l’embargo économique tant international que celui imposé par le gouvernement ba’athiste et par les partis politiques kurdes, et de la spirale de la guerre civile qui a duré de 1994 à 2000.

C’est dans ces conditions difficiles pour les masses populaires, que nous avons fondé, en 1992, à Souleymania et à Irbil, l’Union des chômeurs du Kurdistan, qui a pour mot d’ordre le droit au travail ou à une allocation de chômage. Bien que diplômé de l’Institut technique de Souleymania, je suis moi aussi sans travail.

Notre syndicat a reçu un accueil enthousiaste de la part des masses, accueil qui a ébranlé les formations politiques nationalistes et religieuses. Lors de notre première rencontre, en 1992, les responsables du Front du Kurdistan, formée notamment de l’ancien Parti communiste irakien, de l’UPK, du PDK et de partis islamistes, ceux-ci nous firent savoir que notre syndicat représentait un danger pour leur stratégie, car plus personne selon eux n’écoutera leur appel à prendre les armes contre le pouvoir central en vue de défendre le Kurdistan. Nous leur avions répondu que nous ne défendions ni un lieu ni un pays, où nous ne sommes que des esclaves. J’ai ajouté, pour ma part, que, grâce à notre syndicat, nous perdrons les chaînes de notre esclavage. Ils ont alors menacé de nous combattre, par tous les moyens.

Nous avons reçu une réponse identique de la part de Jalal Tabani, quand nous l’avions rencontré, en 1993, parce que nous avions refusé de travailler sous ses ordres. Il nous avait également demandé de renoncer à la manifestation pacifique que nous voulions organiser contre le terrorisme et les assassinats politiques, car un autre de nos militants avait été kidnappé et assassiné à Dahouk par des hommes armés du PDK, après avoir été torturé et vu son corps brûlé. Son cadavre à ensuite été jeté à la périphérie de la ville.

Bien que les coupables soient connus, la police a pourtant enregistré le crime, comme une plainte contre X.

Plusieurs mois auparavant, le 19 juin 1993, nous projetions de manifester pour le droit au travail ou à une allocation chômage, et des bons pour l’alimentation, les soins et l’énergie. Mais des milices armées partisanes avaient kidnappé sept dirigeants de notre syndicat, dont moi-même. Nous avons été libérés, après l’intervention du gouverneur de Souleymania, trois jours avant la date de la manifestation. J’ai de nouveau été arrêté avec trois autres militants le jour même, où devait se dérouler la manifestation. Mes camarades ont alors été forcés de la reporter, à cause des menaces que ces dernières nous avaient adressées, et suite aussi à leurs promesses de satisfaire rapidement nos revendications.

Le syndicat des chômeurs du Kurdistan irakien a une longue histoire, qui est intimement liée à l’histoire du mouvement ouvrier de cette région. Notre Union cumule à son actif des centaines de manifestations de masses à Souleymania, à Irbil, à Rania, à Kallar, à Darbandkhan, à la casbah dhar’a, etc. Il a aussi de nombreux martyrs, à l’exemple de Nadhir Omar, surnommé Aram, assassiné en 1993 à Dahouk ; de Bakr Ali, militants de notre syndicat et président de l’association des exilés et des déplacés, à Souleymania, assassiné, le 1er avril 1994, devant le siège du gouvernorat.de cette ville, lors d’une manifestation pacifique des exilés ; de Chabor Abdelkader et de Kabil Adel, assassinés, en 1997, par des partis islamistes du Kurdistan à l’intérieur du siège de l’Union des chômeurs à Irbil ; de Farhad Faradj, l’un des responsables de notre syndicat à Souleymania, assassiné en 1999, par des hommes armés devant son domicile. J’ai pour ma part été plusieurs fois arrêté, emprisonné et pris en otage. J’ai aussi échappé à deux tentatives d’assassinat, par des hommes de main de partis nationalistes. Les autorités n’ont mené aucune enquête sérieuse et ont, comme pour l’assassinat de Bakr Ali, enregistré mes plaintes, comme des plaintes contre X.

Nous avons récemment mis sur pied un Comité de défense des droits civiques et sociaux, à Souleymania. Il compte plus de trente-cinq délégués, élus en assemblée générale constitutive, tenue, le 17 septembre 2005, qui a rassemblé plus de 500 participants parmi la population de cette ville. Nos revendications sont :

1- les libertés de réunion, de manifestation, de rassemblement et d’organisation ;

2- les droits sociaux telles que l’électricité, l’eau, le téléphone, la santé...

3- le droit au logement à chaque citoyen de plus de 18 ans, et l’octroie immédiat aux déplacés, des logements libres, à cause de la cherté de leurs loyers ;

4- l’augmentation des salaires, des allocations et des traitements à l’ensemble des travailleurs, des fonctionnaires et des chômeurs, afin que leurs revenus soient en adéquation avec la cherté de la vie ; la limitation de l’augmentation des prix, provoquée par les spéculations des commerçants ;

5- la dénonciation de la corruption dans les administrations et des énormes détournements de l’argent du peuple et du patrimoine de la collectivité, effectués, ces quatorze dernières années, par le gouvernement, les dignitaires du régime et des leaders de certains partis. Nous demandons aussi de rendre public le budget de l’Etat, et de la manière dont il est dépensé en faveur des masses populaires.

Nous avons étendu notre activité vers les villes d’Irbil, de Kallar, de Rania, etc. et recueillons actuellement des signatures, afin de financer les allocations chômage à hauteur de 100%, à l’exemple de ce qui a été accordé aux ingénieurs par les entreprises étatiques.

Je lance un appel aux militants du mouvement ouvrier international, ainsi qu’aux hommes et aux femmes de progrès dans le monde à se solidariser avec nos luttes politiques et syndicales, pour la libération de l’Irak et du Kurdistan irakien, de l’occupation états-unienne et du chauvinisme national et religieux, et pour l’édification d’une société irakienne de sécurité, de liberté, d’égalité pour tous, et où seront bannies les discriminations sexuelle, ethnique, confessionnelle ou de classe.

Cette solidarité devra se poursuivre à travers l’échanges de notre expérience et par le renforcement de notre communion humaine et de classe avec nos camarades dans le monde et merci.

Souleymania, Irak, le 15.11.2005

Interview par Nicolas Dessaux - Traduit de l’arabe par Hakim Arabdiou

Traductions
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Thèmes
Situation sociale
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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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