Accueil du site - Contact

L’Iran exporte les pogroms anti-gays en Irak

Les escadrons de la mort en Irak ont lancé une campagne d’assassinats contre les hommes gays. Cette campagne de « nettoyage sexuel » se déroule sous les yeux des militaires américains - mais les autorités US de la Green zone ont refusé de faire quoi que ce soit.

Cette campagne très organisée de tabassages, d’enlèvements et de meurtres de gays irakiens fait suite à une fatwa prescrivant la mort pour les gays, délivrée en octobre par le grand Ayatollah Ali al-Sistani, un iranien de 77 ans qui est le leader spirituel suprême pour les musulmans chiites en Irak. La fatwa, disponible sur le site officiel de Sistani, dit clairement : « les personnes concernées [par l’homosexualité] doivent être mis à mort de la manière la plus sévère, la plus cruelle ».

Ce règne de la terreur est une importation en Irak des assassinats anti-gays perpétrés par la république islamique d’Iran. Les meurtriers travaillent pour les brigades Badr, branche armée du Suprême conseil de la révolution islamique en Irak (SCRII), la plus grande formation politique de la communauté chiite en Iran, dont le quartier général en exil était installé à Téhéran jusqu’à la chute du régime de Saddam Hussein.

Les brigades Badr du SCRII portent les uniformes de la police irakienne, sous le contrôle du Ministère de l’intérieur. Mais ce ministère est particulièrement infiltré par l’Iran. Qui plus est, les salariés des brigades Badr sont payés par l’Iran, comme l’a confirmé - dans une interview au Monde le 17 février - le conseiller de Sistani, Ali Debbagh, membre de la commission parlementaire des affaires étrangères.

« Nous avons reçu de nombreux témoignages, par notre vaste réseau de contact parmi les militants et dans la communauté gays en Ira, au sujet des intimidations, des cassages de gueule, des enlèvements et des assassinats », explique Ali Hili, un gay irakien de 33 ans en exil à Londres. Il y a cinq mois, Hili, avec 30 autres gays qui ont quitté l’Irak pour le Royaume-Uni, a fondé le groupe LGBT irakien, qui rassemble des documents sur cette persécution et soutient les victimes. Il accumule les preuves que des agents iraniens conseillent le SCIRII. Selon lui, des iraniens auraient été impliqués dans certains interrogatoires, les questions étant posées en Persan puis traduites.

De plus, en Iran, les militants Badr piègent les hommes gays sur des sites de chat par Internet. « Ils arrangent un rendez-vous, puis ils battent à mort la victime. Les hommes non mariés de 30, 35 ans, sont surveillés et soupçonnés d’êtres gays, de même que les homes efféminés. Ils enquêtent sur ceux qui ne sont pas mariés et les avertissent. En général, les Badr leur donnent un mois pour changer. S’ils ne le font pas, ou s’ils ne donnent aucune preuve qu’ils prévoient de se marier, ils sont arrêtés, disparaissent et on les retrouve morts. Les corps sont généralement retrouvés les mains liées derrière le dos, un bandeau sur les yeux et une balle derrière la tête. »
Tahseen, un technicien de labo photo âgé de 31 ans et militant gay clandestin, m’a dit au téléphone, depuis Bagdad : « Rien que la semaine dernière, quatre gays qu’on connais ont été retrouvés morts. J’ai peur de quitter ma chambre et d’aller dans la rue parce que je vais être tué ». Il ajoute que les hommes qui ont l’air d’être gays « ne peuvent même pas marcher dans la rue. Mon meilleur ami a été tué récemment, juste parce qu’il était gay ».

Tahseen décrit également le programme de piégeage sur Internet des brigades Badr, et constate que « depuis la fatwa de Sistani, les violences et les meurtres n’ont fait qu’empirer ». Il vit à Bagdad, dans un appartement, avec ses deux frères. « En ce moment, j’ai cinq gays qui vivent cachés dans ma chambre, et qui craignent pour leur vie », ajout-t-il d’une voix angoissée. Bashar, 34 ans, fait partie de ceux qui ont trouvé refuge chez lui. Acteur professionnel, il est obligé de se cacher depuis que lui et sa famille ont reçu des menaces de mort. Depuis qu’il est entré dans la clandestinité, sa maison a été plusieurs fois attaquée par les brigades Badr. Heureusement, il n’y était plus.

« On a désespérément besoin de protection, a plaidé Tahseen, mais quand on va voir les américains, ils rigolent de nous et ne font rien ».

Selon Hili, « ces attaques armées et ces meurtres ont été signalées par des militants gays clandestins à la Green zone de Bagdad, mais les américains ne veulent pas froisser les autorités religieuses. Donc, il ne font rien et traitent les gays irakiens avec mépris, ou comme un sujet de plaisanterie ».

Le 10 avril, un rapport de l’Office des nations unies pour la coordination des affaires humanitaires a confirmé que les gays irakiens étaient la cible d’enlèvements et de meurtres en raison de leur orientation sexuelle. Une semaine plus tard, la BBC a également diffusé un reportage, en interviewant plusieurs victimes. Mais les principaux médias américains ont jusqu’ici fermé l’oeil sur l’assassinat systématique des gays irakiens - et sur le refus des occupants US de faire quoi que ce soit pour y mettre fin.

Dough Ireland

* Doug Ireland, journaliste américain, est un correspondant de The Nation et de Libération.

La priorité d’urgence, c’est de soutenir financièrement les militants LGBT en Irak pour les aider à communiquer des informations sur les meurtres homophobes en Irak. Les fonds serviront également a aider les personnes LGBT sous la menace de « crimes d’honneur » a trouver refuge dans des lieux surs et les aider à trouver asile en dehors de l’Irak. Les dons peuvent être effectués auprès de Outrage ! en mentionnant ‘For Iraqi LGBT’ et envoyés à OutRage !, PO Box17816, London SW14 8WT, England, UK.

Traductions
English
Italiano
Deutsch
Castellano
Other
Português

Thèmes
Situation sociale
Mouvement social
Femmes
Laïcité
Vie de l’asso
Résistances
Moyen Orient
Occupation
Analyses
Réfugié-es
Actions
Témoignage
Photo
Prisons
International
Minorités sexuelles

Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

Dernières nouvelles
- Important New Support for OWFI’s Work from European Funders(OWFI - 12 février 2017)
- Bread Baking Stoves and Supplies Empower Women in IDP Camp to Feed and Support Many Others(OWFI - 12 février 2017)
- OWFI Sheltering More Women than Ever Before(OWFI - 12 février 2017)
- The city of Mosul is devastated.(OWFI - 12 février 2017)
- In Conversation : Yanar Mohammed on trafficking in Iraq(OWFI - 22 juin 2016)
- From where I stand : Yanar Mohammed(OWFI - 22 juin 2016)
- OWFI Statement(OWFI - 19 mars 2016)
- OWFI held the founding event of organizing a Black-Iraqi Women’s gathering on 16th of February(OWFI - 19 mars 2016)