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Les "émirats" de Bagdad

L’histoire est récente, peut-être apocryphe. Mais les occasions de sourire sont si rares dans la barbarie ambiante qu’elle a fait le tour de l’Irak. Ce sont trois jeunes barbus, armés jusqu’aux dents, qui patrouillent à Daoudi, dans l’ouest de Bagdad. Dans ces quartiers sunnites, chacun ici le sait, personne, ni la police ni l’armée et moins encore les Américains, qui ne circulent plus qu’en convoi blindé, de jour uniquement et sur les artères principales, n’assure plus la sécurité publique. Une descente en force de-ci de-là, quelques raids brefs, rapides, ciblés, et les hommes en uniforme repartent généralement comme ils sont venus. Parfois avec des prisonniers en soute, souvent avec des morts et des blessés. "A la nuit tombée, confirme un résident, vous pouvez être gravement malade, votre appartement en feu ou attaqué par une bande de pillards, il est inutile d’appeler les pompiers ou les forces de l’ordre, personne ne viendra. Trop dangereux."

Ce jour-là, nos trois Ben Laden au petit pied circulent donc entre les étals d’un marché de Daoudi. Keffiehs à damiers enroulés autour du crâne, doigt sur la détente de leur kalachnikov, talkie-walkie au poing, les mouqanaayins, ces "hommes masqués" déambulent fièrement, observant tout un chacun d’un oeil soupçonneux. Sur leur passage, les badauds s’écartent silencieusement. Pour certains, ces hommes sont des moudjahidins auxquels ils manifestent de la sympathie, offrent un verre d’eau, un fruit, une friandise. La minorité sunnite de Bagdad a tellement peur des puissantes milices chiites, de la police et des commandos du ministère de l’intérieur, qu’elles ont largement infiltrés, que c’est à eux, les hommes masqués, que, contrainte et forcée, elle a souvent confié sa sécurité. "Hier, raconte Mohammed A., un chauffeur, l’imam de notre mosquée à Mansour nous a dit qu’il fallait s’attendre à un raid de représailles chiites après l’attentat qui a tué 66 des leurs à Sadr City. Nous avons passé la nuit à les attendre avec nos armes aux fenêtres et sur les terrasses. Ils ne sont pas venus. Hamdoulillah", soupire-t-il. Grâce à Dieu...

Soudain, les trois hommes de Daoudi s’arrêtent devant l’étal d’un marchand de primeurs. L’un d’eux donne un coup de crosse dans la pile de légumes, qui s’effondre. Interloqué, le vendeur proteste, poliment. "Mais... cheb (jeune homme), pourquoi tu fais ça ?" L’autre le fusille du regard : "Toi, hadji, tu te tais et tu fais attention à la façon dont tu présentes tes marchandises, d’accord ?" Le vieux mettra un moment à comprendre. Client mal intentionné ou collègue blagueur, quelqu’un, ce jour-là, a eu la mauvaise idée de disposer un long concombre vert entre deux tomates rouges sur la charrette du vieux. Ô image sacrilège ! Ô image impure ! Désormais, en Irak, pas plus chez les chiites que chez les sunnites, on ne plaisante avec les choses du sexe. Le marchand de quatre-saisons l’a échappé belle.

D’autres ont été sommairement abattus pour moins que ça. Des marchands de vidéos ou de musique occidentale sur l’ancien "marché aux voleurs" de la place Al-Tahrir. Des commerçants de vêtements féminins qui n’avaient pas compris qu’il était désormais interdit par les zélotes d’Allah de disposer des sous-vêtements dans leurs vitrines. Ou d’écouler des jeans et des tee-shirts marqués de mots d’anglais. Des dizaines de coiffeurs et barbiers qui osaient encore couper les cheveux et raser les barbes "à l’occidentale". Des homosexuels trop efféminés et repérables. Des prostituées pas assez discrètes. Des épiciers qui écoulaient leurs derniers pots de cornichons baignés dans le vinaigre, haram, autrement dit interdit, comme le sont tous les produits alcoolisés. C’est invérifiable mais, dans le nord-ouest du pays, sur la périlleuse route de la Syrie que des milliers de sunnites empruntent désormais chaque mois pour essayer de passer la frontière et fuir la sauvagerie ambiante, des voyageurs rapportent qu’un misérable Bédouin a été abattu sous leurs yeux parce qu’il avait refusé en riant de masquer d’un chiffon les parties génitales d’une chèvre pleine dont la vision "perturbait" un puritain masqué...

Dans les quartiers de Saïdyia, Jihad, Al-Dora de l’arrondissement d’Al-Rachid, dans ceux de Yarmouk, Amariya, Ghazaliya - arrondissement huppé d’Al-Mansour -, la totalité d’Adhamiya et même, de façon intermittente, dans les districts plus "mixtes" et commerçants du centre-ville, Karadah et Al-Karkh, ce sont les mouqanaayins qui sont maîtres du terrain. Les 50 000 hommes déployés en fanfare à la mi-juin par le gouvernement pour son fameux "plan de sécurité renforcée à Bagdad" n’y ont, pour l’instant, rien changé. La guerre est désormais dans la ville.

Aux portes même de la "zone verte", 5 km 2 ultrafortifiés en plein centre-ville où un Etat fantôme, virtuellement assiégé derrière ses deux lignes de remparts anti-bombes et ses miradors, a regroupé, sous protection étrangère, l’essentiel de ses institutions - Parlement, ministères et ambassades amies dont celle, énorme, des Etats-Unis. Beaucoup, parmi les milliers de fonctionnaires qui travaillent là, ne s’aventurent plus qu’exceptionnellement dans la "zone rouge" - le reste de la ville, où résident les 6 ou 7 millions de Bagdadis. S’ils sont importants, ils sortent en convoi blindé. Sinon, ils essaient de se montrer le plus discrets possible, de se fondre dans la masse : voiture banalisée, tenue vestimentaire "modeste", poches vides et, souvent, faux papiers dans le portefeuille.

Les errhabis, les "terroristes", dont parle chaque jour la télévision publique - elle aussi retranchée derrière des remparts -, ont des espions partout, surveillent les cinq entrées et sorties connues de la "zone verte", assassinent ou kidnappent qui ils veulent, quand ils veulent, où ils veulent. Peu importe le nombre de pistoleros engagés à prix d’or pour une protection hors les murs : députés, ministres, hauts fonctionnaires, journalistes, hommes d’affaires et traducteurs sont enlevés ou tués pratiquement à volonté.

Une route spéciale, protégée, leur a été aménagée entre la zone fortifiée et l’aéroport international, à 15 km de là. Les plus importants personnages y sont acheminés par hélicoptère. Les autres foncent à tombeau ouvert dans des convois de cinq à dix véhicules, sirènes hurlantes et blindés de protection. Un diplomate européen le confie sans ambages : "Les services qui fonctionnent encore, notamment l’aéroport, le font avec le consentement tacite des rebelles." Eux aussi doivent sortir prendre l’air parfois... Les mouqanaayins sunnites, à Bagdad et ailleurs, n’acceptent que rarement le combat "conventionnel". Dans la capitale, ils n’ont jamais tiré sur l’un des multiples hélicoptères américains qui tournoient sans cesse au-dessus de la métropole et qui, dès la nuit tombée, ne volent qu’en lâchant des leurres multicolores dans leur sillage. Quand les forces gouvernementales lancent une offensive pour reprendre un quartier, les hommes masqués disparaissent dans les caves, les mosquées et les villas amies. Ils se redéploient sitôt après dans les rues.

Souvent, en fin d’après-midi, quand le baromètre redescend un peu au-desous des 40 0, les habitants peuvent les voir s’entasser à quatre ou cinq à l’intérieur d’autant de véhicules, et patrouiller "leurs" quartiers à loisir, dresser des barrages, interpeller les passants, vérifier les identités. Et tuer froidement ceux qui n’appartiennent pas à la "bonne" confession.

"Dès avant le couvre-feu, qui commence chaque soir à 20 h 30 et dure jusqu’au matin - il est également interdit désormais de circuler autrement qu’à pied entre 11 heures et 15 heures tous les vendredis, jour de prière et jour de tuerie collective souvent -, les quartiers ouest de la métropole, explique Djanane, une habitante, se métamorphosent en autant de petites "Somalie", sans ordre, sans sécurité, sans loi, sauf la leur." Chaque arrondissement, chaque quartier a désormais son "émir", à la fois seigneur de guerre, juge de paix, et cheikh religieux suprême.

Souvent, les habitants connaissent le nom de guerre du leur et en appellent à lui pour retrouver un parent disparu, régler un problème de voisinage ou transporter un malade à l’hôpital. A peu de chose près, mais de manière plus organisée et moins clandestine parce qu’après tout les leurs ont gagné les élections de décembre et le gouvernement d’"unité nationale" reste fortement dominé par leurs alliés, la même situation prévaut dans les arrondissements de l’Est, c’est-à-dire chiites, comme Sadr City, Khadhimiya, 9-Nissan ou New Bagdad. Principal dénominateur commun entre ces deux mondes : une "talibanisation" rampante qui s’accélère.

Selon les chiffres fournis au bureau de l’AFP à Bagdad par les ministères de la santé, de la défense et de l’intérieur, un peu plus d’un millier de personnes sont mortes de mort violente en juin, et 1 770 autres ont été blessées. Autant qu’en mai. Et la statistique est probablement sous-évaluée puisque, dans les localités isolées du désert, où c’est la tribu qui s’occupe désormais de tout, ou dans certains quartiers très "chauds" de la capitale comme Al-Dora, où les cadavres de la nuit - comme d’ailleurs les ordures qui s’accumulent en collines faute d’éboueurs - ne sont pas toujours ramassés, les corps peuvent être ensevelis par des familles ou des bons samaritains islamiques sans aucune déclaration légale.

Après tout, depuis les pillages massifs et la destruction de la quasi-totalité des archives publiques qui ont suivi l’invasion anglo-américaine, un faux certificat de décès, avec tampons et signature officielle coûte moins de 10 dollars au marché noir.

Même prix pour un document "prouvant" un emploi d’ancien fonctionnaire sous Saddam, précieux papier désormais, qui va permettre à son détenteur de réclamer une pension, une retraite ou une compensation pour perte d’emploi. Le certificat de propriété immobilière revient un peu plus cher qu’un vrai-faux passeport, lequel ne coûte qu’une trentaine de dollars. "Pour survivre, nous sommes devenus une nation de faussaires, de dissimulateurs et de menteurs", se lamente un sociologue connu de l’université de Bagdad qui ne peut évidemment pas être identifié.

Enlèvements de masse, assassinats interconfessionnels, attentats à la bombe, à la voiture, au camion et même à la moto piégée, les deux conflits qui ensanglantent l’Irak - celui mené par la guérilla sunnite et djihadiste contre les "occupants infidèles" et la guerre civile qui s’intensifie après chaque attentat - ne donnent aucun signe d’essoufflement. Au contraire. Milices contre milices, chacun des deux camps, sunnite et chiite, n’en finit pas de venger ses morts en perpétrant des hécatombes, à 90 % civiles. Le cycle de vengeances, de représailles et de contre-représailles s’amplifie. Certains pensent qu’il ne s’arrêtera qu’avec l’établissement de villes, villages et quartiers "monocolores" ou "monoconfessionnels" dans toutes les grandes villes "mixtes", à commencer par Bagdad.

En quatre mois, a établi fin juin l’Office onusien des migrations, au moins 150 000 personnes ont été contraintes par les diverses bandes armées et la terreur qu’elles inspirent, de quitter leur foyer pour se réfugier ailleurs. Dans ce contexte, les vraies-fausses cartes d’identité, portant des patronymes typiquement chiites ou sunnites, permettant de passer les différents check points sans dommage, s’arrachent au marché noir. Un chauffeur-déménageur chiite racontait la semaine passée, à Taji, à 20 km au nord de Bagdad, comment il avait pu miraculeusement survivre grâce à une fausse carte portant un nom sunnite, alors que des "insurgés" alignaient une dizaine de ses camarades au bord d’un fossé et les abattait l’un après l’autre.

Certaines tueries portent la marque de cette guerre civile qui ne dit pas son nom. D’autres défient toute logique. Début mai, dans le quartier majoritairement sunnite d’Al-Dora, des marchands de falafels - beignets de pois chiches écrasés - installés sur un trottoir voient débouler une bande de mouqanaayins armés. "Vous avez quatorze jours pour fermer boutique et déguerpir, ordonnent-ils. - Mais pourquoi ?, ose l’un d’eux. - Il n’y avait pas de falafels au temps du Prophète", ricane un barbu. "J’ai failli leur dire qu’il n’y avait pas non plus de kalachnikovs en ce temps-là, raconte Abou Zeinab, 37 ans, dont douze passés devant son chaudron d’huile. J’ai pensé que c’était tellement idiot qu’ils allaient changer d’avis. Trois jours après, deux de mes collègues ont été abattus. J’ai plié bagage." Quinze jours plus tard, sur l’avenue d’un quartier central "mixte" de Bagdad, huit jeunes lycéens en route pour un cours de sport sont la cible d’une rafale de fusil d’assaut tirée d’une voiture. Miracle, un convoi de policiers passait par là. Les voilà qui prennent les tueurs en chasse, parviennent à stopper un de leurs véhicules. Quatre assaillants masqués sont pris. On leur ôte leurs keffiehs. Le plus jeune a 14 ans, le plus âgé, 16. Pourquoi ont-ils tiré sur les gamins ? "Ils étaient en short, explique l’un d’eux. Conformément à l’islam, notre émir l’a interdit en public." Le 25 mai, à Saïdiya, Nasser Ali Hathem et Wissam Adel Odah, deux joueurs de l’équipe nationale de tennis, sont assassinés avec leur entraîneur, Ahmed Rachid, alors qu’ils viennent de déposer du linge dans une blanchisserie. Quelqu’un les repère, ils sont en short.

Arrêtés par des hommes masqués un peu plus loin, les deux joueurs sortent du véhicule, demandent une explication. Ils sont abattus d’une balle dans la tête, le troisième est tué au volant. Leurs cadavres sont tirés sur un talus, roués de coups de pied et abandonnés aux chiens errants qui pullulent désormais en ville. "Plus aucun sport n’est pratiqué publiquement dans le pays sauf au nord", se désole Jaffar, journaliste sportif au chômage. Le 25 juin, pour la première fois et à la demande de la fédération nationale, la finale du championnat de football irakien a dû être jouée au Kurdistan autonome, seule région, ethniquement homogène, à bénéficier d’une relative sécurité. Deux jours plus tard, lors d’un tournoi aux Pays-Bas, Ahmed Soulagh et Mohammed Jabbar, deux joueurs de l’équipe nationale de volley-ball pour handicapés, refusent de rentrer chez eux et demandent l’asile politique.

Quelques jours plus tôt, le 23 juin, des "cyber-djihadistes" proches d’Al-Qaida ont mis en ligne un film de 35 minutes intitulé La Coupe du monde des moudjahidins, une parodie de ce "maudit Mondial 2006" qui vise, selon eux, "à détourner la jeunesse musulmane de sa religion et de la guerre sainte". Le film montrait d’épouvantables scènes de torture et de tueries en Palestine, en Tchétchénie et en Irak, le tout émaillé de chants religieux, de versets coraniques et de discours d’Oussama Ben Laden. Le 27 juin, près de la ville sunnite de Baaqouba, une moto piégée explose sur une place publique du village chiite de Qeirnabat. De nombreux jeunes étaient dehors à regarder un match du Mondial sur une chaîne saoudienne. Bilan : 22 morts, dont plusieurs enfants.

On n’en finirait pas d’énumérer les sanglants indices de la "talibanisation" qui étouffe désormais la grande et vieille culture de Mésopotamie. Les assassinats motivés par la religion ou qui la prennent pour prétexte ont d’abord visé, dans la grande ville chiite de Bassora, au sud, puis à Bagdad dès le début de 2004, les marchands de boissons alcoolisées, le plus souvent chrétiens. Des centaines de magasins, d’entrepôts et plusieurs grandes brasseries industrielles ont été détruits, incendiés ou fermés par leurs propriétaires partis en exil. Les buveurs de la capitale, et ils étaient nombreux dans cette cité éminemment laïque jusque avant l’invasion d’avril 2003, ne savent plus où se fournir.

"L’un des derniers endroits ouverts, se désole Salah, un artiste peintre qui vit mal son régime sec, se trouve dans la "zone verte". Inaccessible pour nous." Il est difficile de rendre compte de l’ampleur du chaos qui, contrairement aux affirmations des "officiels", irakiens ou étrangers, semble bel et bien s’étendre dans le pays. Il faudrait évoquer le sort des filles, des femmes, à qui les polices autodésignées du "vice et de la vertu" interdisent désormais de conduire une automobile, de sortir sans être accompagnées d’un chaperon masculin, de se montrer sans hidjab sous peine d’être brutalisées et rasées, de porter des jeans ou des tee-shirts sous peine d’avoir les jambes brisées. Il faudrait parler des milices qui ont établi des "antennes de surveillance" à l’entrée des universités pour réprimer les contrevenantes. Il faudrait raconter les travaux en cours dans certains ministères tenus par des islamistes chiites - transports, éducation, santé, tourisme - pour construire des ascenseurs et des toilettes séparées pour hommes et femmes...

Patrice Claude (envoyé spécial)
Article paru dans Le Monde du 06.07.06

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