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En Irak, l’ayatollah Al-Sistani critique la Loi fondamentale

Les vingt-cinq dirigeants irakiens, réunis au sein du Conseil intérimaire de gouvernement (CIG), ont signé, lundi 8 mars, avec cinq jours de retard, la Loi fondamentale qui doit régir l’Irak jusqu’à l’adoption d’une Constitution à l’automne 2005. Le texte est présenté par les Etats-Unis comme étant le plus libéral jamais adopté dans un pays du Moyent-Orient. Profitant de la Journée internationale des femmes, des Irakiennes ont manifesté le même jour dans les rues de Bagdad, accusant l’occupant américain de faire malgré tout la part trop belle aux islamistes sur la scène politique.

Le document n’a pas été modifié au terme du report provoqué par le refus de cinq dirigeants chiites de signer la Loi fondamentale, tout en demeurant critiqué par leur guide spirituel, l’ayatollah Ali Al-Sistani. Après avoir consulté l’incontournable dignitaire à Nadjaf, ils ont finalement accepté la disposition qu’ils refusaient trois jours auparavant, c’est-à-dire le droit pour trois provinces irakiennes sur dix-huit de mettre, au terme d’un référendum, un veto à la future Constitution.

Certains chefs chiites, dont la communauté est majoritaire dans le pays et est impatiente de parvenir au pouvoir après avoir été opprimée sous Saddam Hussein, estiment que ce droit de veto offre un privilège exorbitant à la population du Kurdistan autonome, composé de trois provinces. Les Kurdes ont répliqué que cet article était justement l’un des piliers de l’idée de fédéralisme, acceptée dans son principe, et qu’il fallait veiller à ce que la majorité chiite n’impose pas arbitrairement ses vues aux minorités sunnite, kurde, chrétienne et turcomane.

L’ayatollah Al-Sistani a fait savoir qu’il demeurait insatisfait par certaines dispositions du texte. "Cette loi pose des obstacles à une Constitution permanente du pays, de nature à préserver son unité et les droits des adeptes des différentes religions et des membres des différentes ethnies", a-t-il déclaré, sans préciser sa pensée.

UN SUCCÈS POUR PAUL BREMER

L’ayatollah ne s’est néanmoins pas opposé à son adoption. Le guide spirituel chiite aurait-il ordonné aux cinq membres du CIG le report de trois jours uniquement pour réaffirmer son influence sur la classe dirigeante chiite, lui qui affirme par ailleurs, sans que nul le croie, ne pas se mêler d’affaires politiques ? Son intervention a de toute façon atténué la légitimité de cette Constitution provisoire, rappelant une nouvelle fois que tout ce qui émane du CIG, nommé par Washington, sera soumis à révision après des élections.

La signature de la Loi fondamentale, en dépit d’un processus un peu chaotique, est toutefois un succès pour Paul Bremer. L’administrateur américain en Irak a très clairement soutenu les laïques du Conseil de gouvernement et est parvenue à contrer certaines exigences des islamistes. Le texte stipule notamment que "l’islam est la religion officielle de l’Etat et une source de la législation", et non pas son "unique source", comme le souhaitaient le clergé chiite et certains oulémas sunnites.

Le président en exercice du Conseil de gouvernement, le chiite Mohammed Bahr Al-Ouloum, a estimé que la signature de la Loi fondamentale est "un tournant dans l’histoire de l’Irak et dans sa marche vers le retour à sa souveraineté". "Nous célébrons la naissance d’un nouvel Irak", s’est félicité le dirigeant kurde Massoud Barzani.

"LIBERTÉS INDIVIDUELLES"

"La Loi consacre l’égalité entre tous les Irakiens et accorde des garanties pour le respect des droits et des libertés individuelles", a ajouté le délégué sunnite Adnan Pachachi, très actif durant la rédaction du document. "Ne renoncez plus jamais à ces droits !", a-t-il conclu en s’adressant au peuple irakien.

Des droits, c’est aussi ce que réclamaient les dizaines d’Irakiennes qui ont manifesté lundi, en cette Journée internationale des femmes, sur la place Al-Ferdaous, lieu symbolique de la chute de Saddam Hussein. Yanar Mohammed, la directrice de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak, récemment condamnée à mort par une mystérieuse "Armée de Sahaba", estime que Paul Bremer et les dirigeants du CIG demeurent encore trop influencés par les islamistes.

"Après avoir été débarrassé de Saddam, l’Irak doit être débarrassé de ses idées ! dit-elle, discrètemement vêtue d’un gilet pare-balles. L’époque de l’oppression des femmes doit s’achever. Il faut rejeter toute distinction entre les sexes." S’en prenant à la loi islamique, elle se demande "quelle loi affirme qu’un homme vaut quatre femmes ?" Elle appelle les femmes à soutenir le Parti communiste irakien, co-organisateur de la manifestation, "le seul mouvement politique qui protège la femme irakienne".

Peu après la manifestation féministe, au moment même où le Conseil de gouvernement signait la Loi fondamentale, une explosion a retenti à 200 m de la place Al-Ferdaous. Une maison a été détruite par une roquette, tuant deux personnes et en blessant trois autres, mais c’est vraisemblablement un poste de police voisin qui était visé.

D’autres fortes explosions ont ensuite secoué Bagdad, sans qu’un point de chute de roquettes ou d’obus de mortiers soit identifié. La veille au soir, le quartier général de Paul Bremer, ainsi que l’hôtel Rachid, mitoyen, où logent les fonctionnaires américains, avaient eux aussi été la cible de tirs d’une dizaine de roquettes.

Pour les Irakiens, au-delà des discussions sur tel ou tel aspect constitutionnel, c’est cette violence qui met en danger le retour du pays à la stabilité politique. Et chacun craint qu’elle ne fasse qu’empirer d’ici au 30 juin, date du transfert de souveraineté et de la fin officielle de l’occupation américaine.

Rémy Ourdan

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Auteurs
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
Congrès des libertés en Irak
Solidarité internationale
Parti communiste-ouvrier d’Irak
Fédération internationale des réfugiés irakiens
Yanar Mohammed
Solidarité Irak
Nicolas Dessaux
Houzan Mahmoud
Stéphane Julien
Olivier Théo
Falah Alwan
Bill Weinberg
Organisation pour la liberté des femmes en Irak
Mansoor Hekmat
Azar Majedi
SUD Education
Camille Boudjak
Parti communiste-ouvrier du Kurdistan
Karim Landais
Muayad Ahmed
Richard Greeman
Tewfik Allal
Alexandre de Lyon
Fédération irakienne des syndicats du pétrole
Yves Coleman
Olivier Delbeke
Regroupement révolutionnaire caennais
Vincent Présumey

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