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Grève de l’électricité à Bassora. Bassora se débat dans la ruine industrielle.

Voici cinq jours, les travailleurs des usines électriques de Najbeeya et Haata, et des stations de Khor Zubair et She’iba, ont lancé un mouvement de protestation et de manifestations contre les bas salaires et les horaires prolongés. A Najbeeya, les travailleurs ont attaqué les bâtiments de l’administration et le patron lui-même, Hammad Salem Rghabdeaan, un homme connu pour maltraiter les travailleurs, désormais protégé par les milices patronales, les brigades Sciri’s badr, qui travaillent également pour le chef de l’autorité portuaire de irakienne, Abdel Razzaq, lui-même la cible de cocktails Molotov lancés par des travailleurs à plusieurs reprises.

Rgahbdaan, un ancien baathiste influent, dispose d’un bureau confortable, avec une gigantesque télévision par satellite, des sofas, un bureau aussi coûteux qu’ imposant, de jeunes mignons de sexe masculin qui lui servent du chocolat dans des bols de cristal. Il dénie l’existence même des syndicats, utilisant les recommandations de Bremer [représentant civil de la force d’occupation, ndt] pour retarder toute reconnaissance, fait pression sur les ouvriers du bâtiment pour qu’il retardent la construction des locaux syndicaux, a autorisé un ancien employé de ses amis a squatter l’ancienne crèche de l’usine avec sa famille, bien qu’il ait sa propre maison à Gurna et qu’il ait fallu mettre 28 enfants en dehors de cet espace sécurisé pour les laisser toute la journée dans les bras de leur mère, ou les suivre dans un environnement sinistre et dangereux. La nouvelle crèche est un ancienne cantine, où un câble électrique pend lâchement en plein milieu, sans aucun mobilier, et simplement rénové d’un coup de peinture lent et soigneux. Rghabdaan paye des salaires d’esclaves (2000 Dinars par jour, soit un peu plus d’un dollar US, l’équivalent d’un kilo de pommes ou de pommes de terres, ou encore d’un paquet de cigarettes) à des retraités obligés de reprendre du boulot pour survivre au désespoir ; il paye une base 60 $ par mois pour ceux qui avaient moins de cinq ans de service au dernier compte il y a deux mois. Les femmes sont également victimes d’une discrimination, puisqu’elles reçoivent 10 à 20 000 Dinars par semaine de moins que leurs collègues masculins, soit une coupe équivalente à plus d’une journée de salaire. Ce scandale est une violation de la convention internationale du travail n° 100 sur la rémunération égale, dont l’Irak est signataire. Rghabdaan est également attaqué par la seule femme syndicaliste de l’usine, une mère qui emmène partout avec elle Saif, son fils de cinq ans, qui n’hésite pas à critiquer publiquement la direction. des amis m’ont signalé qu’il l’avait publiquement poussée, ce qui est culturellement une attaque grave. Enfin, il n’y a à Najebyaa ni chaussures, ni combinaisons, ni masques, ni gants, ni équipement de premiers soins, ni système de communication d’urgence ou de ceintures de sécurité. Aucune des reconstructions majeures nécessaires n’a été effectuée, neuf mois après le début de l’occupation.

Alors que certains travailleurs du service public reçoivent jusqu’à 70,000 Dinars (40 $), Rghabdaan donne à ses ouvriers 5,000 Dinars (3 $) . Durant la contestation dans l’usine, les ouvriers se sont attaqués aux bâtiments de l’administration et au bureau de Rghabdaan, l’ont attrapés par le col et lui ont donné une correction. Les travailleurs de Haarta ont mené une contestation similaire, là aussi contre les bas salaires et les mauvaises conditions. Nombreux travaillent 15 heures par jour, quand un officiel en fait six, dans des conditions bruyantes, exposés aux fumées du monoxyde de carbone, sans aucun équipement de sécurité. De la même manière qu’à Najbeeya, il n’y aucun système de communication d’urgence pour informer les ouvriers des six étages en cas de dysfonctionnement potentiellement létal. La turbine principale du système de la section de contrôle est maintenue dans la boue pour la refroidir, puisque le système automatique est cassé depuis longtemps. L’équipement de sécurité, quand il n’a pas été volé, date des années 80 et est insuffisant.

L’usine électrique travaille actuellement à 25 % de sa capacité, avec un seul de ses générateurs opérationnels, qui a été reconstruit de façon autonome par les travailleurs, en utilisant des pièces détachées récupérées sur les générateurs endommagés. Betchtell, la corporation US qui a remporté le contrat de conduite des réparations d’urgence des usines d’électricité bombardées, a été paralysée dans ses efforts pour mettre en place la reconstruction. Le géant de la technologie japonaise Mitsubishi a construit Haartha il y a 20 ans. Il est le seul à posséder tous les plans et dessins, dont les cruciales pièces détachées qui manquent à l’usine Le Sud, la plus grande et la plus importante ? Et Mitsubishi reste officiellement en dehors d’Irak pour encore deux ans, en raison des questions de sécurité. Les chances de recharger Basra en électricité sont minces. Elles reposent, soit sur la possibilité de moulage des parties moribondes pour les générateurs massifs, soit de construire des usines mobiles, une solution chère, instable et non-durable. Basra connaît des coupures quotidiennes, quelquefois trois fois par jour. Le vieux système Baas, qui consistait à divertir 70 % de la production électrique du pays et la détourner vers Badgad, en affamant le Sud mal contrôlé, continue.

Personne ne boit l’eau du robinet, l’eau non-purifiée et salée et cause la chute des cheveux, qui partent en touffes dans la douche ; la peau se gerce et se constelle de boutons, particulièrement pour les jeunes enfants à la peau sensible. Et ceux qui ne peuvent pas se payer un bidon de 5 litres à 250 Dinars doivent souffrir de l’eau du robinet qui donne soif. Bechtell, qui a provoqué une insurrection à Cochabamba, en Bolivie, quand elle privatisé l’eau, augmentant les prix de 60 %, est maintenant responsable des réparations les canalisations d’eau douce endommagées de Basra. Selon un ingénieur du projet avec lequel j’ai discuté, Bechtell va simplement faire des réparations mineures et les canaux vont être progressivement réemployés plutôt que reconstruits, et les travailleurs ont toujours des équipement de sécurité inadéquats.

La réaction de la direction des usines affectées par les travailleurs a été simple : « nous avons les mains liées, c’est la responsabilité du CPA ». Effectivement, le gouvernement d’occupation a institué ses propres lois, incluant l’abaissement des salaires du secteur public. Les payement d’urgence étaient de 60, 100, 120 et 220 $ au début de l’occupation. Maintenant, le plus bas salaire sur la grille du CPA est de 69 000 Dinars, soit 40 $. Il faut passer trois gardes et 31 échelons, sur une grille de 130, pour arriver au plus bas salaire de l’ancienne grille, équivalent à l’actuel grade 9, 1er échelon, de 60 $ (102 000 Dinars). L’Ordre n° 30 sur la réforme des salaires et les conditions d’emploi des employés de l’état a également éliminé toutes les primes de logement, repas, famille, risque et installation.

Les représentants du syndicat du secteur de l’électricité, y compris Hashimiya Masin de Najebeeya, ont rencontré le gouverneur de Basra, Wael Abdul Lahtif, et l’ont informé de leur résolution sur l’échelle de salaires du CPA. « Si nos salaires ne sont pas corrigés, nous allons stopper tout signe de vie ici, nous allons couper toute l’électricité de Basra. « . Et si on coupe le courant, après trois ou quatre jours, les usines de gaz et de pétrole, les entreprises, les magasins et les hôtels feront de même. La grève actuelle de l’électricité fait écho à celle du syndicat de la South Oil Company (SOC), il y a deux semaines, qui a obligé le ministre du pétrole est accouru lui-même à Basra pour des négociations d’urgence avec les dirigeants syndicaux pour prévenir les manifestations et la résistance armée des travailleurs, quitte a utiliser la troupe pour reprendre les pompes à pétrole. Les Membres du syndicat de la SOC ont rédigé leur propre grille de salaires en réponse à celle dictée par le CPA et ont exigée qu’elle soit acceptée, sous peine d’une action de grève, armée si nécessaire, dans chaque place où le syndicat est implanté. Tous les travailleurs ont été ramenés au niveau de le salaire d’urgence immédiatement, et la grille de salaires du syndicat sera mise en place le mois suivant, comme demandé.

Le syndicat du secteur de l’électricité conseille, coopère et coordonne avec le syndicat de la SOC mais leur boulot est plus dur, en raison de l’absence de soutien de la direction. A SOC, le directeur général a pleinement soutenu la grille de salaire autonome du syndicat.

Le gouverneur de Basra a pris les revendications du syndicat au sérieux et à écrit un mémo secret urgent au ministre de l’énergie pour lui signaler de la menace de grève et de ramener les travailleurs au système de salaire d’urgence ((ASAP)). Il lui a demandé une réponse rapide et lui a déclaré formellement que le si le ministre ne retardait pas la mise en application de la grille de salaire du CPA, il y aurait une grève majeure à Basra. Le mémo se termine par « Veuillez donner à ce problème la plus importante considération ». Il a également été envoyé en copie au Conseil de gouvernement.

La délégation a déclaré au Gouverneur : « Nous prenons en considération le bénéfice de notre pays, mais nous avons surtout en tête le bénéfice des travailleurs. Nous sommes venu vous voir pour exposer nos plans, par respect pour vous et parce que vous représentez le peuple de Basra, mais s’il aucun résultat ne sort de nos négociations, nous irons à la grève totale ». D’autres points ont porté sur la paye égale pour les femmes, la formation et l’élévation du statut des femmes, le congé maternité, l’interdiction du travail de nuit, et la présence de crèches et d’équipement de soins pour les enfants sur tous les lieux de travail.

Samir Hanoon, négociateur et vice-président de la Fédération des syndicats d’Iraq, a qui l’on a demandé comment réagirait les syndicats s’ils étaient forcé à la grève : « Nous, les syndicats, nous espérons que cette grève pourra être conduite sans dommages et selon la loi. Si nous ne pouvons gagner selon une procédure légale, s’il n’y a pas de résultat positif pour nos revendications, nous ferons des émeutes, des manifestations, des coupures totales. Nous réalisons qu’il faudra faire des sacrifices, mais nous sommes prêts à les accepter pour la réussite de nos revendications. Notre véritable problème est maintenant le CPA, avec Paul Bremmer ».

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