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Un monde meilleur (programme du PCT - première partie)

Bases sociales et intellectuelles du communisme ouvrier

Un monde meilleur

Changer le monde pour en créer un meilleur a été, tout au long de l’histoire de l’humanité, une aspiration profonde. Il est vrai que le monde d’aujourd’hui est dominé par des idées fatalistes, religieuses ou non, qui considèrent comme inévitable la sinistre situation actuelle de l’humanité. Néanmoins, l’action, la vie réelle des gens révèlent un espoir solidement ancré dans la possibilité d’un futur meilleur, et même son inéluctabilité. Cet espoir que le monde de demain sera libéré des inégalités actuelles, des difficultés et des privations, l’idée que les gens pourront, individuellement et collectivement, influencer la forme du monde à venir, est profondément enracinée. C’est elle qui guide la vie et l’action d’un grand nombre de gens.
Le communisme ouvrier, avant toute chose, appartient à cette inébranlable espoir de personnes innombrables, de générations successives, pour qui construire un monde futur meilleur de leur propres mains est à la fois nécessaire et possible.

Liberté, égalité, prospérité

Il est clair que l’image que tout un chacun se fait d’un monde idéal n’est identique. Pourtant, au long de l’histoire de l’humanité, certaines idées sont devenues synonyme de bonheur humain et de progrès social, si bien qu’elles constituent aujourd’hui les principes essentiels du vocabulaire politique à l’échelle mondiale.
Ces idéaux forment précisément les fondations intellectuelles du communisme ouvrier. Le communisme ouvrier est un mouvement pour changer le monde et bâtir une société libre, égale, humaine et prospère.
Lutte de classe : prolétariat et bourgeoisie
Cependant, les communistes ouvriers ne sont pas juste des réformateurs utopistes et des sauveurs héroïques de l’humanité. La société communiste n’est pas une recette conçue par de bienveillants je-sais-tout. Le communisme ouvrier est un mouvement qui naît de la société capitaliste elle-même, un mouvement qui reflète les conceptions, les idéaux et les revendications de la majeure partie de cette même société.

L’histoire de toutes les sociétés jusqu’à ce jour à été celle de la lutte des classes. Une lutte ininterrompue, parfois cachée et parfois ouverte, entre exploiteurs et les exploités, oppresseurs et les opprimés, à différentes époques et dans différentes sociétés. Cette lutte des classes est la principale source de transformation sociale.
Les sociétés antérieures étaient construites selon une hiérarchie complexe de classes et de couches sociales. La société capitaliste, cependant, a grandement simplifié cette division. Malgré la variété des emplois et la division extensive du travail, la société actuelle est organisée autour des deux principales classes opposées, les travailleurs et les capitalistes, ou encore, le prolétariat et la bourgeoisie.

L’opposition entre ces deux camps est, fondamentalement, la source d’une multiplicité de conflits économiques, politiques, intellectuels et culturels dans la société existante. Non seulement la vie politique et économique, mais aussi culturelle, intellectuelle et scientifique de l’humanité actuelle - des domaines qui apparaissent comme indépendants des classes - portent la marque de cet division centrale dans la société capitaliste moderne. Le camp du prolétariat, des travailleurs, malgré la variété d’idées, de tendances et de partis en son sein, représente la volonté de changer le système en faveur des pauvres et des opprimés. Le camp de la bourgeoisie - là encore dans ses différents courants de pensée, ses partis politiques, ses penseurs et ses leaders - tient pour la préservation du status quo, la protection du système capitaliste et des privilèges économiques et politiques de la bourgeoisie, face au désir d’égalité et de liberté des travailleurs.
Le communisme ouvrier naît de la lutte de classes. Il appartient au camp du prolétariat. Le communisme ouvrier est le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière pour renverser le système capitaliste et créer une nouvelle société sans classes et sans exploitation.

Le communisme ouvrier

Cependant, la liberté et l’égalité, pas plus que l’idée d’abolition des classes et de l’exploitation, ne sont pas exclusifs au communisme ouvrier. Ces objectifs ont déjà été le mot d’ordre d’autres mouvements et d’autres classes opprimées dans les sociétés antérieures. Ce qui distingue le communisme ouvrier, c’est le fait qu’il émerge en opposition avec le capitalisme, c’est-à-dire le dernier et le plus moderne des systèmes de classes.

Le communisme ouvrier est le mouvement social du prolétariat, une classe qui est elle-même un produit du capitalisme et de la production industrielle moderne, la principale classe exploitée de ce système. C’est une classe qui vit de la vente de sa force de travail et n’a aucun autre moyen de vivre que sa force de travail. Le prolétaire n’est ni un esclave, ni un serf, ni un artisan ; il n’appartient à personne, pas plus qu’il ne possède ses moyens de production. Il est à la fois libre et forcé de vendre sa force de travail au capital.

Les principes sociaux du communisme ouvrier proviennent d’une critique des fondements économiques, sociaux et intellectuels du capitalisme. Cette critique est fondée du point de vue de la classe salariée, et de ce fait, elle est globale et révolutionnaire. La conception que les travailleurs se font de la liberté, de l’égalité et du bonheur humain est, et à toujours été dans les sociétés passées, un reflet des rapports sociaux existants et de sa propre position vis-à-vis de la production et de la propriété. La conception de la liberté d’un esclave ne pouvait pas aller au delà de l’abolition de l’esclavage, et celle de l’égalité d’un serf ou d’un artisan urbain ne pouvaient être autre chose que l’égalité du droit de propriété. Mais avec l’émergence du prolétariat, alors que la grande masse des producteurs était libre de toute forme de propriété sur les moyens de production, une classe dont les liens économiques et l’exploitation est précisément fondée sur sa liberté juridique, les concepts de liberté et d’égalité ont changés. Le prolétariat ne peut se libérer lui-même, sans une société qui soit également libéré des divisions de classes et de la propriété privée des moyens de production. L’égalité n’est pas une simple notion juridique, mais aussi, et fondamentalement, une notion sociale et économique.

Avec le marxisme, la critique prolétarienne du capitalisme, le mouvement communiste ouvrier et ses conceptions sociales ont émergé de la révolution industrielle, atteignant une cohérence, une clarté et une vigueur théorique immense. Le mouvement communiste ouvrier a depuis été inséparablement lié au marxisme et à la critique marxiste de l’économie politique de la société capitaliste.

Le communisme ouvrier est un mouvement social qui est né avec l’émergence du capitalisme et de la classe salariée ; il représente la critique ouvrière la plus profonde et la plus universelle du capitalisme et de ses maux. Les objectifs et le programme pratique de ce mouvement sont basés sur la critique marxiste des fondements du capitalisme contemporain, c’est-à-dire de la forme la plus moderne et la plus avancée de la société de classes.

Le communisme ouvrier n’est pas un mouvement séparé de la classe ouvrière. Il n’a pas d’intérêts distincts de ceux de la classe ouvrière dans son ensemble. Ce qui le distingue ce mouvement des autres mouvements de travailleurs est, premièrement, que dans les luttes de classes dans différents pays, l se fait toujours le défenseur de l’unité et des intérêts communs des travailleurs du monde entier, et deuxièmement, que dans les différentes étapes de ces luttes, il représente les intérêts de la classe ouvrière dans son ensemble. Ainsi, le communisme ouvrier est le mouvement de la section la plus avancée de la classe ouvrière, qui comprend le but ultime et les conditions et pré-recquis de la victoire et essaie de rallier les différentes sections de la classe ouvrière.

Le capitalisme
Un bilan

Le système capitaliste est derrière tous les maux qui sont le fardeau de l’humanité aujourd’hui. La pauvreté, la privation, la discrimination, l’inégalité, la répression politique, l’ignorance, la bigoterie, l’arriération culturelle, le chômage, l’absence de logement, l’insécurité économique et politique, la corruption et le crime sont les produits inévitables de ce système. Il ne fait pas de doute que les apologistes bourgeois se précipiteront pour nous dire que tout cela n’a pas été inventé par le capitalisme, mais que tout cela existait avant , que l’exploitation, la répression, la discrimination, l’oppression des femmes, l’ignorance, les préjugés, la religion et la prostitution, sont plus ou moins aussi vieux que la société humaine elle-même.

Ce qui est important ici, c‘est le fait que, premièrement, tous ces problèmes ont trouvé une nouvelle signification dans cette société, correspondant aux besoins du capitalisme. Ils ont été constamment reproduits comme des parties intégrales du système capitaliste moderne. La source de la pauvreté, de la faim, du chômage, de l’absence de logements et de l’insécurité économique à la fin du XXe siècle est le système économique en place. La dictature brutale, la guerre, les génocides et les répressions qui définissent la vie de centaines de millions de personnes aujourd’hui puisent leur rationalité dans les besoins du système qui dirige le monde actuel et en sert les intérêts particuliers. L’oppression actuelle des femmes aujourd’hui n’est pas le résultat d’une économie et d’une morale médiévale, mais le produit de la société actuelle avec son système économique et social et ses valeurs morales.

Deuxièmement, c’est la bourgeoisie et le système capitaliste eux-mêmes qui résistent continuellement à l’effort populaire pour éradiquer ces maux. L’obstacle aux luttes des travailleurs pour améliorer leurs conditions de vie et les droits civils n’est rien d’autre que la bourgeoisie, ses gouvernements, ses partis et ses apologistes. Partout où le peuple se soulève dans les régions les plus pauvres pour prendre en charge sa propre vie, la première barrière qu’ils rencontrent sont les forces armées de la bourgeoisie locale et internationale. C’est l’état bourgeois, son énorme appareil de propagande et de médias, ses institutions religieuses, ses traditions, sa morale et son système éducatif qui forment les mentalités arriérées et les préjugés de génération en génération. Il ne fait aucun doute que c’est le capitalisme et la bourgeoisie qui se mettent en travers du chemin de millions de personnes menées aux extrémités et qui recherchent, plus ou moins clairement, les contours d’une société nouvelle, digne et humaine, qui veulent changer ce système.

Aujourd’hui, à la fin du XXe s., avec la montée en puissance de la globalisation du capitalisme et au beau milieu de la plus grande des révolutions technologiques, l’humanité se trouve placée dans la période la plus critique de son histoire. Les conditions de survie physiques les plus rudes sont le lot quotidien de millions de personnes, des les pays pauvres de l’Afrique et de l’Asie jusqu’aux capitales occidentales. Pour les pays les plus arriérés, l’espoir du développement économique est maintenant totalement brisé. Le rêve de la croissance économique a ouvert la voie d’un cauchemar permanent de famine, de privations et de maladies. Dans l’Europe avancée et aux USA, la succession d’années de récession, les promesses misérables de la « croissance sans emploi » portent le même projet de cauchemar pour des millions de familles ouvrières. Tout autour du monde, guerres et génocides font des ravages. Les volte-face culturelles et intellectuelles progressent : résurgence du fanatisme religieux, du chauvinisme mâle, racisme, tribalisme et fascisme, désagrégation des droits individuels et du statut dans la société, abandon complet de la vie de millions de personnes, jeunes et vieilles, à la merci du marché libre. Dans la plupart des pays, le crime organisé est devenu un fait permanent de la vie et une partie intégrante du fonctionnement économique et politique de la société. La drogue et le pouvoir croissant des réseaux criminels engagé dans la production et le trafic de drogues est maintenant un problème international insoluble. Le système capitaliste et la primauté du profit ont exposé l’environnement à de graves dangers et à des dégâts irréparables. Les penseurs et les analystes bourgeois n’essaient même pas de dire qu’ils ont une solution à tous ces problèmes. Voilà la réalité du capitalisme actuel : un futur horrifiant pour l’humanité toute entière.

Les fondements du capitalisme

La société actuelle est sans aucun doute complexe et sophistiquée. Des milliards de personnes sont en interaction permanente dans un étalage élaboré de relations économiques, sociales et politiques. La technologie et la production ont pris des proportions gigantesques. La vie culturelle et intellectuelle de l’humanité , tout autant que ses problèmes et ses difficultés, est large et diverse. Mais cette complexité ne fait que maintenir hors de vue les réalités simples et compréhensibles qui forment le tissu économique et social du monde capitaliste.

Comme tout autre système de classe, le capitalisme est fondé sur l’exploitation des producteurs directs - l’appropriation d’une partie de leur produit par les classes dirigeantes. La caractères spécifique de tout système social, à différentes époques, repose dans la manière particulière dont l’exploitation prend place dans chaque système. Dans l’esclavage, non seulement la production, mais aussi l’esclave lui-même appartenait au propriétaire. Il travaillait pour lui, et en retour, était conservé en vie. Dans le système féodal, les paysans, soit donnaient une partie de leur part au seigneur féodal, soit faisaient un certain nombre d’heures de travail forcé ou non-payé. Sous le capitalisme, l’exploitation a de toutes autres bases.

Ici, les principaux producteurs, c’est-à-dire les travailleurs, sont libres ; ils n’appartiennent à personne, ne sont l’apanage d’aucun état, ne sont liés à aucun seigneur. Ils possèdent et contrôlent leur propre corps et leur force de travail. Mais ils sont également « libres » dans un autre sens : ils sont « libres » de la possession des moyens de production, et ainsi, de vivre ; ils doivent vendre leur force de travail pour une certaine durée de temps, en échange d’un salaire, à la classe capitaliste, c’est-à-dire à une petite minorité qui possède et monopolise les moyens de production. Les travailleurs doivent ensuite acheter leurs moyens de subsistance - les biens qu’ils ont eux-mêmes produit - sur le marché capitaliste. L’essence du capitalisme, la base de l’exploitation, est le fait que, d’un côté, le travail est une marchandise et que, de l’autre, les moyens de production sont la propriété privée de la classe capitaliste.

Sans travail vivant, la force de travail qui permet aux instruments de travail de fonctionner et de créer de nouveaux produits, l’existence de la société, la survie même des êtres humains et la satisfaction de leurs besoins, est inconcevable. C’est vrai dans n’importe quel système. Mais dans le capitalisme, la force de travail et les moyens de production sont isolés l’un de l’autre par les murs de la propriété privée ; ils sont des marchandises et leurs propriétaires doivent se rencontrer sur le marché. En face d’eux, les propriétaires de ces marchandises entrent dans une transaction libre et égale : le travailleur ou la travailleuse vend sa force de travail pour une certaine période, en échange d’un salaire, au capitaliste, c’est-à-dire au propriétaire des moyens de production ; le capitaliste emploie cette force de travail pour produire de nouveaux produits. Ces marchandises sont ensuite vendues sur le marché et le revenu est employé, comme capital, pour lancer un nouveau cycle de production, .

Pourtant, derrière cet échange apparemment égal entre le travail et le capital, se trouve une énorme inégalité ; une inégalité qui définit le lot commun de l’humanité aujourd’hui, et dont l’élimination est la condition d’une société libre. Avec les salaires, les travailleurs ne reçoivent que ce qu’ils ont vendu, c’est-à-dire leur capacité de travail et de continuer à exister sur le marché du travail. Mais par ce travail quotidien, la classe ouvrière assure seulement la continuation de son existence, sa survie comme vendeur quotidien de force de travail. Mais dans ce processus, le capital s’accroît et s’accumule. La force de travail est une puissance créatrice, elle génère une valeur nouvelle pour son acheteur. La valeur des marchandises et des services produite par le travailleur dans n’importe quel cycle du processus de production est plus grande que la part que le travailleur reçoit et que celle qui va dans l’usure et la réparation des matériaux usés. Cette valeur supplémentaire, ou plus-value, prend la forme d’une immense accumulation de marchandises, qui appartient automatiquement à la classe capitaliste, et qui augmente la masse de son capital, par la vertu de la propriété de la classe capitaliste sur les moyens de production. La force de travail, dans son échange avec le capital ne fait que se reproduire, alors que le capital, dans son échange avec le travail, s’accroît. La capacité créatrice de la force de travail et l’activité productive de la classe ouvrière se reflète dans la naissance d’un nouveau capital pour la classe capitaliste. Plus et mieux la classe ouvrière travaille, plus le capital acquière de puissance. Le gigantesque pouvoir du capital dans le monde actuel et sa domination toujours plus grande sur la vie économique, politique et intellectuelle de milliards d’habitants de la terre, n’est rien d’autre que l’image inversée du pouvoir créateur du travail et l’humanité travailleuse.

Ainsi, l’exploitation dans la société capitaliste prend place sans joug sur les épaules et sans chaînes aux pieds des producteurs, par le moyen du marché et de l’échange libre et égal de marchandises. C’est le trait fondamental du capitalisme qui le distingue dans son essence de tous les systèmes antérieurs.

La plus-value obtenue par l’exploitation de la classe ouvrière est divisée entre différentes sections de la classe capitaliste, essentiellement à travers les mécanismes du marché et les politiques fiscales et monétaires de l’état. Le profit, l’intérêt et la rente sont les formes majeures dans lesquelles différents capitaux partagent les fruits de cette exploitation de classe. La compétition des capitaux sur le marché détermine la part de chaque branche, unité et entreprise capitaliste.

Mais ce n’est pas tout. Cette plus-value paye le coût intégral de l’appareil d’état de la bourgeoisie, son armée et son administration, de ses institutions idéologiques et culturelles, et l’entretien de tous ceux qui, à travers ces institutions, maintiennent le pouvoir de la bourgeoisie. Par son travail, la classe ouvrière paye le coût de la classe dirigeante, l’augmentation incessante de capital et la domination politique, culturelle et intellectuelle de la bourgeoisie sur la classe ouvrière et la société toute entière.

Avec l’accumulation de capital, la masse des marchandises qui forment la richesse de la société bourgeoise augmente. L’un des résultats inévitables de ce processus d’accumulation est l’accélération continuelle du progrès technologique et l’augmentation de la masse et de la capacité des moyens de production que la classe ouvrière met en action dans chaque nouveau cycle du processus de production. Mais, comparée à la croissance de la richesse sociale et des forces productives, la classe ouvrière devient, relativement de plus en plus pauvre. En dépit d’une croissance graduelle et limitée, en termes absolus, des conditions de vie des travailleurs, la part de la richesse sociale perçue par la classe ouvrière décline rapidement, et le fossé entre les conditions de vie de la classe ouvrière et les conditions les plus élevées rendues possibles par son propre travail s’élargit. Plus la société s’enrichit, plus la section formée par les travailleurs s’appauvrit.

Le progrès technologique et l’augmentation de la productivité du travail signifie que la force de travail vivant est de plus en plus remplacée par les machines et les systèmes automatiques. Dans une société libre et humaine, cela signifie plus de temps libre et de loisirs pour tous. Mais dans la société capitaliste, où la force de travail et les moyens de production sont seulement autant de marchandises que le capital emploie pour faire des profits, la substitution des machines aux humains se manifeste par le chômage permanent d’une section qui se voit maintenant déniée la possibilité même de gagner sa vie. L’apparition d’une armée de réserve de travailleurs qui n’ont même plus la possibilité de vendre leur force de travail est le résultat inévitable du processus d’accumulation du capital et en même temps, la condition de la production capitaliste. L’existence de cette armée de réserve de chômeurs, soutenue essentiellement par la section employée de la classe ouvrière elle-même ; renforce la compétition dans les rangs de la classe ouvrière et maintient les salaires à leur plus bas niveau social possible. Cette armée de réserve permet également au capital de modifier plus facilement le volume de sa force de travail employée en proportion des besoins du marché. Le chômage massif n’est pas un effet secondaire du marché, ou le résultat d’une mauvaise politique de quelque gouvernement. C’est une part inhérente du fonctionnement du capitalisme et du processus d’accumulation du capital.

Les crises économiques périodiques avec leurs catastrophes économiques et leurs conséquences sociales sont un trait inévitable du système capitaliste. Ces crises jaillissent essentiellement des contradictions fondamentales au sein du processus d’accumulation lui-même : alors que le travail est le source de la plus-value et du profit, le processus d’accumulation et l’inévitable progrès technologique diminuent constamment le ratio de la force de travail par rapport aux moyens de production. La plus-value qui est produite, même si elle croît en termes absolus, ne peut normalement pas se maintenir avec la croissance du capital avancé. Par les lois matérielles du processus d’accumulation lui-même, donc, le taux de profit a une inévitable tendance à chuter. L’activité incessante pour retarder cette tendance et maintenir le taux de profit, spécialement à travers l’intensification de l’exploitation et la réduction de la part de la richesse sociale obtenue par la classe ouvrière - payée sous la forme de salaires, de services publics, etc. - est le business quotidien de la classe capitaliste, de ses divers gouvernements, et du large corps des économistes bourgeois, des managers et des experts tout autour du monde.

Néanmoins, les contradictions internes du capital et la tendance à la chute du taux de profit, se manifestent périodiquement et jettent le système tout entier dans une crise profonde. Les périodes de stagnation et de crises ne sont pas seulement les signes et les symptômes de l’intensification des contradictions internes du capital, mais aussi les mécanismes pratiques de l’allégement et de la reconstruction du capital. La compétition entre les différentes sections du capital augmente et beaucoup sont conduites à la banqueroute. Les capitaux les plus faibles sont éliminés, améliorant les conditions de profitabilité pour ceux qui restent. D’un autre côté, la classe capitaliste et son état s’engage dans une large offensive sur les conditions de vie des travailleurs. Les rangs des chômeurs augmentent et l’exploitation de la classe ouvrière dans son ensemble s’intensifie.

Le capital émerge de chaque crise plus centralisé. Ainsi, la crise suivante prend des dimensions plus larges et plus profondes et donne lieu à un compétition plus sévère et à des conflits au sein de classe capitaliste. Les perspectives sociales deviennent chaque jour plus sombres et plus terrifiantes.

Les conséquences des contradictions du système capitaliste et de ses crises ne sont pas confinées à la sphère économique. Les guerres et les dévastations régionales et globales, le militarisme et les agressions militaires, les états policiers et autocratiques, les personnes, particulièrement les travailleurs, privées de leurs droits civils et politiques, la montée du terrorisme d’état, la résurgence de l’extrême-droite, et des tendances religieuses, nationalistes, racistes et misogynes - voilà les réalités du capitalisme contemporain, particulièrement en période de crise.

L’état et la superstructure politique

Les analystes bourgeois dépeignent l’état comme une administration nécessaire pour l’administration de la société dans l’intérêt commun de tous ; une institution supposée donner corps à la volonté collective et renforcer son pouvoir combiné. On nous dit que les lois existantes sont un recueil de principes naturels évidents, acceptés par tous, que l’état garantit et transforme en force. Se représenter l’état comme un corps autonome au dessus des intérêts de classe antagonistes est la pierre angulaire de l’idéologie bourgeoise. Cette idée est plus ancrée parmi les personnes des pays occidentaux avancés, qui ont eu des systèmes parlementaires plus stables. Mais même dans les pays les moins développés, en dépit de l’existence d’autocraties et d’états policiers, et malgré le peu de confiance des gens dans les états existants, l’idée de la nécessité de l’état n’est pas questionnée ; voir l’état comme une institution responsable de la direction de la société est profondément ancrée. L’extension du rôle économique de l’états, notamment dans le domaine des services publics et du contrôle et du management économique, dans les dernières décennies, a grandement renforcé ces illusions.

En réalité, l’état est le plus important instrument de la classe dominante pour maintenir subjuguées les masses exploitées. Historiquement, l’émergence de l’état résulte de l’apparition de l’exploitation et de la division de la société entre classes exploitées et exploiteuses. Malgré toute la complexité de la structure des états actuels, ils sont, aujourd’hui comme hier, des appareils de coercition, avec l’armée, les tribunaux et les prisons pour fondations. L’état est la forme organisée du pouvoir coercitif de la classe dirigeante. C’est un instrument de pouvoir de classe. Tout état, quelques soit sa forme et son apparence extérieure - monarchique ou une républicain, parlementaire ou despotique - est l’instrument de la dictature de la classe ou des classes dirigeantes.

Dans tous les systèmes, même l’esclavage le plus brutal des anciens temps où le caractère de classe de l‘état n’était pas caché, la classe dirigeante e toujours ressenti le besoin de donner une forme de légitimité à son état. Les monarchies et les dynasties, le règne de l’aristocratie, les théocraties et pouvoirs de droit divin, sont toutes des formes dans lesquelles une telle légitimité a été recherchée. Dans la société capitaliste, une société fondée sur le marché et où le capitaliste et le travailleur sont dépeints comme des agents « libres » entrant dans un contrat volontaire et égal, le droit de vote, le parlement et les système électoral sont les formes principales de légitimation du pouvoir de classe de la bourgeoisie. En surface, l’état est un instrument de direction politique par le peuple tout entier, formé par leur propre vote direct. Cil est certain que, d’un point de vue historique, le droit de vote et le parlement sont des gains importants de la lutte des travailleurs pour promouvoir leurs droits civils. Il est aussi clair que la vie dans un régime bourgeois libéral est beaucoup plus tolérable que la vie sous un régime militaire ou autocratique. Mais ces formes ne peuvent pas cacher la nature de classe de l’état moderne. Même dans les systèmes parlementaires les plus avancés, les plus stables et les libres, les travailleurs ont très peu de chance d’influencer l’action et la politique de l’état. Les systèmes parlementaires emploient une violence relativement moins ouverte et brutale, et laissent les positions de gouvernement alterner entre les différentes sections de la classe dirigeante à travers les élections générales périodiques. Ils peuvent ainsi s’assurer le pouvoir non-questionné de la bourgeoisie toute entière sur la politique de la société et la vie économique. La démocratie parlementaire n’est pas un mécanisme de participation du peuple u pouvoir politique. C’est un moyen de légitimerle pouvoir etladictature de la classe bourgeoise.

Culture, idéologie, morale

L’exploitation flagrante, la discrimination et l’aliénation des gens à une échelle aussi monstrueuse, ne pourrait bien évidemment pas durer si les victimes ne s’y soumettaient pas elles-mêmes et ne tentaient pas d’y trouver une rationalité. Faire passer cet état des choses pour légitime, naturel et éternel, intimider les gens et les soumettre, telle est la tâche des superstructures intellectuelles, culturelles et morales de la société. L’arsenal intellectuel et culturel de la bourgeoisie contre la liberté est gigantesque. C’est, pour partie, un héritage antique, poli et adapté aux besoins de la société bourgeoise. Les spectres de la religion, des préjugés, du tribalisme, du racisme et du chauvinisme mâle ont servi, à travers l’histoire, comme autant d’armes intellectuelles et culturelles dans les mains des classes dominantes pour réduire au silence les travailleuses et les travailleurs. De nos jours, sous de nouvelles formes, elles sont employées pour défendre la propriété bourgeoise et sa direction sur la société, face à la menace de la prise de conscience des travailleurs.

Mais la société bourgeoise a ajouté à cette artillerie intellectuelle et culturelle des armes plus efficaces. dans cette société, l’égoïsme et la compétition, c’est-à-dire la rationalité du comportement capitaliste sur le marché, sont décrites comme étant la nature humaine et sont exaltées comme telle. Les relations entre les personnes sont le reflet et le prolongement des relations entre les marchandises. La valeur et le statut des personnes sont mesurées par leur relation à la propriété. La bourgeoisie a rompu avec l’ancienne organisation sociale locale et étroite, elle lui a substitué les états-nations. Le tribalisme et l’esprit de clocher ont cédé la place au nationalisme et au patriotisme bourgeois comme les plus lourds fardeaux qui pèsent sur les épaules de la classe ouvrière.

Dans toute société, les idées dominantes sont celles de la classe dominante. Mais l’extension de la domination intellectuelle, culturelle et morale et le contrôle de la bourgeoisie sur la vie quotidienne sont sans précédent dans l’histoire. Les révolutions scientifiques, techniques et industrielles dans les deux siècles écoulés, ainsi que le puissant mécanisme du marché, qui transcende toutes les barrières nationales, tribales, politiques et culturelles, ont offert à la bourgeoisie de gigantesques possibilités de sauvegarder sa domination idéologique et de l’étendre à l’échelle mondiale.

Il en va de même dans la sphère de la production de idées que dans celle de production des biens. Le pouvoir créatif de l’humanité s’est retourné comme une arme contre elle-même. Tout au long du XXe siècle, de nombreuses innovations ont révolutionné les formes artistiques et littéraires et les moyens de communication de masse. Elles ont ouvert de nouveaux champs d’activité culturels, qui ont préparé la voie au bombardement constant des idées bourgeoises en direction de millions de personnes, sous des formes plus élaborées, subtiles et efficaces. Les technologies de l’information et les réseaux de chaînes satellites introduites durant les deux dernières décennies, qui ont grandement facilité le travail de collecte d’information et son transfert tout autour du globe, se sont, dans les mains de la bourgeoisie, transformées en une monstrueuse machinerie de désinformation, d’endoctrinement et de provocation. Les mass médias et la show-business, qui comptent parmi les secteurs les plus profitables du capital, ont pour bonne partie repris le rôle traditionnel de la famille, de la religion et même des organes répressifs de l’état. Ils jouent un rôle croissant dans la préservation de l’équilibre idéologique au sein de la société. Ils répandent les idées et les valeurs de la classe dominante, endoctrinent, contrôlent les esprits, intimident et atomisent les gens, servent de contre-feux aux idées critiques. Ces institutions, ces formes modernes de contrôle de la pensée, sont les piliers de la société bourgeoise, particulièrement en temps de crise, d’incertitude et de mécontentement populaire.

La lutte contre les idées réactionnaires dominantes a toujours été une composante de la lutte de classe des travailleurs. C’est, pour le mouvement communiste-ouvrier, une tâche cruciale.

La révolution sociale et le communisme

La société communiste libertaire

Il est facile de constater que le monde capitaliste est un monde à l’envers. Les relations entre les marchandises forment la base des relations entre les personnes. Le travail quotidien de millions de personnes pour construire le monde se manifeste sous la forme de la domination croissante du capital sur leurs vies. Le moteur de l’activité économique n’est pas la satisfaction des besoins des gens, mais la profitabilité du capital. Les progrès scientifiques et techniques, qui sont la clef du bien-être humain, transforment ce système en chômage massif et en pauvreté pour des centaines de millions de travailleurs. Dans une monde qui a été construit par la coopération et l’action collective, c’est la compétition qui règne. La liberté économique de chaque individu n’est qu’un masque qui cache mal l’inévitable obligation de revenir chaque jour sur le marché du travail. La liberté politique est une couverture pour l’absence de droits, un moyen pour légitimer le pouvoir politique de l’état de la classe capitaliste. La loi n’est rien d’autre que la volonté et l’intérêt de la classe dominante transformés en une règle qui nous enchevêtre. De l’amour et de la compassion au droit et à la justice, jusqu’à la science et à la vérité, il n’y aucun concept dans le monde capitaliste qui ne porte la marque de cette inversion.

Ce monde inversé doit être remis à l’endroit. C’est la tâche du communisme-ouvrier, c’est le but de la révolution communiste.

L’essence de la révolution communiste est l’abolition de la propriété privée des moyens de production et leur conversion en propriété commune de la société toute entière. La révolution communiste met fin à la division en classes de la société et aboli le travail salarié, mettant fin du même coup au marché, à l’échange de marchandises et à l’argent. La production pour le profit est remplacée par la production pour répondre aux besoins des gens et pour amener plus de prospérité pour tous. La travail, qui pour la plus grande partie de l’humanité, est dans la société capitaliste, une activité contrainte, mécanique et exténuante pour gagner sa vie, doit laisser place à une activité volontaire, créative et consciente pour enrichir la vie humaine. Tout le monde, du simple fait qu’il est un être humain et qu’il est né dans la société humaine, doit recevoir une part égale de toutes les ressources vitales et des produits de l’effort collectif. De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins, voila le principe de base de la société communiste.

Non seulement les divisions de classe, mais aussi celles entre les personnes en fonction de leur profession, doivent disparaître. Tous les champs de l’activité créatrice doivent être ouverts à tous et toutes. Le développement de chacun doit être la condition du développement de la société. La société communiste est une société globale. Les frontières et les divisions nationales disparaîtront et laisseront la place à une identité humaine universelle. La société communiste est libérée des religions, des superstitions, des traditions et des morales archaïques qui étouffent la libre pensée.

La disparition des classes et des antagonismes de classe rendra la société superflue. Dans la société communiste, l’état disparaît. La société communiste est une société sans état. L’administration des affaires de la société sera gérée par la coopération, le consensus et la prise de décision collective de l’ensemble de ses membres.

Ainsi, c’est dans la société communiste que les idéaux de liberté humaine et d’égalité sont pleinement réalisés pour la première fois. La liberté n’est pas seulement libération de l’oppression politique, mais aussi du besoin économique et de l’asservissement intellectuel. La liberté d’expérimenter et de jouir de la vie dans toutes ses dimensions les plus diverses. L’égalité n’est pas seulement devant la loi, mais dans la jouissance d’une prospérité sociale, matérielle et économique.

Le communisme n’est pas un rêve ou une utopie. Toutes les conditions de la formation d’une telle société ont déjà été créées au sein du monde capitaliste lui-même. Les forces productives, technologiques et scientifiques de l’humanité se sont accrues de telle manière que fonder une société dédiée au bien commun est parfaitement possible. L’avancée spectaculaire des technologies de la communication et de l’information durant les deux dernières décennies signifie que l’organisation d’une communauté mondiale avec une participation collective à la conception, la planification et l’exécution des différentes fonctions sociales est possible, bien plus qu’elle ne l’a jamais été. Une large part des ressources a été, jusqu’ici, gaspillée de différentes manières, voire délibérément employée pour bloquer les efforts tendant à améliorer la société et à satisfaire les besoins humains. Mais l’immense majorité des ressources matérielles de la société, l’épine dorsale de la société communiste, c’est la puissance créatrice et vivante de millions d‘hommes et de femmes libérés des entraves de classe, de l’esclavage salarié, de l’aliénation et de la dégradation. La liberté humaine est la garantie de la réalisation de la société communiste.

Le communisme n’est pas une utopie. C’est l’objectif et le résultat de la lutte d’une immense classe sociale contre le capitalisme, une lutte vivante, réelle, aussi vieille que la société bourgeoise elle-même. Le capitalisme lui-même a créé une grande force sociale qui peu matérialiser cet objectif libérateur. Le pouvoir chancelant du capital à l’échelle global est le reflet de la domination de la classe ouvrière mondiale. A la différence des autres classes opprimées de l’histoire de la société humaine, la classe ouvrière ne peut pas se libérer elle-même sans libérer l’ensemble de l’humanité. La société communiste est le produit de la révolution des travailleurs pour mettre fin à l’esclavage salarié, une révolution sociale qui transformera inévitablement les fondements des rapports de production dans leur ensemble.

La révolution prolétarienne et l’état des travailleurs

Les idéologues de la bourgeoisie accusent le marxisme et le communisme ouvrier d’être partisans de la violence pour parvenir à leurs objectifs sociaux. En réalité, c’est le système bourgeois lui-même qui est fondé sur la violence organisée, la violence contre la population, contre leurs corps et leurs esprits, contre leurs pensées et leurs émotions, contre leurs espoirs et leurs aspirations, contre leurs luttes pour améliorer leur vie et le monde dans lequel ils vivent.

Le travail salarié, la grande majorité des gens est contrainte quotidiennement à vendre leurs capacités physiques et intellectuelles pour gagner leur vie, est l’essence même de la violence inhérente à ce système. Cette violence nue a de nombreuses victimes : les femmes, les travailleurs, les enfants, les personnes âgées, celles qui vivent dans les régions pauvres du monde, toutes celle et ceux qui se battent pour leurs droits et résistent à l’oppression, toutes celles et ceux qui sont désignées comme appartenant à telle ou telle « minorité ». Dans ce système, à cause de la rivalité entre capitaux et blocs économiques, les guerres et les génocides atteignent des proportions stupéfiantes. Les technologies de guerre et de destruction massive sont bien plus avancées que celles employées pour la production de biens. L’arsenal global de la bourgeoisie peut annihiler ce monde plusieurs fois. C’est ce système qui a utilisé un tel arsenal d’armes nucléaires et chimiques. La société bourgeoise peut aussi se glorifier d’avoir fait de remarquables progrès pour transformer le crime, le meurtre, la violence et le viol en un fait routinier.

Est-ce qu’un tel système peut être balayé hors de la route de la libération humaine, est-il possible de mettre fin à sa violence permanente sans que les travailleurs recourent à la force ? Nulle part dans la théorie communiste, la force n’est considérée comme une composante nécessaire de la révolution ouvrière. Mais quiconque a le moindre sens des réalités sociales admettra que la classe dirigeante ne quittera pas sa place pacifiquement et qu’elle ne se pliera pas à la volonté de la majorité de changer le système. Si la protection quotidienne du business et des intérêts de a bourgeoisie est le boulot de l’état, défendre l’existence du capitalisme et de la propriété bourgeoise est son essence même. Si la simple revendication de meilleurs salaires et de la liberté d’expression encourent la colère de l’état, de la police et de l’armée, on peut imaginer le type de résistance qui sera opposée à toute tentative d’exproprier la bourgeoisie politiquement et économiquement. La violence de la bourgeoisie et de son état contre la révolution des travailleurs, contre la volonté de la majorité de la population qui, avec la classe ouvrière en tête, se lèvera pour mettre en place une nouvelle société, est inévitable.

La révolution des travailleurs doit briser l’état bourgeois. La résistance bourgeoise contre la révolution, et particulièrement contre les tentatives de transformer les moyens de production en propriété commune, continuera même après que l’état bourgeois ait été démantelé. Il est donc crucial d’établir un état des travailleurs qui pourra briser cette résistance et défendre la volonté de la révolution. Comme tout autre état, cet état des travailleurs n’est pas au dessus de la société et des classes. C’est la direction d’une classe. Mais cet état, qui dans la théorie marxiste est appelé dictature du prolétariat, est le pouvoir de la majorité exploitée qui dicte aux classes exploiteuse le décret de la liberté humaine et de l’égalité, qui défait leurs tentatives et leurs intrigues. Dans sa forme, l’état des travailleurs est un état libre, qui est organisé par les décisions directes et la volonté des masses travailleuses elles-mêmes. Par sa nature, c’est un état de transition qui disparaît aussitôt que les buts de la révolution ont été atteints.

Le parti communiste et l’internationale communiste de la classe ouvrière

Un pré-requis essentiel pour la victoire de la révolution sociale des travailleurs est la formation de partis communistes qui mettent en avant des perspectives pour la classe ouvrière et qui mène les forces de cette classe dans la lutte. Ces partis doivent être formés dans différents pays, comme des organisations des meneurs les plus conscients et les plus actifs des luttes des travailleurs. Le capitalisme est un système mondial, la classe ouvrière est une classe mondiale, le conflit des travailleurs avec la bourgeoisie est une lutte quotidienne à l’échelle globale, le socialisme est une alternative que la classe ouvrière propose à toute l’humanité. Le mouvement socialiste des travailleurs doit lui aussi être organisé à l’échelle globale. Construite une internationale communiste ouvrière, comme un corps unissant et menant la lute globale des travailleurs pour le socialisme, est une tâche urgente pour les différentes sections du mouvement communiste-ouvrier et les partis communistes-ouvriers à travers le monde.

Le communisme ouvrier et le communisme bourgeois

Durant la plus grande partie du XXe siècle, le marxisme et le commune ont joui d’un énorme respect dans les mouvements protestataires ou dans luttes pour des réformes, dans le monde entier. L’universalité et la profondeur de la pensée critique de Marx, l’humanité et l’égalitarisme de Marx et l’influence pratique des mouvements communistes ouvriers - résultant en particulier de la révolution ouvrière en Russie en 1917, qui a transformé le communisme en un espoir pour des millions de travailleurs à travers le monde - a eu pour résultats que de mouvements non-socialistes et non-ouvriers ont, tout au long du XXe siècle, pu présenter comme communistes et marxistes. La plupart de ces mouvements avaient très peu en commun avec les principes de base du communisme et du marxisme, et en réalité, ne souhaitaient que quelques réformes et un capitalisme modéré.

Le communisme était le nom adopté par le mouvement socialiste ouvrier au XIXe siècle pour se distinguer du socialisme non-révolutionnaire, et parfois même réactionnaire, des autres classes. Mais au XXe siècle, même ce nom de communisme a été employé de manière abusive par d’autres mouvements de classes, d’une telle manière qu’il a perdu sa signification première. Sous le nom générique de communisme, se sont retrouvées toutes les tendances sociales possibles, bien qu’elles n’aient jamais rien eu à voir, ni par leur programme, ni par leur origine sociale, avec le communisme ouvrier et le marxisme. Les rejetons de ce communisme non-ouvriers, en premier lieu le communisme bourgeois du bloc soviétique, sont devenus dans la pratique le courant principal officiel du communisme pendant la plus longue partie du XXe siècle. Le communisme ouvrier était rejeté dans la marge.

La tendance la plus importante du communisme bourgeois au XXe siècle est née en Union soviétique, après le déraillement et la défaite de la révolution ouvrière. Avec la révolution d’octobre 1917, le mouvement communiste ouvrier, mené par les Bolcheviks, est parvenu à briser le pouvoir d’état de la classe dominante, mettre en place le pouvoir ouvrier et même à battre les efforts militaires de la réaction vaincue pour restaurer son pouvoir perdu. Mais en dépit de cette victoire politique, la classe ouvrière russe a finalement échoué à transformer les rapports de production, c’est-à-dire à abolir le travail salarié et à transformer les moyens de production en propriété commune. Au milieu des années vingt, en réaction contre les contraintes économiques qui ont suivi la guerre et la révolution, et en l’absence de perspectives claires de transformation socialiste des relations économiques, le nationalisme en est venu à dominer le programme économique et politique du parti et du mouvement ouvrier russe. Ce qui a pris place durant l’ère stalinienne n’est pas la construction du socialisme, mais la reconstruction d’une économie capitaliste nationale selon un modèle étatiste. En place de l’idéal de propriété commune, de la propriété étatique des moyens de production a été mise en place. Les salaires, l’argent et le travail salarié sont restés. L’échec de la classe ouvrière russe a révolutionner les relations économiques a mené à la défaite de la révolution ouvrière toute entière. L’état ouvrier a été remplacé par un état bourgeois avec une bureaucratie massive et un appareil militaire basé sur une économie capitaliste d’état.

Cet état est devenu le modèle économique du soit disant pole communiste, apparu sur la scène mondiale après le déraillement de la révolution ouvrière d’Octobre. Tout le « socialisme » du communisme bourgeois de l’Union soviétique et du bloc de l’Est consistait en un étatisme économique, le remplacement des mécanismes du marché par la planification et la décision administrative, la redistribution de la richesse et un niveau minimum de services publics et sociaux.

Mais l’Union soviétique n’était pas la seule source du communisme bourgeois au XXe siècle. Dans l’Europe occidentale, des surgeons de communisme non-ouvrier sont apparus, qui, tout en partageant des caractéristiques fondamentales avec les conceptions économiques du bloc de l’Est, c’est-à-dire la substitution d’un étatisme économique au socialisme et le maintien du travail salarié, critiquaient l’expérience soviétique et prenaient leurs distances d’un point de vue démocratique, nationaliste, humaniste et moderniste. Le marxisme occidental, l’Eurocommunisme, la Nouvelle gauche et les différentes branches du trotskisme étaient parmi les tendances les plus importantes de ce communisme non-ouvrier en Europe. Dans les pays moins développés et les anciennes colonies, le nationalisme et les visées anti-coloniales de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, et dans certains cas, les mouvements paysans, formaient la substance d’une nouvelle forme de communisme « tiers-mondiste ». Le contenu de ce communisme était l’indépendance économique, l’industrialisation, le développement accéléré de l’économie nationale selon un modèle de planification d’état ; mettre fin à la domination ouverte des puissances impérialistes, et parfois même remettre en vigueur les traditions locales archaïques et l’héritage culturels en opposition au modernisme et à la culture occidentale. L’archétype de ce communisme tiers-mondiste était le maoïsme et le communisme chinois, qui a profondément influencé les conceptions politiques de groupes « communistes » dans les pays les moins développés.

Une conséquence de la montée des différentes branches du communisme non-ouvrier au XXe siècle a été l’isolement et la relégation du communisme ouvrier et du marxisme. Pour commencer, les idées fondamentales du socialisme des travailleurs et les différents aspects de la théorie marxiste ont été sérieusement révisées et mal interprétées pour s’adapter à la nature non-socialiste et non-ouvrière de ces mouvements, et cette image distordue a été présentée et perçue à l’échelle globale comme le marxisme et le communisme eux-mêmes. Ensuite, la base sociale du communisme du XXe siècle est passé de la classe ouvrière à un large spectre de couches sociales non-ouvrières. En Europe occidentale et dans les pays industrialisés, les intellectuels, les étudiants, les universitaires et les sections réformistes de la bourgeoisie sont devenus le principal milieu social de croissance et d’action politique des forces communistes. Dans les pays du soit disant tiers-monde, à côté de ces groupes sociaux, les paysans pauvres, les petits bourgeois déclassés, et plus encore la bourgeoisie nationaliste visant le développement économique national et l’industrialisation ont formé la base sociale du communisme non-ouvrier.

En l’absence d’une tradition communiste ouvrière influente, la classe ouvrière a manqué, durant des décennies, d’une présence politique internationale forte. En Europe occidentale et aux USA, ainsi que dans certains pays d’Amérique latine, les travailleurs s’est abîmé dans les mains du syndicalisme et des partis de l’aile gauche de la classe dirigeante elle-même, particulièrement la social-démocratie, à tel point qu’elles en sont venues à être perçu par l’opinion publique et une grande partie des travailleurs eux-mêmes comme les organisations naturelles, évidentes, du mouvement ouvrier. En Union soviétique et dans le bloc de l’Est, en dépit de quelques petites concessions sur le lieu de travail, la classe ouvrière était atomisée et évacuée des droits politiques. Dans la majorité des pays arriérés, l’idée même de construire des partis et des associations ouvrières est resté un espoir éteint.

Les tendances principales du communisme bourgeois se sont retrouvées dans un cul-de-sac, l’une après l’autre, dans la dernière décennie. Le dernier épisode fut la spectaculaire désintégration de l’Union soviétique et du bloc de l’Est à la fin des années 80 et au début des années 1990 - quelque chose que la bourgeoise à appelé euphoriquement « la fin du communisme ».

Mais, en dépit du climat anti-communiste des premières années de la décennie 90 et les cris assourdissants de la bourgeoisie sur la « chute du communisme », et en dépit des privations qui a touché des centaines de millions de personnes à travers le monde suite à la chute du bloc de l’Est, la tendance actuelle est une ouverture pour le que le communisme ouvrier puisse revenir au centre de la scène politique, particulièrement dans les pays industriels avancés. A la base de ce développement, il faudra une vigoureuse confrontation politique et théorique avec les différentes tendances du communisme bourgeois qui va réémerger, sous différentes formes avec le progrès du mouvement ouvrier et l’influence croissante du marxisme et du communisme ouvrier.

Révolution et réforme

L’objectif immédiat du Parti communiste des travailleurs est d’organiser la révolution sociale de la casse ouvrière. Une révolution qui mette à bas toutes les relations capitalistes d’exploitation et mette fin à l’exploitation et aux privations. Notre programme est l’établissement immédiat de la société communiste, une société sans classes, sans propriété privée des moyens de production, sans travail salarié et sans état ; une société humaine libre dans laquelle tous et toutes partagent la richesse sociale et décident collectivement des affaires et du futur de la société. La société communiste est possible aujourd’hui.

Mais cette grande révolution des travailleurs qui doit amener cette société libre n’arrive pas juste sur la volonté du parti communiste des travailleurs. C’est un large mouvement social de classe qui doit être organisé dans ses différentes formes et aspects. Toutes les barrières doivent être balayées. Ce travail est la raison d’être et la substance réelle de l’activité quotidienne du parti communiste des travailleurs. Mais, alors que cette lutte pour l’organisation de la révolution des travailleurs se prépare, chaque jour des milliards de gens luttent sous le joug de la vie sous le capitalisme. La lutte révolutionnaire pour bâtir un nouveau monde est inséparable de l’effort quotidien pour améliorer les conditions de vie de l’humanité travailleuse dans ce même monde.

Le communisme ouvrier ne considère pas qu’organiser la révolution contre ce système soit incompatible avec le fait d’imposer au capitalisme les réformes les plus avancées. Au contraire, il voit sa présence sur les deux fronts comme une condition vitale de la victoire finale. La révolution des travailleurs n’est une révolution de désespoir ou de pauvreté. C’est une révolution reliée à la conscience et à la réactivité morale et matérielle de la classe ouvrière. Plus grandes sont les libertés politiques, la sécurité économique et la dignité sociale de la classe ouvrière et du peuple en général, plus une politique progressiste de sécurité sociale et de droits civiques a été imposée à la société bourgeoise par les luttes ouvrières et progressistes, mieux seront préparées les conditions de la révolution ouvrière, les conditions de sa victoire décisive. Le mouvement communiste des travailleurs est au front de chaque lutte pour améliorer les conditions sociales et le niveau de vie en faveur des gens.

Ce qui distingue le communisme ouvrier dans la lutte pour les réformes des mouvements et des organisations réformistes - ouvrières ou non - est, avant tout, que les communistes ouvriers mettent toujours en avant le fait que liberté et l’égalité complète ne peuvent être atteintes par les réformes. Mêmes les réformes économiques et politiques les plus profondes ne peuvent, par définition, quitter les fondations haïssables du système existant, c’est-à-dire la propriété privée, les divisions de classe et le travail salarié. Comme le montre toute l’histoire du capitalisme et l’expérience réelle dans différents pays, la bourgeoisie résiste généralement de manière violente à toute tentative de mettre en avant même la plus légère réforme. Et ce qui est gagné est toujours temporaire, vulnérable, susceptible d’être évacué. Quand il se bat pour des réformes, le communisme ouvrier insiste sur la nécessité de la révolution sociale comme la seule alternative viable et libératrice pour la classe ouvrière.

Ensuite, même lorsqu’il défend les plus petites améliorations dans la vie économique, politique et culturelle du peuple, le communisme ouvrier appelle aux droits civiques, politiques et sociaux les plus larges et les plus progressistes. Dans la lutte pour les réformes, notre mouvement ne se restreint pas à demander ce que la classe capitaliste considère comme possible. Les pertes et profits des soit disant intérêts de « l’économie nationale » et ainsi de suite, ne conditionnent ni ne restreignent nos revendications. Notre point de départ, ce sont les intérêts indiscutables des personnes, aujourd’hui. Si ces droits, comme la santé, l’éducation, la sécurité économique, le droit de grève, la participation directe et constante du peuple à la vie politique, la liberté face aux empiétements religieux, sont incompatibles avec la profitabilité du business et les intérêts du capitalisme, alors cela prouve seulement qu’il faut renverser le système tout entier. Voila la vérité fondamentale que notre mouvement ramène à la classe ouvrière et à la société comme un véritable combat pour des réformes. Notre propos dans cette lutte n’est pas a création d’un capitalisme réformé, d’un capitalisme « à visage humain ». Notre but est de forcer le système existant à reconnaître les droits imprescriptibles de la classe ouvrière, des droits et des revendications que la bourgeoisie trouve incompatible avec sa survie, que la classe ouvrière est prête à défendre aujourd’hui de la manière la plus globale.

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