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« On a décidé de lancer l’insurrection tout de suite » - Entretien avec Muayad Ahmed

Le camarade Muayad Ahmed, secrétaire général du Parti communiste-Ouvrier d’Irak fera prochainement une tournée en France pour exposer la situation au moyen-orient. dans cette interview, publiée en 2006 dans le livre de Nicolas Dessaux résistances irakiennes, il raconte le soulèvement de 1991 au Kurdistan d’Irak

En 1991, alors que le régime de Saddam Hussein semble prêt de s’écrouler, une insurrection populaire, épaulée par les groupes armés d’extrême-gauche, met fin au pouvoir baathiste au Kurdistan. Pendant trois semaines, les conseils ouvriers prennent en main l’organisation de la vie sociale. Les USA cessent aussitôt les combats contre l’Irak, afin de laisser au pouvoir baathiste puis aux nationalistes kurdes le temps de reprendre contrôle de la situation. Plus qu’un témoin, Muayad Ahmad fut, dès les premières heures, un acteur de cette révolution oubliée. Membre de la direction du Courant communiste, il fut l’un de ceux qui décidèrent de passer à l’action. Il vit aujourd’hui en exil à Londres.

Comment t’es-tu retrouvé impliqué dans l’insurrection de 1991 au Kurdistan ?

Au moment où la guerre du Golfe a commencé, on vivait caché dans les montagnes. En observant la situation, on a vite compris que le régime baathiste n’allait pas tarder à s’effondrer. Alors, avec mes camarades, on a décidé de lancer l’insurrection tout de suite. Ça s’est décidé très vite.

Avant l’insurrection, il était clair que si la guerre commençait, le peuple allait se révolter, parce que le gouvernement n’avait aucune base sociale au Kurdistan. Nous étions la seule force à l’intérieur de l’Irak. Les nationalistes étaient tous en dehors des villes. Nous, on y était clandestinement. On avait notre réseau d’organisation, de militants, de contacts, donc on avait la possibilité de faire quelque chose au bon moment. Alors, on a commencé à occuper le terrain là où on était implanté, à créer des shuras et à les armer. Nous avons lancé une campagne contre les survivances de l’ancien régime Baath dans la région. Très vite, c’est devenu populaire. Chacun faisait ce qu’il voulait, on ne contrôlait pas la situation. Les masses étaient contre le gouvernement, elles essayaient de le virer hors du Kurdistan.

Pour comprendre la suite des événements, il faut dire tout de suite que, dès le début, nous étions armés. Nous étions une organisation marxiste radicale. On a ouvert des locaux à Soulaymania et dans les autres villes . Les nationalistes, l’UPK et les autres membres du Front kurde étaient très méfiants à cause de ça. Ils nous ont dit : « Vous n’avez pas le droit de faire ça. » Mais… on l’a fait quand même, et ça, c’était un sacré pari !

Alors, notre organisation et celles qui avaient le même programme que nous , ont lancé une vaste campagne contre les nationalistes. Mais l’insurrection n’a pas duré très longtemps. Elle a été contrée par l’attaque du régime irakien. Le Kurdistan a été de nouveau sous contrôle au bout de 21 ou 22 jours, quelque chose comme ça. Et les shuras et tout le mouvement se sont retrouvés menacés par la contre-attaque gouvernementale. Mais le régime ne pouvait pas vraiment contrôler la situation. La lutte a continuée entre nous, les communistes, et les forces nationalistes – l’UPK et le PDK.

Nous avons fait connaître nos objectifs, nos revendications pour les travailleurs. Nous avons été très clairs, nous écrivions : « Le nationalisme est une honte pour l’humanité. » Nous sommes des êtres humains avant tout. Et puis, on a réclamé le pouvoir pour les shuras et pour les communistes. C’est comme ça que nous sommes devenus très populaires au Kurdistan.

Les communistes, c’est-à-dire les organisations – y compris la nôtre – qui ont formé ensuite le Parti communiste-ouvrier étaient surtout engagé dans les questions d’organisation : créer des shuras, nous armer, publier, tenir des meetings, parler aux gens… des choses comme ça. Nous étions à la tête du mouvement populaire.

Quand tu parles des shuras, est-ce que tu peux expliquer exactement ce que c’est ? Quel est le pouvoir des shuras dans la société, dans les usines ?

Il y a eu deux types de shuras – à l’image des débats dans le mouvement – les shuras populaires, qui étaient dans tous les districts et qui s’occupaient de l’administration, et les shuras d’usine. Dès le début de l’insurrection, les shuras ont été le moteur du mouvement. Ils ont fait l’insurrection, ils ont défait les forces irakiennes dans cette région. Ils étaient en lien avec les communistes et les organisations de gauche, qui les dirigeaient en pratique.

Au même moment, il y a eu un vaste mouvement contre l’administration dans les usines . Partout dans les usines, les travailleurs essayaient de mettre dehors les cadres liés au gouvernement baathiste. Ils créaient des shuras, en lien avec notre initiative – nous, c’est-à-dire les communistes. Il y en a avait partout, à Soulaymania, à Kirkouk, à Erbil, et même… dans les camps ! Les shuras de travailleurs essayaient de faire deux choses. Premièrement, de reprendre la direction des usines, parce que c’était le chaos et que plus personne ne contrôlait rien, de contrôler le processus de production et d’administration, reprendre en main les usines. Et deuxièmement, d’avoir leur mot à dire pour tout ce qui les concernaient.

Ça a été une expérience très importante pour la classe ouvrière au Kurdistan. Le Kurdistan d’Irak, surtout les grandes villes, est très peuplé et la classe ouvrière forme la majorité de la population. Il y a beaucoup d’usines, dont les principales fabriquent du ciment, des briques, des cigarettes. Chacune emploie plusieurs centaines de personnes, et toutes ont créé leur shuras.

Les shuras sont devenus une force majeure, non seulement parce qu’ils contrôlaient toute la production, parce qu’ils la maintenaient pour sauver la population de la famine, mais aussi parce qu’ils s’exprimaient sur la situation politique qu’on était en train de vivre. Et puis il y avait les autres shuras, les shuras populaires dans les districts, qui s’étaient créés partout, qui étaient armés et qui défiaient l’UPK. Dès le début, l’UPK et les autres forces du Front kurde ont essayé de fermer ces shuras de districts. Ils mettaient la pression sur les militants des shuras et dans les usines ils faisaient pareil. Mais malgré ça, les luttes se sont développées, elles se sont transformées en un vrai mouvement social.

Je me souviens d’un meeting, au début du mois de mars 1991, dans le centre de Soulaymania. Il y avait plus de 5 000 personnes rassemblées, toutes liées au shuras. Elles formaient le véritable pouvoir dans la ville, en lien avec les organisations communistes armées comme la nôtre, et chacun pouvait parler, ça applaudissait beaucoup. Pour moi, ça reste un grand souvenir.

Au même moment, il y avait la guerre dans le sud de l’Irak. Comment est-ce que ça a joué sur le mouvement des shuras ?

Au sud de l’Irak, il n’y a pas véritablement eu de mouvement des shuras, parce qu’il n’y avait pas de gauche . Les shuras était liés à la gauche, aux marxistes, à notre mouvement communiste-ouvrier en Irak. Mais à ce moment-là, on manquait de contacts avec les militants là-bas, et l’insurrection était liée au mouvement chiite. C’était un mouvement populaire, une insurrection qui impliquait tout le monde, mais ce sont les militants chiites qui ont pris le contrôle de la situation, à leur profit.

Comment fonctionnaient les shuras dans la pratique ?

Ça s’est passé de façon très démocratique. Il y avait des réunions tout le temps. Dans les usines, les gens choisissaient leur propre comité, leurs propres leaders pour engager le dialogue avec les nationalistes et les autres groupes, et pour diriger le mouvement. Dans les districts, c’était très simple également. Ils avaient leurs propres assemblées, les gens se réunissaient et élisaient un comité, et pour les problèmes sérieux, il y a avait une assemblée générale.

Les gens qui étaient engagés dans ces assemblées, dans ces débats, se considéraient comme une part du mouvement, de ces conseils. Et ils étaient armés. Ils prenaient des initiatives, ils aidaient les gens, soutenaient les plus pauvres. Il y avait une sorte d’organisation pour accueillir les nouveaux arrivants, ceux qui arrivaient d’Iran et de partout. Ils essayaient d’aider les gens, parce qu’après l’insurrection, il y a eu beaucoup de chômage.

Quelle a été la place des femmes dans les shuras et dans l’insurrection ?

Au début, pour être franc avec toi, aucun. Mais après, après un bon moment, la signification du rôle des femmes est devenue très claire et très importante pour nous. Nous avons adopté très sérieusement l’idée de l’égalité entre hommes et femmes et on a lancé un mouvement allant dans cette direction, pour donner de la force à cette idée. C’est ce qui se passe maintenant, avec des figures qui sont très connues, comme Sakar Ahmed – tu dois avoir entendu parler d’elle et de son rôle au Kurdistan. Ça aussi, ça nous a fait connaître au Kurdistan.

Toutes ces questions que nous avons lancées depuis 1991, la participation des masses au pouvoir politique au Kurdistan, sont toujours au programme du peuple. Ils ont été opprimés, exploités par les nationalistes kurdes, la situation est encore incertaine, l’égalité complète entre hommes et femmes, les droits des travailleurs, leur place dans la société, toutes ces questions sont encore présentes.

Est-ce que les shuras ont essayé de créer leurs propres lois, par exemple sur le travail ou sur les droits des femmes… ?

Oui, on avait un programme, le programme du parti. C’était celui du Parti communiste-ouvrier d’Iran. Par exemple, on inscrivait sur les murs des slogans en faveur des 35 heures par semaine, pour l’égalité entre hommes et femmes, pour la paye égale pour tout le monde, pour le droit inconditionnel d’organisation et de grève. Toutes ces questions de base, ces revendications universelles des travailleurs, étaient défendues dans les shuras.

On pensait que le pouvoir devait être aux mains du peuple. Les gens doivent avoir leur mot à dire dans leurs propres affaires, dans la façon dont fonctionne la société. C’était l’idée centrale. Et on devait assurer la vie quotidienne dans cette période de transition où il n’y avait pas d’état.

Il y avait tellement de choses à faire. Sur ces slogans de gauche, par exemple, dans les shuras, on n’a jamais eu de problème quand on disait que le nationalisme était une honte pour l’humanité. On n’avait pas besoin d’être nationalistes. Ils acceptaient ça. Et les principaux slogans radicaux des groupes de gauche étaient dans les shuras, particulièrement dans le textile. Je me souviens de l’usine textile à Soulaymania, il y avait différentes organisations de gauche actives en même temps, qui proposaient des choses différentes sur la façon dont les shuras de la compagnie textile devait faire fonctionner les choses, et sur l’idée même de l’importance des shuras. Moi-même, j’avais écrit une résolution pour les conseils ouvriers, sur la manière dont ils pouvaient contrôler les entreprises, reprendre la production et sur la façon dont les shuras pouvaient être les propriétaires et les producteurs avec une base sociale. Toutes ces idées communistes circulaient…

Donc, il n’y avait plus du tout de patron ? Les shuras contrôlaient la situation ?

Oui. Exactement.

Les shuras ont-ils essayé d’appliquer les 35 heures ?

Le principal problème, c’était l’ancienne direction, les anciens cadres. Ils étaient en lien avec les partis nationalistes émergeants, l’UPK et le PDK. Et ces deux partis, pour regagner le contrôle du Kurdistan, essayaient de tisser des liens avec ces gens qui étaient au pouvoir sous l’ancien régime Baathiste. Par exemple, il y avait les forces armées paramilitaires kurdes au Kurdistan, qui étaient au service du gouvernement. Ils étaient contre le peuple, et les gens les détestaient, particulièrement leurs officiers. L’UPK et le PDK dépendaient de ces forces paramilitaires pour renforcer leur pouvoir et reprendre le contrôle du Kurdistan. De même, ils dépendaient de l’ancienne direction liée au parti Baath pour reprendre le contrôle des usines. Ça a causé de nombreux conflits, dans chaque usine, dans chaque shuras de district. L’UPK et le PDK n’avaient pas d’autre assise sociale que cette base pourrie.

Est-ce qu’il y avait une sorte de coordination entre les shuras ? Un conseil de l’ensemble des shuras du Kurdistan ?

On prévoyait d’organiser une assemblée générale de tous les shuras. Mais on a manqué de temps pour le faire. Le plus important c’est que partout, dans chaque cité, à Soulaymania, à Kirkouk, à Erbil, il y avait des shuras, il y avait toujours une assemblée quelque part. Les shuras des districts étaient en contact les uns avec les autres, et toutes les nouvelles se diffusaient très rapidement. Je me souviens d’un camp de réfugiés, à Basian. Dès qu’ils ont appris qu’il y avait les shuras à Soulaymania, ils ont commencé à se rassembler également.

Et puis…. Quand le gouvernement a attaqué, il y a eu une sorte de scission dans le mouvement. Certains shuras voulaient entrer dans la résistance armée contre le gouvernement aux côtés des nationalistes. On était contre ça, on considérait que la gauche et les shuras devait rester autonome par rapport aux nationalistes qui voulaient en reprendre le contrôle.

Tu disais que les shuras étaient armés. Est-ce qu’ils étaient en mesure de lever une armée pour repousser l’UPK et le PDK ?

Dès le départ, on a déclaré que les shuras devaient être armés. On pensait à une armée du peuple. Et les organisations de gauche, elles aussi, étaient armées. Il y avait beaucoup d’armes en circulation : tout le monde en avait une. Quand l’insurrection s’est déclenchée, on était dans une société militarisée, parce que le gouvernement en avait distribué en grand nombre, aux soldats mais aussi aux formations paramilitaires. Toutes ces armes ont été confisquées par le peuple.
Le bon côté, c’est qu’il n’y ait aucun incident, aucun crime, aucun vol ou autre chose de ce genre, alors que que tout le monde était armé dans une situation chaotique. Tout se passait bien. Du même coup, on pouvait discuter avec les conservateurs bourgeois, on leur montrait que si on privait d’armes la majorité des gens, si on les réservait au gouvernement et à l’armée, il y avait beaucoup plus de crimes, plus de problèmes…

Mais si tout le monde avait des armes, pourquoi n’y a-t-il pas eu d’armée populaire capable de défier les nationalistes sur un terrain militaire ?

Je crois que le problème n’est pas la quantité d’armes. On était armés, les shuras étaient armés, et même dans les usines, les gens venaient avec leurs armes. Le problème, c’est qu’il nous a manqué une vision politique claire pour aller au-delà de la situation nouvellement créée et la transformer en force politique. On disait : « Les nationalistes sont en dehors des villes, ils sont dans les montagnes, ils n’ont pas le droit de contrôler nos villes ». Mais on n’avait pas vraiment de stratégie, on n’avait pas cette sorte d’habitude du pouvoir… Ce mouvement aurait dû à un moment ou à un autre devenir une véritable puissance politique, sinon, il allait être attaqué par la bourgeoisie et les nationalistes. Et c’est ce qui s’est passé.

Comment les nationalistes et le gouvernement ont-ils repris le pouvoir ? Ont-ils utilisé l’armée ? Y a t-il eu des combats entre le mouvement des shuras et les nationalistes ?

Oui, par endroits, il y a eu des affrontements directs, même si personne n’a été tué. Dans chaque shuras, il y a eu des débats et des disputes. Le pic du mouvement des shuras, ce sont les trois semaines du 7 mars à la fin du mois. Il y a eu des confrontations entre notre organisation et l’UPK… ça a failli dégénérer. Il y a même peut-être eu des morts. Mais les nationalistes ont vu que ça n’allait pas tourner à leur avantage, parce que les shuras et les organisations de gauche étaient très fortes, très populaires. Ils ne pouvaient pas tirer, ni tuer des gens. En fait, c’est la contre-attaque du gouvernement qui a changé la situation. C’est devenu très dangereux, personne ne pouvait rester dans les villes. Tout le monde a quitté les villes dans un immense exode [voir les entretiens avec Surma Hamid et Houzan Mahmoud].
Ensuite, les shuras ont décliné. Les gens restent politisés un certain temps. Si tu n’as pas mis à profit cette période, alors tu as loupé l’opportunité. On en a loupé beaucoup, au Kurdistan d’Irak, des opportunités d’expérimenter le communisme-ouvrier.

A ce moment là, il y avait déjà des problèmes avec les Islamistes au Kurdistan ?
L’Islam politique n’était pas particulièrement important au Kurdistan. On n’a même pas entendu parler d’eux. Mais on savait que le régime iranien faisait tout son possible pour assassiner les communistes et mettre en place ses propres organisations. C’est seulement avec la détérioration de la situation, et notamment la guerre entre l’UPK et le PDK en 1994, que la situation s’est vraiment détériorée. Avec les sanctions , la pauvreté, l’incertitude d’un Kurdistan qui ne faisait plus partie de l’Irak sans voir son indépendance reconnue, tout ça a profondément changé la situation et les sentiments de la population. Ajouté à cela, le fait que la gauche n’ait pas su profiter de l’opportunité qui lui était offerte, tout cela leur a permis de gagner de l’influence, notamment par les plus pauvres, et même de défier l’UPK et le PDK dans certains secteurs, et nous… Ils ont tué deux leaders du parti, en 1998 à Erbil [voir l’entretien avec Surma Hamid, qui était l’une des cibles de cet attentat]. Moi, j’étais à Soulaymania quand c’est arrivé…

Est-ce que l’insurrection a eu des échos dans les autres parties du Kurdistan, en Turquie, en Syrie, en Iran… ?
Non, c’est resté confiné au Kurdistan d’Irak. En Iran, ça a plutôt ravivé le nationalisme…

Quel bilan tires-tu de cette insurrection et de son échec ?

Notre succès, une des leçons essentielles de toute l’expérience au Kurdistan, a été de parvenir à lier le mouvement communiste avec les questions essentielles qui polarisent la société. Après 1995, par exemple, nous avons lancé une campagne pour un référendum sur la séparation du Kurdistan et de l’Irak, pour que les gens puissent réellement se prononcer, avoir leur propre état ou rester en Irak – à condition que les conditions d’égalité et les droits civiques soient garantis. S’il y avait réellement un référendum là-dessus, si les gens avaient leur mot à dire, cela constituerait un véritable défi pour les nationalistes. On est connu pour ça au Kurdistan, parce qu’on a mené cette campagne depuis le début, depuis la fin des années 90.

Mais quand on regarde la situation dans son ensemble, on peut se demander pourquoi nous avons été incapable de transformer ça en une force majeure au Kurdistan d’Irak ! Nous aurions dû être plus politiques, avoir un programme plus clair. Il fallait dire aux masses : « Vous avez fait l’insurrection, on est avec vous, on vous a armés pour prendre le pouvoir, personne ne doit pouvoir vous le reprendre ». C’est sur ce programme là que nous aurions du lancer une campagne.

Nous avons essayé. Nous avons créé un rapport de force entre les nationalistes et nous. Ça a commencé en 1991, nous avons formé le parti en 1993, et pendant deux ans encore, voir même jusque 1996, ça a continué. Particulièrement en 1994, lorsque la guerre a éclaté entre l’UPK et le PDK, il y a eu l’opportunité pour nous, de devenir une véritable alternative politique au Kurdistan. Même durant les combats entre eux, nous étions populaires. Mais quand on regarde comment ça s’est passé, notre principale faiblesse, ça a été ça : nous n’avons pas réussi à combattre les nationalistes, à gagner en puissance, à nous mettre à la tête du mouvement, à devenir une force majeure au Kurdistan.

Notre deuxième erreur, c’est que nous avons laissé les nationalistes reprendre les villes, regagner du terrain. Nous aurions dû former le Parti très vite. Bien sûr, il y avait plusieurs fractions communistes au Kurdistan, et nous n’étions pas d’accord entre nous. C’est Mansoor Hekmat qui a lancé le débat, en nous demandant de lancer le parti le plus vite possible. Ensuite, en lien avec Parti communiste-ouvrier d’Iran, qui venait de se créer au même moment en se séparant du Parti communiste d’Iran, nous avons accepté la critique qu’ils faisaient de notre action. Il y eu toute sortes de contretemps, mais nous aurions pu le faire plus tôt, parce qu’il n’y avait aucun véritable désaccord politique ou idéologique majeur. Nous étions tous en contact avec lui, et nous étions en accord sur tous les points essentiels. Donc, nous n’avons aucune excuse pour avoir tant tardé, en dehors de la réalité dans laquelle nous vivions, de la mentalité que nous avions à ce moment-là. Nous n’étions pas assez politiques, nous n’avions pas clairement perçu l’urgence de la question du pouvoir politique.

Nous aurions pu aller plus loin, plus vite, réunir tous les militants communistes ouvriers, mais il aurait fallu voir les choses plus clairement. C’est un problème récurrent du mouvement communiste et des traditions de gauche, , nous avons tendance à nous considérer plutôt comme un groupe de pression, nous ne sommes pas sensibles à la question du pouvoir.

Ça a affecté tout le processus, toute l’expérience au Kurdistan. Et même quand nous avons fondé le parti, la direction – quand je dis la direction, je me considère comme l’un des responsables – nous ne nous sommes pas vraiment armés de cette idée simple et claire : « Ok, maintenant, on a le Parti, et notre tâche principale, c’est de défier les nationalistes. » Je veux dire, nous avons organisé des meetings massifs, nous avons fait plein de trucs réussis, mais le problème essentiel est resté le même. A cause de cette tradition, de cette forme vis-à-vis du pouvoir politique. Comment initier un mouvement communiste qui devienne une force majeure dans la société ? Tout ça n’était pas très clair pour nous et nous en avons souffert.

Bon, c’est un point important, au sujet de l’expérience que nous avons vécue. Mais il y a d’autres choses très importantes. Nous avons lancé, pour la première fois, une campagne pour les droits des femmes au Kurdistan, et c’est devenu une part essentielle du mouvement communiste-ouvrier et de notre parti.

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Solidarité Irak
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