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Les combattantes kurdes et la révolution de Kobanê

Le rôle des femmes dans les guerres, paix et révolutions a été dépeint de multiples façons, souvent contradictoires. Des images de femmes comme victimes, faiseuses de paix pacifistes, manifestantes et femmes au foyer ont dominés la littérature. A l’inverse de ces images, nous trouvons la figure du mâle représentée par un combattant, celui qui part à la guerre et défend la mère-patrie contre l’ennemi. La mère-patrie est ainsi un corps féminin passif et une géographie sans défense qui a besoin d’un homme courageux pour la défendre et la protéger. On peut ajouter que l’histoire est écrite par les hommes : c’est pour cela qu’elle est rédigée d’une manière qui convient aux stéréotypes de genre habituels.

Le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et leurs populations féminines en particulier ont été représentés et décrits de façon stéréotypée de différentes façons, à différentes époques et dans différents contextes. Regardez la couverture médiatique des récents soulèvements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nouvelles sur le harcèlement sexuel des femmes lors du « Printemps Arabe », agressions violentes, arrestations et tests de virginité de manifestantes ont dominé les écrans. Pourtant, les femmes ont joué un rôle significatif dans ces évènements. Pour elles, les soulèvements étaient partie intégrante d’une longue histoire de résistance à la répression et à l’absence de liberté dans leurs pays. Le fait est que les femmes ont lutté et prouvé leur existence malgré les violences contre-révolutionnaires et misogynes qu’elles ont subies.

Aujourd’hui, ce portrait est renversé. Maintenant, nous voyons des photos, des vidéos, des reportages, des documentaires et des articles sur les combattantes kurdes de la liberté au Kurdistan. Kobanê, une ville majoritairement kurde en Rojava (Kurdistan syrien) à la frontière syro-turque, est dominée par nos pensées, notre compréhension et notre perception du rôle des femmes dans la société et dans la révolution.

Si les femmes sont réprimées, pendues en public ou lapidées dans des pays comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite, les combattantes kurdes se lèvent les armes à la main contre un tel sort si elles tombent sous Daesh. Elles ne participent pas seulement à une lutte acharnée contre Daesh, elles ont pris un rôle dirigeant comme chefs militaires d’hommes et de femmes dans cette lutte contre les islamistes.

Par le biais d’interviews, de déclarations et du rôle joué par ces femmes, elles montre un courage et une conscience extraordinaires et un rejet des rôles et des relations de genre traditionnels. Elles refusent d’être assignées avec un rôle de sexué particulier, comme par exemple soignantes ou prestataires de logistique pour les combattants masculins ou de ne participer qu’à des manifestations avant de rentrer à la maison s’occuper de leurs familles et de leurs enfants. En fait, en combattant Daesh, elles luttent pour l’égalité entre les sexes.

Pour ceux qui souhaitent voir les femmes retourner à leurs rôles stéréotypés d’artisanes de la paix, je voudrais demander avec qui elles sont supposées faire la paix ? Avec Daesh, qui est une des plus brutales organisations terroristes de la planète, qui a pour mission principale de ramener la société à l’époque obscurantiste, qui force les filles et les femmes au Djihad Alnikah, qui les viole et les vend sur des marchés aux esclaves sous son contrôle ?

Je pense que ce nouveau modèle de femmes qui occupent les plus hautes positions politiques et comme combattante en première ligne contre Daesh pose un défi important aux théories féministes de la paix. Nous devons examiner le contexte politique et le résultat des conflits sur les femmes et leur avenir. Dans le cas des femmes kurdes, prendre les armes et lutter sur la ligne de front est sûrement la meilleure option. Refuser d’être esclaves, d’être violées, tuées ou opprimées par la Charria sous Daesh ne peut passer que par la résistance armée. Nous ne savons toujours pas ce tout ce qu’ont subi les centaines de femmes yézidies qui ont été capturées par Daesh lorsqu’ils ont envahi Shengal au Kurdistan irakien.

Ce nouveau visage, la combattante de liberté au cœur de la culture révolutionnaire, apporte de l’espoir. La plupart du temps nous les entendons dire qu’elles ne veulent pas retourner dans les relations familiales traditionnelles ou juste élever les enfants ; elles veulent vivre libres et être indépendantes. Ces déclarations sont extrêmement importantes dans leur rejet du mariage comme forme de domestication des femmes et de relégation comme citoyennes de seconde zone dans les sociétés traditionnelles. Elles sont très conscientes que ces ambitions ne peuvent pas être atteintes si elles restent sous la menace de Daesh. C’est pourquoi elles ont pris les armes et occupent des positions importantes dans la vie politique et sociale. Elle ont gagné la confiance, l’admiration et le respect, non seulement au Kurdistan mais à l’échelle mondiale. Le fait est qu’elles se sont levées les armes à la main contre le plus réactionnaire, le plus misogyne et le plus aveuglément sexiste groupe terroriste islamiste, Daech.

La réalité est que leur lutte est universelle. Elles luttent contre Daech au nom de nous toutes.

Malgré les menaces de Daech, du régime d’Assad et de la Turquie, qui sont alliés à Daesh, la population de Kobanê est déterminée pour vaincre Daesh. Kobanê et le peuple de Rojava sont notre seul espoir pour vaincre une nouvelle forme de fascisme islamiste qui infecte notre région depuis longtemps. Depuis la naissance de l’Islam, le meurtre, le viol, l’esclavage sexuel, la vente et l’échange de femmes comme butin de guerre est une caractéristique de la région. Je considère qu’il n’y a pas d’Islam modéré. Il y a une forme d’Islam utilisant différents visages et utilisant des techniques anciennes et nouvelles pour rester au pouvoir. Il est temps pour les musulmans ordinaires d’interroger leur religion, et de commencer à penser combien de siècle encore ils vont supporter l’oppression religieuse. Cette même religion et sa Charria ont confiné les femmes et les ont relégué à une position subalterne dans la famille et dans la société.

Un côté important et glorieux de cette lutte contre l’islamisme politique est que ce sont les femmes qui ont pris les armes contre ses diktats. Les combattantes kurdes luttent au nom de toutes les femmes du Moyen-Orient qui ont souffert pendant des siècles et continuent de souffrir sous les régimes islamistes et leurs Charrias. Je voudrais dire qu’il est temps que les femmes du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et du monde entier montrent leur solidarité, leur soutien et partagent leur lutte. Les massacres de l’islamisme politique contre les femmes et les hommes doivent être combattus à la façon de Kobanê. Le rôle que ces courageuses femmes kurdes jouent en défendant leur dignité, leurs droits et leur liberté, en défendant leurs villes contre ces terroristes brutaux, n’est possible que parce qu’elles ont pris les armes. Personne ne veut la guerre, mais les femmes kurdes savent que si elles ne combattent pas, dès qu’elles seront capturées, elles seront violées, prises comme butin de guerre, vendues sur des marchés aux esclaves ou mariées à des terroristes dans le Nikah Djihad.

Mon seul espoir est que Kobanê, ses courageuses femmes et ses courageux hommes, puissent vaincre l’islamisme politique symbolisé par Daesh. Sa population lutte par la force de seule volonté et pour l’aspiration à la liberté de façon révolutionnaire. Kobanê restera pour toujours le symbole de la plus extraordinaire lutte révolutionnaire de notre temps.

Houzan Mahmoud

Huffington post, 7-10-2014

Houzan Mahmoud est poste-parole à l’étranger de l’Organisation pour la Liberté des Femmes en Irak

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